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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2101132

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2101132

vendredi 8 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2101132
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSCP LEDOUX-FERRI YAHIAOUI-RIOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 25 mai 2021, 23 mai 2022 et

13 juin 2022, le syndicat CFDT Interco des Ardennes et le syndicat UNSA du personnel de la mairie de Charleville-Mézières, du CCAS et de la communauté d'agglomération, représentés par la SCP Ledoux - Ferri - Riou-Jacques - Touchon - Mayolet, demandent au tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, la délibération n° CC201201-180 du

1er décembre 2020 par laquelle le conseil communautaire d'Ardenne métropole a créé cinq emplois non-permanents, ensemble la décision du 25 mars 2021 portant rejet de leur recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la communauté d'agglomération Ardenne métropole, le versement, à chacun, de la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- ils justifient d'un intérêt à agir suffisant pour demander l'annulation de la délibération attaquée ;

- la délibération attaquée est intervenue en méconnaissance des dispositions de l'article 30-1 du décret n° 85-565 du 30 mai 1985, dès lors que, la communauté d'agglomération ayant spontanément inscrit à l'ordre du jour du comité technique une question sur laquelle un avis défavorable a été émis à l'unanimité de ses membres, elle n'a pas sollicité de nouveau l'avis du comité technique sur la même question ;

- le conseil communautaire n'établit pas que, pour créer des postes d'agent contractuel, les emplois à pourvoir nécessitent des connaissances techniques hautement spécialisées ;

- le conseil communautaire était incompétent pour créer des contrats de projet ;

- la délibération attaquée est entachée d'une incohérence, dès lors qu'elle procède à la création d'emplois non-permanents alors qu'elle envisage de les pourvoir en recrutant des agents non-titulaires sur le fondement de l'article 3-3 de la loi du 26 janvier 1984, lequel ne s'applique qu'aux emplois permanents ;

Par un mémoire en défense enregistré le 1er juin 2022, la communauté d'agglomération Ardenne métropole conclut au rejet de la requête et à ce que la somme globale de 1 500 euros soit mise solidairement à la charge des syndicats requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est dépourvue d'objet, dès lors que les emplois créés par la délibération attaquée ont été supprimés du tableau des effectifs de l'établissement ;

- la requête est irrecevable, dès lors que les syndicats requérants ne justifient pas d'un intérêt à agir suffisant ;

- les moyens soulevés par les syndicats requérants ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A C,

- et les conclusions de Mme B de Laporte, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Les syndicats CFDT Interco des Ardennes et UNSA du personnel de la mairie de Charleville-Mézières, du CCAS et de la communauté d'agglomération demandent au tribunal d'annuler la délibération n° CC201201-180 du 1er décembre 2020 par laquelle le conseil communautaire d'Ardenne métropole a créé, au sein de l'établissement, des emplois non-permanentes destinés à être pourvus par agents non-titulaire à recruter par des contrats de projet, ensemble la décision du 25 mars 2021 portant rejet de leur recours gracieux.

Sur l'exception de non-lieu soulevée par la défense :

2. La communauté d'agglomération d'Ardenne métropole n'établit pas que la délibération n° CC201201-180 du 1er décembre 2020 aurait été abrogée ou retirée de l'ordonnancement juridique à la date du présent jugement. Nonobstant la circonstance alléguée que, à la date du présent jugement, les emplois créés par la délibération en litige ne figureraient plus dans le tableau des effectifs de l'établissement, les conclusions tendant à l'annulation de cette délibération ne sont pas dépourvues d'objet et, par suite, l'exception de non-lieu soulevée en défense par la communauté d'agglomération d'Ardenne métropole doit être écartée.

Sur la fin de non-recevoir soulevée en défense :

3. En premier lieu, les fonctionnaires et les associations ou syndicats qui défendent leurs intérêts collectifs n'ont pas qualité pour attaquer les dispositions se rapportant à l'organisation ou à l'exécution du service, sauf dans la mesure où ces dispositions porteraient atteinte à leurs droits et prérogatives ou affecteraient leurs conditions d'emploi et de travail.

