Le Tribunal Administratif d'Orléans, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme D... épouse E.... Celle-ci demandait qu'il soit enjoint au préfet d'Indre-et-Loire de lui délivrer un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour l'autorisant à travailler, en raison de l'urgence et d'une atteinte grave à ses libertés fondamentales. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, la requérante n'ayant pas démontré que sa situation précaire résultait d'une carence de l'administration, alors qu'elle avait déposé une nouvelle demande de titre de séjour le 9 mars 2026 et qu'elle ne justifiait pas avoir été dans l'impossibilité de travailler. La solution retenue est le rejet de la requête, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'existence d'une atteinte grave et manifestement illégale.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 28 mai 2026, Mme B... D... épouse E..., représentée par Me Viellemaringe, demande au juge des référés, sur le fondement de l’article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) d’enjoindre au préfet d’Indre-et-Loire de lui délivrer un récépissé de demande renouvellement de titre de séjour lui permettant de travailler dans un délai de vingt-quatre heures à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de cent-cinquante euros par jour de retard ;
2°) de mettre à la charge de l’État une somme de 1 300 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme Mme D... épouse E... soutient que :
- la condition d’urgence est caractérisée car sa situation personnelle actuelle est devenue très précaire dès lors que, bien qu’ayant sollicité dans les délais le renouvellement de sa carte de séjour et ayant fourni des documents complémentaires le 31 mars 2026, étant démunie de document autorisant son séjour en France, elle se trouve en situation irrégulière depuis le 22 février 2026, cette situation l’empêchant de continuer son activité alors même que, compte tenu des faibles revenus de son époux, c’est elle qui assure la quasi-totalité des charges et dépenses courantes et notamment celles relatives aux enfants ;
- il y a une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales que sont la liberté d’aller et venir, le droit à la vie privée et familiale et le droit au travail.
La requête a été communiquée au préfet d’Indre-et-Loire qui n’a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique, ensemble le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique et relatif à l’aide juridictionnelle et à l’aide à l’intervention de l’avocat dans les procédures non juridictionnelles ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du Tribunal a désigné M. Girard-Ratrenaharimanga, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l’article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Au cours de l’audience publique tenue le 1er juin 2026 à 09h30 en présence de M. Birckel, greffier d’audience, ont été entendus :
- le rapport de M. Girard-Ratrenaharimanga ;
- Me Viellemaringe, représentant Mme D... épouse E..., qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens ;
- et Mme D... épouse E....
Le préfet d’Indre-et-Loire n’était ni présent ni représenté.
Après avoir prononcé la clôture d’instruction à l’issue de l’audience publique à 10h47.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions présentées au titre de l’article L. 521-2 du code de justice administrative :
Aux termes de l’article L. 521-2 du code de justice administrative : « Saisi d’une demande en ce sens justifiée par l’urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d’une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d’un service public aurait porté, dans l’exercice d’un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ».
Aux termes de l’article R. 431-12 du code de l’entrée et de séjour des étrangers et du droit d’asile : « L’étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu’il précise. Ce document est revêtu de la signature de l’agent compétent ainsi que du timbre du service chargé, en vertu de l’article R. 431-20, de l’instruction de la demande (…) ». Il résulte de ces dispositions que l’étranger qui sollicite, pour la première fois ou à titre de renouvellement, une carte de séjour a le droit, s’il a déposé un dossier complet, d’obtenir un récépissé de sa demande qui vaut autorisation provisoire de séjour.
Il résulte de l’instruction que Mme D... épouse E..., ressortissante tunisienne, née le 18 juin 1991 à Zarzis (République tunisienne) a été bénéficiaire en dernier lieu d’une carte de séjour temporaire valable du 23 février 2025 au 22 février 2026 portant la mention « salariée » dont elle a sollicité le renouvellement le 14 juin 2025 sur la plateforme de l’Administration numérique pour les étrangers en France (Anef), demande clôturée trois jours plus tard en lui demandant de produire sa demande de renouvellement de titre de séjour par voie postale ce qu’elle a fait par courrier recommandé avec demande d’accusé de réception n° 880001089439919 le 19 décembre 2025 reçue en préfecture le 24 décembre 2025 selon le site Internet de La Poste librement accessible permettant de suivre les numéros de recommandé. L’intéressée bénéficie d’une autorisation de travail délivrée par le service de la main d’œuvre étrangère valable à compter du 10 septembre 2025 pour un emploi d’aide à domicile au sein de l’Association ADMR Tours Est. Par courriels des 20 et 22 février et 2 avril 2026 demeurés sans réponse à l’exception de l’accusé de réception automatique, Mme D... épouse E... a sollicité des services de la préfecture d’Indre-et-Loire des informations sur l’état d’avancement de son dossier. Dans le courriel du 2 avril 2026 précité, elle indiquait avoir appris lors d’un passage en préfecture que sa demande avait fait l’objet d’un rejet en date du 23 décembre 2025 sans en avoir été informée et qu’elle a alors déposé une nouvelle demande le 9 mars 2026. Par ce courriel, elle sollicitait l’obtention d’un récépissé de demande de carte de séjour. Par courrier du 31 mars 2026, elle indiquait avoir fait parvenir à la préfecture des pièces complémentaires par courrier recommandé avec demande d’accusé de réception n° 88000120580010Y reçu le 31 suivant selon toujours selon le site Internet de La Poste librement accessible permettant de suivre les numéros de recommandé. Enfin, il est constant que Mme D... épouse E... est mariée à M. E... depuis le 5 janvier 2018, mariage célébré en la commune de Zarzis, et que le couple a deux jeunes enfants A... né le 5 juillet 2019 et C... née le 6 décembre 2021 les deux en la ville de Tours (Indre-et-Loire).
