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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2100014

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2100014

jeudi 16 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2100014
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantSCP X. COLOMES - S. COLOMES-MATHIEU - ZANCHI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 janvier 2021, M. B A, représenté par la SCP Colomès - Mathieu - Zanchi, demande au tribunal :

1°) de condamner l'Etat (ministre de la justice) à lui verser la somme de 216 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 20 juillet 2020, correspondant au paiement des prestations qu'il a effectuées à la demande du directeur de la maison centrale de Villenauxe-la-Grande ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- en sa qualité de médecin agréé pour le compte de l'administration pénitentiaire, il a été mandaté par l'administration pour examiner des agents de l'administration pénitentiaire et établir un rapport d'expertise ; il a effectué ainsi une série de missions successives et pour chacune de ses interventions, il a établi une note d'honoraires ;

- l'administration n'a pas procédé, en dépit de plusieurs mises en demeure qu'il lui a adressées, au règlement des notes d'honoraire correspondant à ces prestations ;

- le montant total de ses honoraires s'élève à la somme de 4 200 euros ;

- il a saisi le tribunal administratif qui a condamné l'Etat à lui payer la somme de 918 euros par un jugement du 29 juillet 2020 mais le tribunal a retenu que le contentieux n'avait pas été lié pour quatre prestations correspondant aux expertises réalisées le 20 juin 2014, le 16 février 2015, le 18 septembre 2017 et le 28 septembre 2017 ;

- par lettre du 29 juillet 2020, il a sollicité le paiement de ses honoraires pour les quatre expertises, soit une somme de 216 euros mais n'a reçu aucune réponse du ministre de la justice ;

- les sommes mises à la charge de l'Etat par le jugement du 29 juillet 2020 ne lui ont pas été réglées.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 janvier 2023, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la créance de l'Etat concernant les honoraires de l'expertise du 20 juin 2014 est prescrite ;

- s'agissant des autres créances relatives aux expertises réalisées les 16 février 2015, 18 et 28 septembre 2017, il n'a pas d'observations à présenter.

Par des mémoires des 3 février et 8 février 2023, M. A représenté par la SCP Colomès - Mathieu - Zanchi tend aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens et ajoute que la lettre du 31 octobre 2018 par laquelle il a demandé le paiement de ses arriérés d'honoraires a interrompu le délai de prescription ; dans sa lettre du 24 juillet 2017, le directeur du centre hospitalier rappelait lui-même l'existence d'une expertise réalisée le 20 juin 2014.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 ;

- le décret n°86-442 du 14 mars 1986 ;

- l'arrêté du 3 juillet 2007 fixant la rémunération des médecins agréés, généralistes

et spécialistes visés par le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- et les conclusions de M. Deschamps, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, médecin spécialisé en rhumatologie, inscrit sur la liste des médecins agréés du département de l'Aube arrêtée par l'agence régionale de santé Grand-Est, a été sollicité par le directeur du centre de détention de Villenauxe-la-Grande pour réaliser plusieurs expertises entre le 20 juin 2014 et le 16 février 2018 pour lesquelles il n'a jamais perçu d'honoraires. Le 7 septembre 2018, M. A a adressé au directeur de cet établissement une demande tendant au règlement des notes d'honoraires non acquittées en 2017 et 2018. Il a réitéré cette demande directement auprès du directeur interrégional des services pénitentiaires de Strasbourg par lettre du 31 octobre 2018 puis auprès du directeur de l'administration pénitentiaire du ministère de la justice par lettre du 4 février 2019. Ces lettres étant restées sans réponse, il a saisi, par une lettre du 5 avril 2019, le garde des sceaux, ministre de la justice, d'une nouvelle demande tendant au règlement des notes d'honoraires correspondant à 17 expertises réalisées entre le 14 avril 2017 et le 20 février 2018, elle-même restée sans réponse. Le 26 novembre 2019, il a saisi le tribunal administratif d'une demande tendant à la condamnation de l'Etat à lui verser la somme de 4 200 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 4 février 2019, correspondant à la rémunération de ces 17 examens médicaux ainsi qu'au règlement de quatre notes d'honoraires supplémentaires pour des expertises réalisées le 20 juin 2014, le 16 février 2015, le 18 septembre 2017 et le 28 septembre 2017. Par un jugement n°1902850 du 29 juillet 2020, le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne a, d'une part, rejeté les conclusions tendant au paiement des expertises réalisées le 20 juin 2014, le 16 février 2015, le 18 septembre 2017 et le 28 septembre 2017, en l'absence de liaison du contentieux à la date du jugement et, d'autre part pour le surplus, a condamné l'Etat au paiement de la somme de 918 euros. Le 10 juillet 2020, M. A a adressé au ministre de la justice une demande de paiement des expertises réalisées le 20 juin 2014, le 16 février 2015, le 18 septembre 2017 et le 28 septembre 2017. Cette lettre reçue le 16 juillet 2020 est restée sans réponse. M. A demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser la somme de 216 euros majorée des intérêts au taux légal à compter du 20 juillet 2020 correspondant au paiement de ses honoraires pour ces quatre expertises.