4. Il ressort des pièces du dossier que la délibération du conseil communautaire dont les syndicats requérants demandent l'annulation a pour objet de créer, au sein de la direction mutualisée des ressources humaines et des relations sociales, cinq emplois non-permanents destinés à être pourvus par des agents recrutés par des contrats de projet. Les dispositions de cette délibération, qui n'ont aucune incidence sur l'organisation des instances de concertation auxquelles participent les organisations syndicales requérantes, n'affectent ni les droits et prérogatives des agents qui exercent leurs fonctions dans cet établissement, ni leurs conditions d'emploi et de travail. S'agissant de ce dernier point, il ne ressort pas des pièces du dossier que la création d'emplois à laquelle procède cette délibération aurait pour incidence de priver d'une partie de leurs attributions les agents titulaires et non-titulaires employés par cet établissement.

5. En second lieu, une organisation syndicale disposant de représentants dans un comité technique est recevable à contester les textes pour l'adoption desquels des dispositions législatives ou réglementaires prévoient la consultation obligatoire de ce comité.

6. Aux termes des dispositions de l'article 33 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, alors en vigueur : " Les comités techniques sont consultés pour avis sur les questions relatives : / 1° A l'organisation et au fonctionnement des services ; / 2° Aux évolutions des administrations ayant un impact sur les personnels ; / 3° Aux grandes orientations relatives aux effectifs, emplois et compétences ; / 4° Aux grandes orientations en matière de politique indemnitaire et de critères de répartition y afférents ; / 5° A la formation, à l'insertion et à la promotion de l'égalité professionnelle ; / 6° Aux sujets d'ordre général intéressant l'hygiène, la sécurité et les conditions de travail. () ". Il découle des dispositions précitées que, parmi les questions sur lesquelles les comités techniques doivent être consultés pour avis, ne figurent pas les créations d'emplois.

7. Il ressort des pièces du dossier que la délibération attaquée, qui a pour seul objet de créer des emplois au sein de la communauté d'agglomération Ardenne métropole, n'impliquait pas que son adoption soit obligatoirement précédée de la consultation du comité technique rattaché à cet établissement. La circonstance que le président du conseil communautaire a pris l'initiative, sans y être contraint, de consulter le comité technique sur le projet de délibération qui a abouti à la délibération attaquée est, à cet égard, sans incidence sur l'appréciation de l'intérêt à agir des syndicats requérants.

8. Il résulte de ce qui précède que les syndicats requérants ne justifient pas d'un intérêt leur donnant qualité pour contester la délibération adoptée par le conseil communautaire d'Ardenne métropole le 1er décembre 2020. Ainsi, les conclusions tendant à l'annulation de cette délibération, ainsi que, par voie de conséquence, celles tendant à l'annulation de la décision portant rejet du recours gracieux formés par les syndicats requérants sont irrecevables et, par suite, la fin de non-recevoir soulevée en ce sens par la défense doit être accueillie.

Sur les frais liés à l'instance :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la communauté d'agglomération Ardenne métropole, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par les syndicats requérants au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. La communauté d'agglomération Ardenne métropole ne justifiant pas avoir exposé, dans la présente instance, des frais non compris dans les dépens, n'est pas fondée à réclamer une somme à ce titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par les syndicats CFDT Interco des Ardennes et UNSA du personnel de la mairie de Charleville-Mézières, du CCAS et de la communauté d'agglomération est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la communauté d'agglomération Ardenne métropole présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié au syndicat CFDT Interco des Ardennes, au syndicat UNSA du personnel de la mairie de Charleville-Mézières, du CCAS et de la communauté d'agglomération et à la communauté d'agglomération Ardenne métropole.

Délibéré après l'audience du 21 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Olivier Nizet, président,

M. Clemmy Friedrich, conseiller,

Mme Anne-Laure Fabre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juillet 2022.

Le rapporteur,

Signé

C. C

Le président,

Signé

O. NIZET

La greffière,

Signé

N. MASSON

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