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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2001992

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2001992

vendredi 20 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2001992
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantDORMIEU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 septembre 2020, M. D A, représenté par Me Dormieu, demande au tribunal :

1°) de condamner l'Etat (ministre de la justice) à lui verser, à titre d'arriérés de salaire, la somme de 848,55 euros ;

2°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 1 500 euros en réparation du préjudice moral qu'il a subi en raison du non-respect par l'administration pénitentiaire du salaire minimum concernant le travail en détention ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- il a perçu un salaire inférieur à celui prévu par la réglementation ;

- ayant exécuté son travail pour le compte du service général, c'est un pourcentage du montant du SMIC brut sans aucun prélèvement pour cotisations sociales qui doit lui être versé ; il est ainsi fondé à solliciter le versement d'une somme de 848,55 euros à titre de rappels de salaires ;

- les cotisations sociales ont été extournées du montant des arriérés dus par l'administration ;

- il supporte un préjudice moral en ce que le traitement qu'il a subi est attentatoire à sa dignité et qu'il s'est senti exploité et victime de l'arbitraire de l'administration ; une somme de 1 500 euros constituera une juste indemnisation.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 juillet 2022, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- le requérant se contente d'un calcul sommaire qui ne tient pas compte de la contribution sociale généralisée ni de la contribution pour le remboursement de la dette sociale auquel est assujetti le salaire du détenu ; le calcul effectué par le requérant est erroné et aucune somme n'est due au titre d'un reliquat de salaire ;

- le requérant ne démontre pas avoir subi un préjudice moral à supposer même l'existence d'une erreur de calcul commise sur une période limitée dans la détermination de la rémunération de son travail, laquelle ne constitue pas par elle-même un traitement attentatoire à sa dignité.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code de la sécurité sociale ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- et les conclusions de M. Deschamps rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, détenu à la maison d'arrêt de Châlons-en-Champagne puis au centre pénitentiaire de Laon, a exercé une activité professionnelle au sein de ces établissements entre février 2019 et janvier 2020. Estimant avoir perçu un salaire inférieur à ce qui lui était dû, il a adressé, le 16 juin 2020, une réclamation au directeur interrégional des services pénitentiaires de Lille afin d'obtenir le versement de la somme de 848,55 euros correspondant selon lui à ses arriérés de salaire et la condamnation de l'Etat à lui allouer la somme de 1 500 euros en réparation de son préjudice moral. Sa demande a été implicitement rejetée. M. A demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser le rappel de salaire attendu et une indemnité de 1 500 euros à titre de dommages et intérêts pour son préjudice moral.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne le reliquat des salaires :

2. En premier lieu, d'une part, L'article 717-3 du code de procédure pénale dans sa version en vigueur jusqu'au 1er mai 2022 énonce que : " () La rémunération du travail des personnes détenues ne peut être inférieure à un taux horaire fixé par décret et indexé sur le salaire minimum de croissance défini à l'article L. 3231-2 du code du travail. Ce taux peut varier en fonction du régime sous lequel les personnes détenues sont employées. ". Aux termes de l'article D. 432-1 du code de procédure pénale applicable à la date des faits : " Hors les cas visés à la seconde phrase du troisième alinéa de l'article 717-3, la rémunération du travail effectué au sein des établissements pénitentiaires par les personnes détenues ne peut être inférieure au taux horaire suivant : / 45 % du salaire minimum interprofessionnel de croissance pour les activités de production ; / 33 % du salaire minimum interprofessionnel de croissance pour le service général, classe I ; / 25 % du salaire minimum interprofessionnel de croissance pour le service général, classe II ; / 20 % du salaire minimum interprofessionnel de croissance pour le service général, classe III. Un arrêté du garde des sceaux, ministre de la justice, détermine la répartition des emplois entre les différentes classes en fonction du niveau de qualification qu'exige leur exécution. ". Et aux termes de l'article D. 433-4 du même code : " Les rémunérations pour tout travail effectué par une personne détenue sont versées, sous réserve des dispositions de l'article D. 121, à l'administration qui opère le reversement des cotisations sociales aux organismes de recouvrement et procède ensuite à l'inscription et à la répartition de la rémunération nette sur le compte nominatif des personnes détenues, conformément aux dispositions de l'article D. 434. / Ces rémunérations sont soumises à cotisations patronales et ouvrières selon les modalités fixées, pour les assurances maladie, maternité et vieillesse, par les articles R. 381-97 à R. 381-109 du code de la sécurité sociale ".

3. D'autre part, selon l'article R. 381-104 du code de la sécurité sociale : " Les cotisations, salariale et patronale, sont fixées au taux de droit commun du régime général. Elles sont assises sur le total des rémunérations brutes des détenus. ". Le taux de cotisation pour l'assurance vieillesse est fixée par l'article D. 242-4 dudit code. L'article R. 381-105 de ce code précise que : " Lorsque le travail est effectué pour le compte de l'administration et rémunéré sur les crédits affectés au fonctionnement des services généraux, les cotisations, salariale et patronale, sont intégralement prises en charge par l'administration. En outre, elles sont assises sur un montant forfaitaire établi par mois et égal au salaire minimum de croissance en vigueur au 1er janvier de l'année et calculé sur la base de 67 heures ". Enfin, aux termes de l'article R. 381-107 du même code : " La part de cotisation à la charge du détenu est précomptée sur sa rémunération lors de chaque paie, sous réserve de l'application de l'article R. 381-105 ".

4. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que, lorsque le travail est effectué au titre des services généraux de l'établissement pénitentiaire, tant la cotisation pour l'assurance maladie et maternité que les cotisations, salariale et patronale, pour l'assurance vieillesse sont prises en charge par l'employeur. En revanche, lorsque le travail est effectué au titre d'une activité dite de production, seule la cotisation d'assurance maladie et maternité et la cotisation patronale pour l'assurance vieillesse sont prises en charge par l'employeur, à l'exclusion de la cotisation salariale pour l'assurance vieillesse qui reste à la charge de la personne détenue.

5. En second lieu, aux termes de l'article L. 136-1 du code de la sécurité sociale : " Il est institué une contribution sociale sur les revenus d'activité et sur les revenus de remplacement à laquelle sont assujettis : 1° Les personnes physiques qui sont à la fois considérées comme domiciliées en France pour l'établissement de l'impôt sur le revenu et à la charge, à quelque titre que ce soit, d'un régime obligatoire français d'assurance maladie. () ". Aux termes de l'article L. 136-2 du même code : " I.- La contribution est assise sur le montant brut des traitements, indemnités, émoluments, salaires () ". Aux termes de l'article 14 de l'ordonnance n° 96-50 du 24 janvier 1996 relative au remboursement de la dette sociale : " I.- Il est institué une contribution sur les revenus d'activité et de remplacement mentionnés aux articles L. 136-2 à L. 136-4 du code de la sécurité sociale perçus du 1er février 1996 jusqu'à l'extinction des missions prévues à l'article 2 par les personnes physiques désignées à l'article L. 136-1 du même code. Cette contribution est assise sur les revenus visés et dans les conditions prévues aux articles L. 136-2 à L. 136-4 et au III de l'article L. 136-8 du code de la sécurité sociale (). Ces dispositions sont rendues applicables aux rémunérations dues, sur le fondement des dispositions précitées du code de procédure pénale, aux personnes détenues en contrepartie du travail qu'elles effectuent par les articles 717-3, D. 366, et D. 433-4 précités du code de procédure pénale.

6. Il résulte des dispositions citées au point précédent que la rémunération que les personnes détenues perçoivent en contrepartie du travail qu'elles effectuent dans les conditions prévues à l'article 717-3 du code de procédure pénale entre dans l'assiette de la contribution sociale généralisée (CSG) ainsi que dans celle de la contribution pour le remboursement de la dette sociale (CRDS).

7. Il résulte de l'instruction que M. A a effectué un travail au titre d'une activité de production au cours des mois de février et mars 2019 et un travail au titre des services généraux de l'établissement pénitentiaire au cours des mois de juillet à décembre 2019 ainsi que pour le mois de janvier 2020. M. A ne conteste pas avoir perçu une rémunération horaire au moins égale au taux prévu par l'article D. 432-1 du code de procédure pénale précité à raison de son travail en détention. En application des taux relatifs aux cotisations salariales et contributions obligatoires rappelés ci-dessus, ainsi qu'à l'assiette de rémunération brute à laquelle s'appliquent ces taux, le requérant pouvait prétendre à une rémunération nette de 671,03 euros au titre des mois de février et de mars 2019 alors qu'il a perçu une rémunération nette de 687,67 euros. La rémunération nette à lui verser pour les autres périodes travaillées s'établissait à 1 418,35 euros alors que le salaire net perçu s'est élevé à 1 509,14 euros. Le calcul ainsi réalisé à partir du tableau de décompte des sommes dues établi par le ministre de la justice et assorti de justifications fait ainsi apparaître que le requérant ne peut se prévaloir d'aucun manque à gagner pour les périodes en litige mentionnées ci-dessus. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'Etat lui devrait la somme de 848,55 euros. En conséquence, les conclusions pécuniaires de M. A ne peuvent qu'être rejetées.

En ce qui concerne le préjudice :

8. M. A soutient qu'il a subi un préjudice moral résultant de la rémunération anormalement réduite qui lui a été octroyée. Toutefois, il résulte de ce qui précède que l'administration pénitentiaire n'a commis aucune erreur dans le calcul et le versement de la rémunération de M. A. Par suite, ses conclusions indemnitaires ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais d'instance :

9. Les dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par M. A sur ce fondement.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Délibéré après l'audience du 5 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Cristille, président,

M. Maleyre, premier conseiller,

M. Friedrich, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 janvier 2023.

L'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

Signé

P-H. MALEYRELe président-rapporteur,

Signé

P. C

La greffière,

Signé

I. ROLLAND

N°200199

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