Sur l'exception de prescription quadriennale opposée par le ministre :

2. Aux termes de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1968 : " Sont prescrites, au profit de (), toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis ". L'article 2 de la même loi dispose que : " la prescription est interrompue par toute demande de paiement ou toute réclamation écrite adressée par un créancier à l'autorité administrative, dès lors que la demande ou la réclamation a trait au fait générateur, à l'existence, au montant ou au paiement de la créance (), tout recours formé devant une juridiction relatif au fait générateur, à l'existence, au montant ou au paiement de la créance () " et " qu'un nouveau délai de quatre ans court à compter du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle a eu lieu l'interruption. Toutefois, si l'interruption résulte d'un recours juridictionnel, le nouveau délai court à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle la décision est passée en force de chose jugée ". Selon l'article 3 de cette même loi : " La prescription ne court ni contre le créancier qui ne peut agir, soit par lui-même ou par l'intermédiaire de son représentant légal, soit pour une cause de force majeure, ni contre celui qui peut être légitimement regardé comme ignorant l'existence de sa créance ou de la créance de celui qu'il représente légalement " S'agissant des créances portant sur le montant des rémunérations, comme c'est le cas en l'espèce, le délai de prescription court, sous réserve des cas prévus à l'article 3 de la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968, à compter du 1er janvier de l'année suivant celle au titre de laquelle les services accomplis auraient dû être rémunérés.

3. Il résulte des dispositions précitées que la créance correspondant à l'expertise réalisée le 20 juin 2014 par M. A a commencé à courir le 1er janvier 2015 de sorte qu'elle était prescrite le 1er janvier 2019. Le recours contentieux introduit postérieurement le 26 novembre 2019 devant le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne n'a pu avoir pour effet d'interrompre le délai de prescription d'une créance déjà prescrite. Si le requérant souligne que dans son courrier du 31 octobre 2018, adressé au directeur interrégional des services pénitentiaires, il a demandé le paiement de ses arriérés, il n'y fait état que des expertises réalisées en 2017 et en 2018 et la prescription quadriennale n'a donc pas davantage été interrompue par cette réclamation. Par suite, le ministre est fondé à opposer l'exception de prescription quadriennale à la créance en cause de 54 euros correspondant à la rémunération de l'expertise du 20 juin 2014.

Sur le paiement des autres expertises :

4 Aux termes de l'article 53 du décret du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des comités médicaux et des commissions de réforme, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires : " Les honoraires et les autres frais médicaux résultant des examens prévus au présent décret, les honoraires de médecin agréé résultant de l'application de l'article 34 bis de la loi du 11 janvier 1984 précitée et les frais éventuels de transport du malade examiné, sont à la charge du budget de l'administration intéressée. Les tarifs d'honoraires des médecins agréés et les conditions de rémunération et d'indemnisation des membres des comités médicaux prévues au présent décret sont fixées par arrêté conjoint du ministre chargé de la fonction publique, du ministre chargé du budget et du ministre chargé de la santé. ". Selon l'article 1er de l'arrêté du 3 juillet 2007 fixant la rémunération des médecins agréés, généralistes et spécialistes visés par le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 : " Les médecins qui, pour le compte de l'administration, procèdent aux examens médicaux prévus par le décret du 14 mars 1986 susvisé sont rémunérés dans les conditions fixées aux articles suivants. " En vertu de l'article 2 du même arrêté : " Les examens prévus par le décret du 14 mars 1986 susvisé sont effectués dans la mesure du possible par des médecins attachés à l'administration au cours de séances permettant d'examiner successivement plusieurs candidats. Les praticiens reçoivent à ce titre des vacations horaires dont les montants correspondent à ceux prévus par l'arrêté du 13 décembre 1978 relatif à la rémunération des médecins qui apportent leur concours aux services administratifs de prévention médico-sociale. ". Aux termes de l'article 3 de cet arrêté : " Lorsqu'il n'est pas possible de satisfaire aux conditions de l'article ci-dessus, les médecins agréés reçoivent des honoraires fixés dans les conditions ci-après pour chaque personne examinée en consultation privée ou, éventuellement, au domicile de l'agent pour les examens suivants : () / 3° Expertise ou contre-expertise d'un agent ayant demandé l'attribution ou la prolongation d'un congé de longue maladie, de longue durée, de grave maladie, ou expertise dans le cadre d'un accident de travail ou d'une reconnaissance de maladie professionnelle ; () / Lorsque ces praticiens procèdent à l'établissement d'un rapport d'expertise ou de contre-expertise mentionné au 3° à l'issue d'un examen demandé par le comité médical, ou pour qu'une demande soit soumise en commission de réforme, les tarifs conventionnels sont affectés de leurs majorations et du coefficient 2 soit : () - pour un spécialiste : (Cs + MPC) ou Vs x 2 ; () ".

5. M. A soutient, sans être contredit, que les états d'honoraires qu'il a adressés

à l'administration au titre des quatre expertises auxquels il a procédé le 16 février 2015, le 18 septembre 2017 et le 28 septembre 2017 à la demande du directeur du centre de détention de Villenauxe-la-Grande en application des dispositions du 3° de l'article 3 de l'arrêté précité, n'ont pas été traités. Il est ainsi fondé à demander le paiement de ses honoraires et la condamnation de l'Etat à lui verser la somme de 162 euros à ce titre. Cette somme sera assortie des intérêts au taux légal à compter du 20 juillet 2020 ainsi que le requérant le demande.

Sur les autres conclusions :

6. M. A soutient également que le jugement du 29 juillet 2020 n'a pas été exécuté. Toutefois, il n'appartient pas au tribunal de connaître dans le cadre de la présente instance dont l'objet est une demande pécuniaire de l'exécution de ce jugement. Il appartiendra à M. A, s'il s'y croit fondé, d'adresser sur le fondement de l'article L. 911-4 du code de justice administrative, au président du tribunal une demande aux fins d'exécution dudit jugement.

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante dans la présente instance, une somme de 1 000 euros, à verser à M. A

en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'Etat est condamné à verser à M. A la somme de 162 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 20 juillet 2020.

Article 2 : L'Etat versera à M. A une somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Délibéré après l'audience du 24 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Cristille, président,

Mme Castellani, première conseillère,

M. Maleyre, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mars 2023.

L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

signé

A-C. CASTELLANI Le président-rapporteur,

signé

P. C Le greffier,

signé

A. PICOT

5

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