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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2601525

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2601525

mardi 31 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2601525
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantLAURENT

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d'Orléans, saisi en référé-suspension, a rejeté la demande de M. C... B... visant à suspendre la rupture de son contrat à durée déterminée de la fonction publique pendant sa période d'essai. Le juge a estimé que l'urgence, condition de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, n'était pas caractérisée, car l'agent n'établissait pas que la perte de son traitement le placerait dans une situation de précarité irrémédiable. Sans se prononcer sur le fond de la légalité de la rupture, le tribunal a donc refusé d'en suspendre l'exécution.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 mars 2026, M. C... B... représenté par Me Laurent, demande à la juge des référés, saisie sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l’exécution des courriers des 10 et 12 mars 2026 l’informant de la fin de son contrat au 31 mars 2026 au titre de la période d’essai et de l’arrêté individuel du 13 mars 2026 portant fin de son contrat à durée déterminée au 31 mars 2026 ;

2°) d’enjoindre toute mesure utile et notamment au préfet de la région Centre-Val de Loire, en sa qualité de représentant de l’Etat employeur, de procéder à sa réintégration à titre provisoire dans ses fonctions de chargé de mission FSE+ dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification de l’ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative

Il soutient que :
- il a été recruté par la Direction Régionale de l'Economie, de l'Emploi, du Travail et des Solidarités (DREETS) Centre-Val de Loire par contrat du 20 novembre 2025 en qualité de chargé de mission « Europe / fonds social européen+ » à Orléans, pour une durée déterminée de trois ans, du 1er janvier 2026 au 31 décembre 2028, assortie d’une période d’essai de trois mois renouvelable une fois ; après une phase d’appropriation des outils et procédures internes, les dossiers FSE+ lui ont été effectivement confiés à compter du 6 février 2026 ; il a été élu trésorier adjoint du syndicat CGT-TEFP du Loiret lors de l’assemblée générale du 5 février 2026 ; il a informé la DRH, par mail du 20 janvier 2026, de sa candidature aux élections municipales d’Orléans, candidature rendue officielle par l’arrêté préfectoral fixant les listes de candidats au premier tour, en date du 27 février 2026 ;


- le 2 mars 2026, le chef du service FSE+ l’a informé qu’il est convoqué par la DRH au sujet de son inscription aux élections municipales et lui a indiqué que la direction s’interrogeait sur les potentielles absences liées à son mandat syndical, à une éventuelle participation au CSA et à de futurs mandats électifs, et sur l’opportunité de rompre la période d’essai ; le 3 mars 2026, une réunion de chefs de service évoque sa situation et la cheffe de pôle se prononce en faveur de la rupture de son contrat ; le 6 mars 2026, elle lui indique qu’elle « ne prendra aucun risque » et qu’elle préfère « anticiper en rompant la période d’essai », puis lui remet une convocation à entretien préalable fixé au 10 mars 2026 ; le 10 mars 2026, avant l’entretien, ses accès à l’outil métier « Ma démarche FSE + » sont suspendus et après l’entretien, la coupure est étendue à sa messagerie, à ses outils collaboratifs et même à sa session informatique ; il a demandé en vain lors de l’entretien préalable à avoir accès à son dossier individuel ;
- la condition tenant à l’urgence est remplie car la décision attaquée met fin par anticipation à un contrat de trois ans en cours d’exécution, qui devait se poursuivre jusqu’au 31 décembre 2028 et en conséquence, à compter du 1er avril 2026, il sera privé de la totalité de sa rémunération d’agent contractuel de l’Etat, sans perspective de maintien dans un autre emploi public et sans garantie de revenu de substitution immédiat ce qui entraine une privation intégrale de traitement, appelée à durer au-delà d’un mois, qui constitue, par elle-même, une atteinte grave et immédiate à sa situation ; en outre cette décision de rupture anticipée compromet sa montée en compétences et nuit à son employabilité future dans le champ des fonds européens ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité des décisions attaquées car :
* la compétence de leur auteur n’est pas établie dès lors qu’au titre du parallélisme des formes et des procédures, la rupture anticipée d’un tel contrat doit être prononcée par le préfet, au nom de l’Etat ;
* elles sont entachées d’un défaut de motivation car elles portent rupture du contrat en cours de période d’essai et non au terme de ladite période et doivent donc être motivées en application de l’article R. 332-25 du code général de la fonction publique ;
* elles ont été prises en méconnaissance des droits de la défense car la convocation à l’entretien préalable ne lui a été remise que le 6 mars 2026 pour un entretien fixé au 10 mars 2026, aucun grief ne lui est transmis en amont et à cette date la perspective de la rupture lui est annoncée comme acquise, le 10 mars 2026 au matin, avant l’entretien, il n’avait plus accès à l’outil MDFSE+ ce qui l’a privé d’accès à des informations sur ses dossiers, alors qu’il devait se préparer à démontrer son savoir-faire et le cas échéant, répondre à d’éventuels reproches sur sa manière de les suivre et qu’il a dû insister pour être assisté lors de l’entretien ;
* elles méconnaissent la finalité de la période d’essai et sont entachées d’un détournement de pouvoir dès lors que la période d’essai doit permettre à l’administration d’apprécier les compétences de l’agent dans l’exercice de ses fonctions et permettre à l’agent de vérifier si le poste lui convient et que cette période ne saurait fonder des motifs étrangers à cette finalité, notamment la faculté de rompre le contrat pendant l’essai ne peut être mobilisée pour neutraliser ou prévenir l’exercice de droits syndicaux ou politiques ; or la rupture en litige est directement reliée, dans le discours hiérarchique aux absences futures anticipées du fait de ses engagements syndicaux et politiques, ladite décision de rupture étant concomitante à la révélation à la DRH et à sa hiérarchie desdits engagements ; si des difficultés avaient effectivement été identifiées, il aurait été loisible à l’administration de prolonger la période d’essai qui renouvelable une fois ce qui lui aurait permis le cas échéant d’améliorer sa pratique, et notamment via les formations validées par elle ;
* elles sont entachées d’une discrimination fondée sur les opinions politiques et l’activité syndicale prohibée par l’article L. 131-1 du CGFP ; il appartient à la DREETS d’établir que la décision de rupture de la période d’essai était exclusivement fondée sur des éléments objectifs, étrangers à toute discrimination ;


