mardi 20 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2001739 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL MAINNEVRET-MALBLANC |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 26 août 2020 et 30 novembre 2021, M. H B F, représenté par Me Malblanc, demande au tribunal :
1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, la décision du 24 juillet 2020 par laquelle le directeur interrégional des services pénitentiaires du Grand Est a rejeté son recours administratif préalable obligatoire et a confirmé la sanction disciplinaire prononcée à son encontre le 24 juin 2020 par la commission de discipline de la maison d'arrêt de Châlons-en-Champagne ;
2°) de prononcer la réduction de sa peine d'emprisonnement à hauteur des vingt jours correspondant à la sanction prononcée à son encontre ;
3°) de condamner l'Etat à l'indemniser du préjudice qu'il estime avoir subi du fait de l'exécution de la sanction disciplinaire de dix jours de placement en cellule disciplinaire ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'un vice de compétence ;
- la procédure devant la commission de discipline est irrégulière dès lors qu'il n'a pu être mis à même de bénéficier de l'assistance d'un avocat ;
- la convocation qui lui a été adressée ne l'a pas informé de l'ensemble de ses droits prévus par l'article R. 57-7-16 du code de procédure pénale ;
- la convocation devant la commission de discipline n'est pas signée par une personne habilitée et ne comporte pas les prénom et nom de son auteur ;
- les faits reprochés ne sont pas établis ;
- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 31 août 2022, le garde des sceaux, ministre de la Justice, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B F ne sont pas fondés.
Par une lettre du 6 juillet 2022, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des moyens de légalité externe, relatifs à l'irrégularité de la procédure devant la commission de discipline, soulevés par le requérant à l'encontre de la décision du 24 juillet 2020 dans son mémoire complémentaire enregistré le 30 novembre 2021, dès lors que ces moyens, qui ne sont pas d'ordre public, sont fondés sur une cause juridique distincte de celle invoquée dans la requête introductive d'instance qui se bornait à contester la légalité interne de la décision en litige et ont été invoqués plus de deux mois après l'expiration du délai de recours.
Par une lettre du 30 août 2022, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de de l'incompétence de la juridiction administrative pour statuer sur les conclusions tendant à obtenir le recouvrement des vingt journées de remise de peine qui avaient été accordées au requérant.
Par ordonnance du 31 août 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 5 septembre 2022 à 12h00.
M. B F a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 mars 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de procédure pénale ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le décret n°91-1266 du 19 décembre 1991 modifié ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme E C,
- et les conclusions de Mme D de Laporte, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B F, incarcéré à la maison d'arrêt de Châlons-en-Champagne, a fait l'objet d'une sanction de vingt jours de cellule disciplinaire, dont dix jours avec sursis, prononcée à son encontre, le 24 juin 2020, par la commission de discipline de cet établissement pénitentiaire. Par une décision du 24 juillet 2020, qui s'est substituée à celle du 24 juin 2020, le directeur interrégional des services pénitentiaires du Grand Est a rejeté le recours administratif préalable formé par l'intéressé contre cette sanction. Par la présente requête, M. B F doit être regardé comme demandant au tribunal l'annulation de cette décision du 24 juillet 2020, la réduction de sa peine d'emprisonnement à hauteur des vingt jours correspondant à la sanction prononcée à son encontre, et la condamnation de l'Etat à l'indemniser du préjudice résultant de l'exécution de la sanction de placement en cellule disciplinaire durant une période de dix jours.
Sur la compétence de la juridiction administrative :
2. Le dispositif de retrait d'une réduction de peine en cas de mauvaise conduite du condamné, qui a pour conséquence que le condamné exécute totalement ou partiellement la peine telle qu'elle a été prononcée par la juridiction de jugement, ne constitue ni une peine, ni une sanction ayant le caractère d'une punition mais relève de la compétence du juge de l'application des peines. Il s'ensuit qu'il n'appartient pas à la juridiction administrative de connaître des litiges relatifs à la nature et aux limites d'une peine infligée par une juridiction judiciaire. Par suite, les conclusions présentées par le requérant relatives à la réduction de sa peine doivent être rejetées comme étant présentées devant une juridiction incompétente pour en connaître.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens de légalité externe :
3. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article 38 du décret du 19 décembre 1991 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, alors en vigueur : " Lorsqu'une action en justice ou un recours doit être intenté avant l'expiration d'un délai devant les juridictions de première instance ou d'appel, l'action ou le recours est réputé avoir été intenté dans le délai si la demande d'aide juridictionnelle s'y rapportant est adressée au bureau d'aide juridictionnelle avant l'expiration dudit délai et si la demande en justice ou le recours est introduit dans un nouveau délai de même durée à compter : () / d) Ou, en cas d'admission, de la date, si elle est plus tardive, à laquelle un auxiliaire de justice a été désigné. () ".
