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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2601520

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2601520

mardi 31 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2601520
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantBARONE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d'Orléans, statuant en référé-suspension, rejette la demande de M. A... B... visant à suspendre sa sanction disciplinaire de quatre mois d'exclusion temporaire prononcée par l'Agence Régionale de Santé Centre-Val de Loire. Le juge estime que le requérant ne démontre pas l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision, les griefs de comportements fautifs (propos dénigrants, autoritarisme, consignes contradictoires) étant suffisamment étayés par l'enquête administrative. La condition d'urgence n'est pas non plus caractérisée, malgré la privation de rémunération, en l'absence d'éléments précis sur une situation financière critique.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 mars 2026, M. A... B..., représenté par Me Barone, demande à la juge des référés, saisie sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l’exécution de la décision de l’Agence Régionale de Santé Centre-Val de Loire du 9 février 2026 portant sanction disciplinaire d’exclusion temporaire de ses fonctions pour 4 mois ;

2°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- agent contractuel, il occupe le poste de responsable du département Droits et Libertés Individuelles au sein de la Direction de la santé publique et environnementale à l’Agence Régionale de Santé Centre-Val de Loire ; sa mission consistant essentiellement à assurer le lien avec les institutions, il a pu recruter une adjointe pour encadrer les cinq agents du département dans la mesure où il était en déplacement environ 3 jours par semaine ; le 15 mai 2025, trois agentes ont demandé l’ouverture d’une enquête administrative interne concernant ses pratiques managériales ; à la suite de l’enquête et du rapport disciplinaire, il est exclu de ses fonctions jusqu’au terme de son contrat à durée déterminée ;
- la condition tenant à l’urgence est remplie compte tenu d’une part de ce qu’il est privé de rémunération depuis le 13 février 2026 d’autre part des effets psychologiques de la décision attaquée ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée car :
* elle est prise sur le fondement de « propos dénigrants et humiliants, une attitude irrespectueuse, de l’autoritarisme, des gestes brusques, des consignes contradictoires et traitement différencié dans les relations intrapersonnelles au sein de l’équipe, ayant contribué à dégrader les conditions de travail du collectif » ; s’il existait un climat délétère dans le service, il est erroné de soutenir qu’il en est le responsable alors que ce climat est lié d’une part à un problème structurel dans le service, d’autre part au fait que son adjointe n’a pas cessé de violer son devoir de confidentialité et notamment a rendu public sur Teams le 28 janvier 2025 un message de sa part et qui par ses indiscrétions a généré le fait que toutes ses décisions ont été interprétées de manière défavorable ;
* les faits reprochés ne sont pas établis ; les évaluations réalisées en mars 2025 ne font référence à aucun élément, qui sera repris lors de la demande d’enquête,
* s’il y a eu un traitement différencié des agents, les tâches les plus valorisantes, c’est-à-dire les plus complexes, ayant été attribuées à l’agent le plus ancien, il n’y a pas eu de discrimination ; de même il n’a pas émis de consignes contradictoires, dès lors qu’il a uniquement pour habitude de doubler par écrit ses propos qui peuvent avoir été mal compris par les agents ; de même il n’a pas eu d’agissements sexistes établis mais probablement des propos mal interprétés et aucun autoritarisme ou gestes brusques de nature à caractériser un comportement fautif ;
* la sanction de 4 mois de suspension est disproportionnée ; alors que l’enquête administrative concluait à une proposition d’avertissement et que la commission disciplinaire a proposé un mois de suspension, l’aggravation de la sanction est justifiée uniquement par la répétition des actes et l’atteinte à la santé des subordonnées or ces deux éléments ne sont aucunement établis ;
* le délai de suspension coïncide avec la fin de son contrat ce qui caractérise un détournement de procédure.


Par un mémoire en défense, enregistré le 27 mars 2026, l’Agence Régionale de Santé Centre-Val de Loire, représentée par Me Collart, conclut au rejet de la requête.