* elles sont entachées d’une erreur manifeste d’appréciation dès lors qu’aucune difficulté en lien avec une insuffisance professionnelle n’est établie et ne pouvant être retenue, le temps de travail effectif ayant été très court et aucun reproche professionnel précis ne lui ayant été adressé, aucun entretien d’objectifs n’ayant jamais eu lieu, aucun retour ou aucune évaluation d’essai n’ayant été transmis alors qu’au contraire, il y a eu une appréciation positive de son arrivée et la projection de sa présence à moyen terme.

Par un mémoire enregistré le 27 mars 2026, le ministre chargé du travail et de l’emploi, représenté par la directrice régionale de la DREETS Centre-Val de Loire, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge du requérant la somme de 2 000 euros au titre de l’article L. 761 1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- à titre principal, la condition tenant à l’urgence n’est pas remplie car si le requérant a effectivement été licencié au terme de sa période d’essai, ce licenciement lui ouvre droit au bénéfice de l’allocation d’assurance chômage, et il n’y a pas d’atteinte à sa réputation professionnelle ;
- à titre subsidiaire, la condition tenant à l’existence d’un doute sérieux quant à la légalité des décisions attaquées n’est pas remplie car :
* elles relèvent de la compétence de leur signataire ;
* elles constituent un licenciement au terme de la période d’essai et n’ont pas à être motivées ; au demeurant lors de l’entretien du 10 mars le requérant a été informé que la relation contractuelle se terminerait au 31 mars 2026 à l’échéance prévue dans le contrat de travail à durée déterminée ainsi que des motifs du licenciement, à savoir compréhension insuffisante des attendus, absence d’autonomie, incapacité à prendre en charge les porteurs, faible production (3 mails métier en 2 mois) et posture non conforme à un cadre A ;
* elles sont fondées car tirent les conséquences des insuffisances professionnelles de l’intéressé constatées au cours de sa période d’essai, établies par le chef de service du Fond social européen ;
* elles ne sont entachées d’aucune discrimination syndicale ou politique ;
* elles ne sont entachées d’aucune méconnaissance des droits de la défense.

Vu :
- l’arrêté dont la suspension de l’exécution est demandée ;
- les autres pièces du dossier ;
- et la requête au fond n° 2601523 présentée par M. B....

Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le code de justice administrative.

Vu la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Lefebvre-Soppelsa pour statuer sur les demandes de référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.




Après avoir, au cours de l’audience publique du 30 mars 2026, présenté son rapport et entendu :
- les observations de Me Roussel substituant Me Laurent, représentant M. B..., présent, qui a conclu aux mêmes fins par les mêmes moyens, et souligné qu’il s’agit d’une rupture de contrat en cours de période d’essai et non au terme de ladite période, qu’il a réellement exercé ses fonctions que pendant seulement 10 jours, que sa manière de servir ne peut être remise en cause par une note établie a posteriori, et que la concomitance avec la révélation de ses engagements syndicaux et politiques révèle une discrimination ;
- et les observations de Mme A..., représentant la DREETS et le ministère du travail, qui a persisté dans ses conclusions de rejet par les mêmes moyens et souligné qu’il s’agit d’une fin de contrat au terme de la période d’essai, qui n’est entachée d’aucune discrimination et qui est fondée sur la considération que le requérant n’a pas démontré qu’il avait l’autonomie et les connaissances budgétaires requises.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.


Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions aux fins de suspension et d’injonction :

1. Aux termes de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l’objet d’une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d’une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l’exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l’urgence le justifie et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision (...) ».

2. Aucun des moyens analysés ci-dessus n’est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité des courriers des 10 et 12 mars 2026 informant M. B... de la fin de son contrat au 31 mars 2026 et de l’arrêté individuel du 13 mars 2026 portant fin de son contrat à durée déterminée au 31 mars 2026.

3. Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur la condition tenant à l’urgence, que les conclusions aux fins de suspension présentées par M. B..., ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d’injonction doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

4. Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l’Etat, qui n’a pas la qualité de partie perdante, verse au requérant une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l’espèce, il n’y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par l’Etat, qui ne justifie pas de frais exposés et non compris dans les dépens, en application de ces dispositions.


O R D O N N E :


Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par l’Etat au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C... B... et au ministre du travail et de l’emploi.

Copie en sera transmise pour information à la DREETS.


Fait à Orléans, le 31 mars 2026.

La juge des référés,




Anne LEFEBVRE-SOPPELSA


La République mande et ordonne au ministre du travail et de l’emploi en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

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