4. Après l'expiration du délai de recours contre un acte administratif, sont irrecevables, sauf s'ils sont d'ordre public, les moyens soulevés par le demandeur qui relèvent d'une cause juridique différente de celle à laquelle se rattachent les moyens invoqués dans sa demande avant l'expiration de ce délai. Ce délai de recours commence, en principe, à courir à compter de la publication ou de la notification complète et régulière de l'acte attaqué. Toutefois, à défaut, il court, au plus tard, à compter, pour ce qui concerne un demandeur donné, de l'introduction de son recours contentieux contre cet acte. En outre, en cas de demande d'aide juridictionnelle formée avant l'expiration du délai de recours, un nouveau délai court dans les conditions prévues par l'article 38 du décret du 19 décembre 1991.
5. Il ressort des pièces du dossier que la demande d'aide juridictionnelle de M. B F a été présentée le 16 novembre 2020, postérieurement à l'expiration du délai de recours. Il s'ensuit que les moyens soulevés dans le mémoire complémentaire enregistré au greffe du tribunal administratif le 30 novembre 2021, tirés de l'irrégularité de la procédure devant la commission de discipline et de la convocation qui lui a été adressée, qui relèvent d'une cause juridique différente de celle à laquelle se rattachent les moyens invoqués dans la requête introductive d'instance, avant l'expiration du délai de recours, qui n'a pas été prorogé par la demande d'aide juridictionnelle, sont irrecevables, à l'exception du moyen tiré d'un vice de compétence.
6. En second lieu, la décision attaquée a été signée par M. G A en sa qualité d'adjoint au directeur interrégional des services pénitentiaires de Strasbourg. Aux termes de l'article 14 de l'arrêté du 23 juin 2020 portant délégation de signature, régulièrement publié au journal officiel le 1er juillet 2020, délégation est donnée à M. G A, adjoint au directeur interrégional des services pénitentiaires de Strasbourg, " à l'effet de signer, au nom du garde des sceaux, ministre de la justice, l'ensemble des actes relatifs aux affaires des services placés sous [son] autorité ". Par suite, le moyen tiré du vice de compétence manque en fait.
En ce qui concerne la légalité interne :
7. Aux termes de l'article R. 57-7-1 du code de procédure pénale : " Constitue une faute disciplinaire du premier degré le fait, pour une personne détenue : () 10° D'introduire ou tenter d'introduire au sein de l'établissement tous objets, données stockées sur un support quelconque ou substances de nature à compromettre la sécurité des personnes ou de l'établissement, de les détenir ou d'en faire l'échange contre tout bien, produit ou service ; () ". Selon l'article R. 57-7-33 de ce code : " Lorsque la personne détenue est majeure, peuvent être prononcées les sanctions disciplinaires suivantes : () 8° La mise en cellule disciplinaire. ". L'article R. 57-7-47 du même code prévoit : " Pour les personnes majeures, la durée de la mise en cellule disciplinaire ne peut excéder vingt jours pour une faute disciplinaire du premier degré () ". Aux termes de l'article 27 du règlement intérieur type annexé à l'article R. 57-6-18 du code de procédure pénale prévoit que : " L'utilisation ou la détention de téléphones portables ou de tout autre appareil communiquant est interdite. ".
8. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de la décision du directeur interrégional des services pénitentiaires du Grand Est qui fait état du compte rendus d'incident établi le 29 avril 2020, jour des faits en cause, que lors d'une fouille de cellule, a été trouvé, dans l'armoire utilisée par M. B F, un téléphone portable et un chargeur. Le requérant conteste l'utilisation personnelle du téléphone et soutient que seuls ses co-détenus s'en servaient effectivement lors de communications téléphoniques. Toutefois, il est constant que l'appareil a été trouvé dans ses effets personnels. Si l'intéressé se prévaut de la circonstance que l'armoire était partagée avec un autre détenu, au regard des pièces du dossier disciplinaire et dès lors que les comptes rendus d'incidents rédigés par les personnels de surveillance pénitentiaire font foi jusqu'à preuve du contraire, cette seule allégation ne saurait suffire à admettre que l'appareil en cause ne lui appartenait pas. Or, la simple détention d'un téléphone portable suffit à caractériser l'existence d'une faute disciplinaire au sens de l'article R. 57-7-1 du code de procédure pénale précité. Par suite, ces faits justifiaient le prononcé de la sanction en cause. Il s'ensuit que M. B F n'est pas fondé à soutenir que les faits fondant la sanction en litige ne seraient pas établis.
9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par M. B F doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'indemnisation :
10. La sanction disciplinaire en litige n'étant pas, ainsi qu'il a été dit, entachée d'illégalité, M. B F n'est pas fondé à soutenir que l'administration aurait, en lui infligeant cette sanction, commis une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat. Ses conclusions à fin d'indemnisation doivent par suite être rejetées, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir soulevée en défense.
Sur les frais liés à l'instance :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement de la somme que M. B F demande au titre des dispositions précitées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : Les conclusions présentées par M. B F tendant à que la réduction de sa peine de vingt-jours soit rétablie sont rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B F est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. H B F et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Copie en sera adressée, pour information, au directeur de la maison d'arrêt de Châlons-en-Champagne.
Délibéré après l'audience du 6 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Olivier Nizet, président,
Mme Stéphanie Lambing, première conseillère,
M. Clemmy Friedrich, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2022.
La rapporteure,
Signé
S. C
Le président,
Signé
O. NIZET
La greffière,
Signé
I. DELABORDE
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026