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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2001621

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2001621

mardi 6 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2001621
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantENARD-BAZIRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 août 2020, M. B A, représenté par Me Enard-Bazire, demande au tribunal :

1°) d'annuler le titre exécutoire émis le 3 mars 2020 par le directeur de l'Agence de services et de paiement en vue du recouvrement d'une somme de 9 395 euros correspondant à la dotation à l'installation des jeunes agriculteurs ;

2°) de mettre à la charge de l'Agence de services et de paiement une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le titre exécutoire ne comporte pas les bases de liquidation, en méconnaissance de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire ;

- la décision de récupération méconnaît le principe de confiance légitime ;

- le contrôle au terme duquel la décision de récupération a été prise a été diligenté tardivement ;

- la décision de récupération est entachée d'une erreur de fait, dès lors que son revenu n'excédait pas trois fois le montant du salaire minimum interprofessionnel de croissance.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 novembre 2020, le préfet de l'Aube conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable, dès lors qu'elle doit être regardée comme dirigée contre la décision par laquelle a été prononcée la déchéance des aides, qui est devenue définitive ;

- la requête est irrecevable, en ce qu'elle est mal dirigée ;

- les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

La requête a été communiquée à l'Agence de services et de paiement, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (CE) n° 1698/2005 du conseil du 20 septembre 2005 ;

- le règlement n° 1974/2006 de la commission du 15 décembre 2006;

- le code rural et de la pêche maritime ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- le décret n° 2016-1141 du 22 août 2016 ;

- l'arrêté du 13 janvier 2009 relatif au contenu du plan de développement de l'exploitation à réaliser pour bénéficier des aides à l'installation ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Castellani, première conseillère,

- et les conclusions de M. Torrente, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. A a sollicité en juin 2012 la dotation d'installation aux jeunes agriculteurs. Le 6 juillet 2012, une somme de 9 395 euros lui a été octroyée à ce titre. A la suite d'un contrôle diligenté en février 2019, le directeur départemental des territoires de l'Aube a prononcé la déchéance totale de cette aide, par une décision du 23 avril 2019, au motif que le montant du revenu professionnel global moyen sur les cinq années du plan de développement de l'exploitation était supérieur au revenu de référence fixé à 39 537 euros. Le directeur de l'Agence de services et de paiement a émis un titre exécutoire le 3 mars 2020, dont M. A demande l'annulation, en vue du recouvrement d'une somme de 9 395 euros correspondant à la dotation à l'installation des jeunes agriculteurs.

Sur la recevabilité :

2. Aux termes de l'article 118 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " En cas de contestation d'un titre de perception, avant de saisir la juridiction compétente, le redevable doit adresser cette contestation, appuyée de toutes pièces ou justifications utiles, au comptable chargé du recouvrement de l'ordre de recouvrer. / Le droit de contestation d'un titre de perception se prescrit dans les deux mois suivant la notification du titre ou, à défaut, du premier acte de poursuite qui procède du titre en cause. / Le comptable compétent accuse réception de la contestation en précisant sa date de réception ainsi que les délais et voies de recours. Il la transmet à l'ordonnateur à l'origine du titre qui dispose d'un délai pour statuer de six mois à compter de la date de réception de la contestation par le comptable. A défaut d'une décision notifiée dans ce délai, la contestation est considérée comme rejetée. / La décision rendue par l'administration en application de l'alinéa précédent peut faire l'objet d'un recours devant la juridiction compétente dans un délai de deux mois à compter de la date de notification de cette décision ou, à défaut de cette notification, dans un délai de deux mois à compter de la date d'expiration du délai prévu à l'alinéa précédent. ".

3. D'une part, les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. A, qui sont dirigées contre le titre exécutoire émis le 3 mars 2020 et non, ainsi que le soutient le préfet de l'Aube, contre la décision du 23 avril 2019 prononçant la déchéance de l'aide, doivent être regardées comme tendant à l'annulation de la décision rejetant le recours administratif préalable obligatoire dont il ne résulte pas de l'instruction qu'il aurait été introduit au-delà du délai de deux mois prévu à l'article 118 du décret du 7 novembre 2012 précité. Il ne résulte pas davantage de l'instruction que le recours contentieux aurait été introduit au-delà du délai de recours prévu par ces dispositions. La circonstance que la décision de récupération de l'aide, de l'illégalité de laquelle il est excipé, serait devenue définitive est sans incidence sur la recevabilité des conclusions dirigées contre le titre exécutoire attaqué. Par suite, la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête doit être écartée.

4. D'autre part, les conclusions du requérant tendant à l'annulation d'une décision, le préfet de l'Aube ne peut sérieusement soutenir qu'elles seraient mal dirigées.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

5. Le destinataire d'un titre de perception est recevable à contester, à l'appui de son recours contre cet acte, et dans un délai de deux mois suivant la notification de ce dernier, le bien-fondé de la créance correspondante, alors même que la décision initiale constatant et liquidant cette créance est devenue définitive, comme le prévoient au demeurant, pour les dépenses de l'Etat, les articles 117 et 118 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique ou, pour les dépenses des collectivités locales, l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales.