Il résulte de l’instruction qui s’est poursuivie à l’audience que Mme D... épouse E... a de son propre chef obtenu trois rendez-vous à la préfecture d’Indre-et-Loire les 2 et 17 mars et 29 avril 2026 qui n’ont pas abouti à la délivrance d’un document de séjour provisoire. La jeune C... est scolarisée en classe de moyenne section à l’école maternelle pour l’année scolaire 2025/2026 et le jeune A... en classe de cours préparatoire à l’école élémentaire, les deux à Saint-Pierre-des-Corps. Mme D... épouse E... justifie avoir travaillé au sein de l’Association ADMR Tours Est depuis le 1er décembre 2025 jusqu’en février 2026. Par courrier du 16 mars 2026, ladite association lui a proposé un contrat à durée indéterminée conditionné à sa régularité au regard du séjour. Il résulte encore de l’instruction que le couple loue un logement pour un loyer de 680 euros. Le revenu fiscal de référence mentionné dans les avis de situation déclarative établis en 2025 et 2026 respectivement sur les revenus des années 2024 et 2025, établis au deux noms pour trois parts, est d’une moyenne de 22 677 euros, en augmentation, et indiquent que la requérante a déclaré des revenus équivalent quasiment au double de ceux de son époux pour 2025 et à six fois pour 2024. Le 8 avril 2026, la direction générale des finances publiques adressait aux époux une lettre de relance pour un dû à une collectivité de presque 125 euros. Il résulte de l’instruction et l’état du dossier que si les revenus de l’époux de la requérante perdurent à hauteur de 8 588 euros ainsi que cela ressort de l’avis déclaratif cité précédemment, ces revenus représentent une moyenne mensuelle de 715 euros auquel il y a lieu d’ajouter une somme moyenne de 215 euros sur les prestations sociales perçues de décembre 2025 à avril 2026, en baisse sensible d’ailleurs. Il résulte encore de l’instruction et notamment des débats tenus à la barre que l’époux de la requérante a changé d’employeur et a dorénavant en qualité de chauffeur livreur au sein de l’entreprise National Service Trans Express depuis le 26 janvier 2026 jusqu’en mars 2026 un salaire d’un montant moyen sur la période de 1 482 euros. Il résulte de ces montants que le revenu de la famille est insuffisant pour payer chaque mois le loyer, et a minima se nourrir, payer les frais scolaires et autres frais obligatoire comme l’électricité et l’eau pour laquelle une dette est déjà exigible. Dans ces conditions, le refus de l’administration de lui délivrer un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour a privé l’intéressée de son emploi et de revenus suffisants pour le couple et sa famille. Par ailleurs, il n’est ni établi ni même allégué qu’une quelconque circonstance de fait ou de droit aurait entretemps fait évoluer la situation personnelle de l’intéressée.
Dès lors que l’intéressée se trouve en situation irrégulière par l’inaction de l’administration, la condition d’urgence au sens de l’article L. 521-2 du code de justice administrative doit être regardée comme satisfaite. Par ailleurs, cette situation porte une atteinte grave et manifestement illégale à l’exercice par Mme D... épouse E... des droits et libertés reconnues aux étrangers en situation régulière, alors qu’elle doit être considérée ainsi, notamment le droit au travail et le droit d’aller et venir.
Il résulte de ce qui précède qu’il y a lieu d’enjoindre au préfet d’Indre-et-Loire de délivrer à Mme D... épouse E... un récépissé de demande de renouvellement de son titre de séjour lui permettant de travailler au plus tard le mercredi 3 juin 2026 à minuit, sous astreinte de cent-cinquante euros par jour de retard.
Sur les frais liés au litige :
Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’État, qui est, dans la présente instance, la partie perdante, une somme de 1 300 euros au titre des frais exposés par Mme D... épouse E... et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : Il est enjoint au préfet d’Indre-et-Loire de délivrer à Mme D... épouse E... un récépissé de demande de renouvellement de son titre de séjour lui permettant de travailler au plus tard le mercredi 3 juin 2026 à minuit, sous astreinte de cent-cinquante euros par jour de retard.
Article 2 : L’État (préfet d’Indre-et-Loire) versera à Mme D... épouse E... une somme de 1 300 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B... D... épouse E... et au ministre de l’intérieur.
Copie en sera adressé au préfet d’Indre-et-Loire.
Fait à Orléans le 1er juin 2026.
Le juge des référés,
G. GIRARD-RATRENAHARIMANGA
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l’exécution de la présente ordonnance.