Elle soutient que :
- le requérant a été recruté pour une période de trois ans, du 25 août 2023 au 24 août 2026 et depuis septembre 2024 est responsable du département Droits et Libertés individuelles ; le 15 mai 2025, trois agentes dudit département ont transmis à la secrétaire générale une fiche de signalement pour risque psychosocial relatant des faits susceptibles de relever du harcèlement moral et de comportements sexistes en citant des humiliations, consignes contradictoires, discours méprisant, comportement agressif, pression sur les congés en cas d'expression d'un désaccord, sollicitations et productions de documents qui sont attachés à la fiche de poste afin de les utiliser comme « arme d'humiliation », menaces sur l'évolution professionnelle et une absence de visibilité sur le manager ainsi que sur les missions qui lui sont dévolues ; une commission d'enquête a été créée qui a entendu neuf personnes : le requérant, les trois agentes ayant fait le signalement, l'adjointe du département, un ancien gestionnaire du département ayant quitté le service en juin 2025, le directeur de la direction de la santé publique et environnementale, le directeur de la délégation départementale du Loiret et un chargé de mission pôle parcours à la DD45, dont le bureau est à côté de celui du requérant ; les conclusions de ce rapport ont mis en évidence des agissements répétés de harcèlement moral ainsi que des agissements à caractère sexiste imputables au requérant dans l'exercice de ses fonctions managériales ; la commission consultative paritaire compétente a voté à 9 voix pour, 2 voix contre et 1 abstention en faveur d'une sanction d'exclusion temporaire de fonctions pour une durée d'un mois ;
- la condition tenant à l’urgence n’est pas remplie car d’une part le requérant n'apporte aucun élément relatif à sa situation financière personnelle, n’a saisi le tribunal que plus d'un mois après la notification de la décision en litige et ne produit aucune attestation médicale permettant de démontrer l'existence d’un impact psychologique de la mesure et d’autre part au regard de la gravité des faits reprochés, aux conséquences sur les victimes et au risque pour le bon fonctionnement du service que générerait une réintégration à titre provisoire du requérant ;
- la condition tenant à l’existence d’un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée n’est pas remplie car :
* les faits reprochés sont établis ;
* ils sont fautifs ;
* la sanction est proportionnée ;
* le requérant aux termes de ses écritures minimise les faits qui lui sont reprochés et leurs impacts sur les agentes placées sous son autorité ;
* elle n’est pas entachée de détournement de pouvoir, l'exclusion temporaire prenant fin le 13 juin 2026 alors que le terme du contrat est prévu au 24 août 2026 ;


Vu :
- l’arrêté dont la suspension de l’exécution est demandée ;
- les autres pièces du dossier ;
- et la requête au fond n°2601517 présentée par M. B....

Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le code de justice administrative.

Vu la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Lefebvre-Soppelsa pour statuer sur les demandes de référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Après avoir, au cours de l’audience publique du 30 mars 2026, présenté son rapport et entendu :
- les observations de Me Barone représentant M. B... qui a conclu aux mêmes fins par les mêmes moyens, et souligné que l’élément déclenchant a été le partage sur Teams d’un message adressé à son adjointe, que très peu présent sur les lieux de travail il n’a pas mesuré la mauvaise interprétation de ses propos et gestes par ses agentes, que l’enquête menée n’est qu’un recollement de rumeurs et de mauvaises perceptions, qu’il n’y a aucune preuve des répercussions physiques et psychiques sur les agents de son département alléguées ;
- et les observations de Me Plessix, substituant Me Collart, représentant l’Agence Régionale de Santé Centre-Val de Loire qui a persisté dans ses conclusions de rejet par les mêmes moyens et souligné que la présomption d’urgence est renversée au regard des difficultés que créerait un retour du requérant dans le service et que le choix d’une sanction plus lourde que celle proposée par la CAP est lié à la volonté de protéger les agents.


La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.





Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l’objet d’une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d’une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l’exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l’urgence le justifie et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision (...) ».

2. Aucun des moyens analysés ci-dessus n’est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision de l’Agence Régionale de Santé Centre-Val de Loire du 9 février 2026 portant à l’encontre de M. B... sanction disciplinaire d’exclusion temporaire de ses fonctions pour 4 mois.

3. Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur la condition tenant à l’urgence, que les conclusions aux fins de suspension présentées par M. B..., ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.


ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A... B... et à la ministre de la santé, des familles, de l’autonomie et des personnes handicapées.

Copie en sera transmise pour information à l’Agence Régionale de Santé Centre-Val de Loire.

Fait à Orléans, le 31 mars 2026.

La juge des référés,




Anne LEFEBVRE-SOPPELSA

La République mande et ordonne à la ministre de la santé, des familles, de l’autonomie et des personnes handicapées en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.


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