6. D'une part, l'article 22 du règlement (CE) n° 1698/2005 du conseil du 20 septembre 2005 concernant le soutien au développement rural par le Fonds européen agricole pour le développement rural (Feader) subordonne le bénéfice de l'aide à l'installation de jeunes agriculteurs à la présentation d'un " plan de développement pour leurs activités agricoles ". L'article 13 du règlement (CE) n° 1974/2006 de la commission du 15 décembre 2006 portant modalités d'application du règlement (CE) n° 1698/2005 du Conseil concernant le soutien au développement rural par le Fonds européen agricole pour le développement rural dispose : " 3. Le respect du plan de développement est évalué par l'autorité compétente dans un délai maximal de cinq ans après la date d'adoption de la décision individuelle d'octroi de l'aide. Les États membres définissent, en tenant compte des circonstances dans lesquelles le plan de développement est mis en œuvre, les modalités de recouvrement de l'aide déjà reçue s'il est constaté, au moment de l'évaluation, que le jeune agriculteur ne s'est pas conformé aux dispositions du plan de développement. ".

7. D'autre part, aux termes de l'article D. 343-18 du code rural et de la pêche maritime, dans sa version en vigueur à la date de la décision d'octroi de la dotation d'installation aux jeunes agriculteurs, applicable en vertu de l'article 2 du décret n° 2016-1141 du 22 août 2016 relatif aux aides à l'installation des jeunes agriculteurs : " Le respect des engagements prévus aux articles D. 343-4 et suivants fait l'objet, à l'initiative du préfet, de contrôles sur pièces et sur place. Ces contrôles sont effectués par les services déconcentrés de l'Etat ou l'organisme payeur agréé au titre des aides du développement rural, dans les conditions prévues par les articles 26, 27 et 28 du règlement (CE) n° 1975-2006 de la Commission du 7 décembre 2006. / En outre, au terme de la cinquième année suivant l'installation, le préfet procède au contrôle administratif du plan de développement de l'exploitation. L'engagement de tenir une comptabilité conformément au 5° de l'article D. 343-5 fait l'objet d'un contrôle systématique au terme du plan de développement de l'exploitation. Un arrêté du ministre chargé de l'agriculture fixe les éléments du plan de développement de l'exploitation à vérifier lors du contrôle administratif. ". L'article D. 343-18-2 du même code disposait, dans sa version applicable : " () / Lorsqu'il est constaté au terme de la cinquième année suivant son installation que la moyenne du revenu professionnel global du bénéficiaire des aides est supérieure à un montant fixé par l'arrêté prévu à l'article D. 343-7, le préfet peut demander le remboursement de la dotation d'installation. Avant toute demande de remboursement, le préfet met en demeure l'intéressé de produire sous le délai d'un mois les justificatifs de sa situation ". Aux termes de l'article 5 de l'arrêté du 13 janvier 2009 relatif au contenu du plan de développement de l'exploitation à réaliser pour bénéficier des aides à l'installation : " Au terme du plan de développement de l'exploitation et avant l'échéance de la sixième année d'installation, le préfet contrôle sa réalisation en s'appuyant sur les documents comptables et fiscaux communiqués par le bénéficiaire des aides. Il vérifie notamment la qualité d'agriculteur à titre principal ou secondaire du bénéficiaire, le statut de l'exploitation, le développement des activités prévues, la main-d'œuvre présente sur l'exploitation, le respect du plan de financement. En cas de difficultés conjoncturelles, le bénéficiaire doit apporter les justificatifs adaptés. / En outre, pour l'application du dernier alinéa de l'article D. 343-18-2 du code rural et de la pêche maritime, le préfet vérifie que la moyenne du revenu professionnel global annuel du bénéficiaire des aides à l'installation, appréciée sur les cinq années du plan, n'est pas supérieure à trois fois le salaire minimum interprofessionnel de croissance, net de prélèvements sociaux. ".

8. Il résulte de ces dispositions, dont M. A doit être regardé comme se prévalant, que la vérification de la condition de revenus doit intervenir avant l'échéance de la sixième année d'installation.

9. Il résulte de l'instruction que le contrôle administratif de la condition de revenus de M. A est intervenu le 19 février 2019. Le requérant, qui a bénéficié de la dotation d'installation aux jeunes agriculteurs le 6 juillet 2012, soutient sans être contredit que ce contrôle a été mené au-delà de la sixième année d'installation de son exploitation. Dès lors, il est fondé à soutenir que la décision du 23 avril 2019 portant déchéance de la dotation en cause méconnaît les dispositions précitées et à contester par suite le bien-fondé de la créance correspondante. Il y a lieu, dès lors, d'annuler le titre exécutoire émis le 3 mars 2020 par le directeur de l'Agence de services et de paiement en vue du recouvrement d'une somme de 9 395 euros correspondant à sa dotation à l'installation des jeunes agriculteurs, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête.

Sur les frais liés à l'instance :

10. Il y a lieu, par application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

D E C I D E:

Article 1er : Le titre exécutoire du directeur de l'Agence de services et de paiement du 3 mars 2020 est annulé.

Article 2 : L'Etat versera à M. A une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au directeur de l'Agence de services et de paiement et au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire.

Copie en sera adressée pour information au préfet de l'Aube.

Délibéré après l'audience du 17 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Mach, présidente,

Mme Castellani, première conseillère,

M. Gauthier-Ameil, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2022.

La rapporteure,

Signé

A.-C. CASTELLANI

La présidente,

Signé

A.-S. MACH La greffière,

Signé

A. DEFORGE

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