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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2101006

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2101006

jeudi 15 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2101006
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSELAS CABINET DEVARENNE ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 3 mai 2021 et 16 mai 2022, M. B A, représenté par la SELAS Devarenne Associés Grand Est, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 25 mars 2021 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre au directeur de l'OFII de lui accorder l'allocation de demandeur d'asile avec effet rétroactif à la date d'enregistrement de sa demande de réexamen, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- la décision attaquée est irrégulière dès lors que l'OFII n'a pas tenu compte de sa vulnérabilité ;

- l'OFII a méconnu l'étendue de sa propre compétence en s'estimant tenu de lui refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

- la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors que l'enregistrement tardif de sa demande d'asile résulte d'évènements extérieurs à sa volonté de sorte qu'il justifie d'un motif légitime au sens des dispositions de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 août 2022, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 avril 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 relative à la prorogation des délais échus pendant la période d'urgence sanitaire et à l'adaptation des procédures pendant cette même période ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gauthier-Ameil, conseiller,

- les conclusions de M. Torrente, rapporteur public,

- et les observations de Me Brenner, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. Par décision du 25 mars 2021, le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de Reims a refusé à M. A, ressortissant sénégalais, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. M. A demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, la décision attaquée, qui comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivée. Le moyen doit, dès lors, être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " Outre les cas, mentionnés à l'article L. 744-7, dans lesquels il est immédiatement mis fin de plein droit au bénéfice des conditions matérielles d'accueil, le bénéfice de celles-ci peut être : / () 2° Refusé si le demandeur présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ou s'il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° du III de L. 723-2 / () La décision () de refus des conditions matérielles d'accueil est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur () ". Aux termes du 3° du III de l'article L. 723-2 du même code, alors en vigueur : " Sans motif légitime, le demandeur qui est entré irrégulièrement en France ou s'y est maintenu irrégulièrement n'a pas présenté sa demande d'asile dans le délai de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée en France".

4. M. A soutient que l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'a pas pris en compte sa vulnérabilité. Toutefois, l'administration a inséré dans son mémoire en défense devant le tribunal une copie d'écran du formulaire renseigné au cours de l'entretien réalisé lors de l'enregistrement de la demande d'asile au guichet unique. L'intéressé y est identifié par ses nom, prénom et numéros d'enregistrement, et la réponse " non " est cochée pour tous les items de facteurs de vulnérabilité. Au surplus, M. A n'allègue, ni ne produit aucun élément de nature à établir qu'il se trouverait dans une situation de vulnérabilité qui n'aurait pas été prise en compte. Dans ces conditions, le moyen doit être écarté.

5. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation personnelle de M. A.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article 1er de l'ordonnance du 25 mars 2020 : " I. ' Les dispositions du présent titre sont applicables aux délais et mesures qui ont expiré ou qui expirent entre le 12 mars 2020 et le 23 juin 2020 inclus () ". Aux termes de l'article 2 de la même ordonnance : " Tout acte, recours, action en justice, formalité, inscription, déclaration, notification ou publication prescrit par la loi ou le règlement à peine de nullité, sanction, caducité, forclusion, prescription, inopposabilité, irrecevabilité, péremption, désistement d'office, application d'un régime particulier, non avenu ou déchéance d'un droit quelconque et qui aurait dû être accompli pendant la période mentionnée à l'article 1er sera réputé avoir été fait à temps s'il a été effectué dans un délai qui ne peut excéder, à compter de la fin de cette période, le délai légalement imparti pour agir, dans la limite de deux mois () ".

7. Il ressort des pièces du dossier que le délai de quatre-vingt-dix jours dont disposait M. A, entré en France le 28 janvier 2020, pour déposer sa demande d'asile expirait pendant la période visée à l'article 1er de l'ordonnance du 25 mars 2020. En application de l'article 2 de cette ordonnance, il avait donc jusqu'au 24 août 2020 inclus pour déposer sa demande d'asile. Le requérant soutient qu'il n'a pas été en mesure de procéder dans les délais au dépôt de sa demande d'asile du fait de l'impossibilité de joindre le guichet unique pour demandeurs d'asile de Paris en raison de la crise sanitaire liée à l'épidémie de la covid-19 et qu'il n'a pu procéder au dépôt de cette demande que le 25 mars 2021. D'une part, le Conseil d'Etat, par une ordonnance du 30 avril 2020, avait enjoint au ministre de l'intérieur de rétablir en Ile-de-France, dans un délai de cinq jours à compter de la notification de l'ordonnance et dans les conditions sanitaires imposées par le covid-19, l'enregistrement des demandes d'asile, en priorité de celles émanant des personnes présentant une vulnérabilité particulière, et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir dans cette mesure le fonctionnement de sa plateforme téléphonique. Les demandeurs d'asile n'ont donc été empêchés de faire enregistrer leur demande d'asile qu'entre le 17 mars et le 5 mai 2020. D'autre part, même en retranchant la période comprise entre le 17 mars et le 5 mai 2020, le requérant ne justifie pas avoir été dans l'impossibilité de déposer sa demande d'asile avant le 25 mars 2021 en se bornant à produire sans autre précision la copie d'un journal d'appels en février. Dans ces conditions, et en l'absence de motif légitime, la demande d'asile déposée par M. A le 25 mars 2021 était tardive au regard des dispositions précitées du 3° du III de l'article L. 723-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le directeur territorial de l'OFII a fait une inexacte application des dispositions précitées en refusant de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil pour ce motif, ni qu'il a entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. A à fin d'annulation doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte que celles présentées par son conseil au titre des frais de l'instance doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la SELAS Devarenne Associés Grand Est et au directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 1er septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Mach, présidente,

Mme Castellani, première conseillère,

M. Gauthier-Ameil, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 septembre 2022.

Le rapporteur,

Signé

F. GAUTHIER-AMEILLa présidente,

Signé

A-S. MACH

Le greffier,

Signé

E. MOREUL

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