Le Tribunal administratif d'Orléans, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de la décision du préfet de la Seine-Saint-Denis refusant une autorisation de travail à M. A..., présentée par son employeur. Le juge a estimé qu'aucun des moyens soulevés, notamment ceux tirés de l'incompétence, du défaut de signature, de l'erreur de droit ou de l'erreur manifeste d'appréciation au regard des articles R. 5221-1, R. 5221-2, R. 5221-20 et R. 5221-26 du code du travail, n'était de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée. En conséquence, la condition tenant à l'existence d'un moyen sérieux n'étant pas remplie, la requête a été rejetée sans qu'il soit nécessaire d'examiner la condition d'urgence.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 6 mai 2026, M. B... A..., représenté par l’AARPI Omnia Legis, demande au juge des référés :
1°) d’ordonner, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l’exécution de la décision par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté la demande d’autorisation de travail présentée à son bénéfice par la société Dalkia Froid Solutions ;
2°) d’enjoindre au préfet territorialement compétent de procéder au réexamen de cette demande dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l’ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre une somme de 1 500 euros à la charge de l’Etat, en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. A... soutient que :
- la condition d’urgence est remplie en l’espèce : l’autorisation de travail sollicitée est nécessaire pour que lui soit délivré le titre de séjour qu’il a sollicité en qualité de salarié ; la décision contestée va entraîner la suspension de son contrat de travail, alors qu’il est spécialement qualifié pour l’emploi en cause ; la société Dalkia Froid Solutions sera privée des compétences d’un de ses salariés :
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse : cette décision est entachée d’incompétence ; elle ne comporte pas la signature de son auteur, en méconnaissance des dispositions de l’article L. 212-1 du code des relations entre le public et l’administration ; cette décision est entachée d’erreur de droit, dès lors que ni l’article 3 de l’arrêté du 1er avril 2021 ni aucune autre disposition n’exige que le dépôt de l’offre d’emploi auprès d’un organisme concourant au service public de l’emploi précède la conclusion du contrat ; l’auteur de cette décision a considéré à tort que la société Dalkia Froid Solutions devait solliciter une autorisation de travail avant de conclure le contrat de travail du requérant, alors, d’une part, que son titre de séjour portant la mention « étudiant » lui permettait d’exercer une activité professionnelle dans la limite de 60 % de la durée annuelle de travail – cette limite étant annualisée et par suite respectée en l’espèce – d’autre part, qu’à compter du 30 octobre 2025 il a exercé sous couvert de récépissés de demande de carte de séjour l’autorisant à travailler ; l’auteur de la décision litigieuse a ainsi méconnu les articles R. 5221-2 et R. 5221-26 du code du travail ; la société Dalkia Froid Solutions a produit les documents exigés par l’article 3 de l’arrêté du 1er avril 2021, notamment le document attestant du dépôt de l’offre d’emploi auprès d’un organisme concourant au service public de l’emploi ainsi que de la publication de cette offre pendant trois semaines consécutives dans les six mois précédant le dépôt de la demande ; par suite l’auteur de la décision litigieuse a méconnu l’article R. 5221-1 du code du travail ; la décision est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation relativement à sa situation et à la nécessité pour la société Dalkia Froid Solutions de solliciter une autorisation de travail préalablement à la conclusion du contrat de travail ; elle est entachée d’inexactitude matérielle des faits et d’erreur manifeste d’appréciation relativement au respect, par l’employeur, des exigences liées à l’opposabilité de l’emploi et notamment de la publication préalable d’une offre d’emploi pendant trois semaines auprès de France Travail ; dès lors que toutes les conditions prévues par l’article R. 5221-20 du code du travail étaient remplies, l’autorisation de travail sollicitée devait être accordée et par suite la décision litigieuse méconnaît ces dispositions.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête au fond n° 2602801, enregistrée le 6 mai 2026, par laquelle M. A... demande l’annulation du refus d’autorisation de travail opposé à la société Dalkia Froid Solutions.
Vu :
- le code du travail ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. C... pour statuer en qualité de juge des référés, en application de l’article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Au cours de l’audience publique du 28 mai 2026 à 14 heures, le juge des référés a présenté son rapport et entendu les observations de Me Mongis, avocat de M. A..., qui persiste dans les conclusions de la requête, par les mêmes moyens.
La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience publique à 14 heures 15.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l’objet d’une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d’une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l’exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l’urgence le justifie et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision (…) ».
2. En l’état de l’instruction, aucun des moyens invoqués par M. A..., analysés ci-dessus, n’est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté la demande d’autorisation de travail présentée à son bénéfice par la société Dalkia Froid Solutions. Par suite, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur la condition d’urgence, les conclusions tendant à la suspension de l’exécution de cette décision doivent être rejetées, de même, par voie de conséquence, que les conclusions à fin d’injonction et que celles relatives aux frais de l’instance.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B... A... et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Fait à Orléans, le 1er juin 2026.
Le juge des référés,
Frédéric C...
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.