vendredi 2 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2101768 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | QUINQUIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 9 août 2021, M. A B, représenté par Me Quniquis et Me Morineau, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté n° BE 2022-161-008 du 10 juin 2021 par lequel le préfet de l'Aube a refusé d'abroger son arrêté du 23 juin 2000 prononçant
son expulsion ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à verser à ses conseils en application
des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- sa requête n'est pas tardive ;
- l'arrêté contesté est entaché d'une incompétence de l'auteur de l'acte ;
- compte tenu de la perspective lointaine de son hypothétique libération
et de l'évolution positive des expertises psychiatriques dont il a fait l'objet depuis
son incarcération, il ne constitue plus une menace grave et actuelle à l'ordre public ;
- son comportement en détention ne pose plus de problème ;
- il s'investit dans différentes activités en détention et a été très actif au moment
de la covid-19 ;
- au cours de sa détention, il a pris conscience de la gravité des faits qu'il a commis et ne cherche pas à diminuer sa responsabilité ;
- il ne représente plus un danger ;
- l'arrêté méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 10 février 2022, le préfet de l'Aube conclut
au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale
par une décision du 30 août 2021.
La clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 25 février 202par une ordonnance du 11 février précédent.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de procédure pénale ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Maleyre, premier conseiller ;
- et les conclusions de M. Deschamps, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant yougoslave né le 20 juin 1950, a fait l'objet d'un arrêté d'expulsion pris à son encontre par le préfet de l'Aube le 23 juin 2000. Par un courrier du 22 mars 2021, l'intéressé a demandé à cette autorité l'abrogation de cet arrêté. Cette demande a été rejetée par un arrêté du 10 juin 2021, dont M. B sollicite l'annulation.
2. Par un arrêté du 9 avril 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de l'Aube le même jour, le préfet de ce département a donné délégation à M. Christophe Borgus, secrétaire général de la préfecture, à l'effet notamment
de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département de l'Aube, au nombre desquelles figurent les mesures de police administrative relatives aux ressortissants étrangers. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.
3. Aux termes de l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers
et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut décider d'expulser un étranger lorsque sa présence en France constitue une menace grave pour l'ordre public, sous réserve des conditions propres aux étrangers mentionnés aux articles L. 631-2 et L. 631-3 ". Aux termes de l'article L. 631-3 du même code : " La décision d'expulsion peut à tout moment être abrogée ". Aux termes de son article L. 632-5 : " Il ne peut être fait droit à une demande d'abrogation d'une décision d'expulsion présentée plus de deux mois après la notification de cette décision que si le ressortissant étranger réside hors de France. Cette condition ne s'applique pas : / () Pendant le temps où le ressortissant étranger subit en France une peine d'emprisonnement ferme () ". Son article L. 632-6 dispose : " Sans préjudice des dispositions des articles L. 632-3 et L. 632-4, les motifs de la décision d'expulsion donnent lieu à un réexamen tous les cinq ans à compter de sa date d'édiction. L'autorité compétente tient compte de l'évolution de la menace pour l'ordre public que constitue la présence de l'intéressé en France, des changements intervenus dans sa situation personnelle et familiale et des garanties de réinsertion professionnelle ou sociale qu'il présente, en vue de prononcer éventuellement l'abrogation de cette décision. () ". Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, lorsqu'il est saisi d'un moyen en ce sens à l'appui d'un recours dirigé contre le refus d'abroger une mesure d'expulsion, de rechercher si les faits sur lesquels l'autorité administrative s'est fondée pour estimer que la présence en France de l'intéressé constituait toujours, à la date à laquelle elle s'est prononcée, une menace pour l'ordre public de nature à justifier légalement que la mesure d'expulsion ne soit pas abrogée.
4. Pour refuser de faire droit à la demande d'abrogation de l'arrêté d'expulsion
du 23 juin 2000 présentée par M. B, le préfet de l'Aube s'est fondé sur la gravité des faits commis par l'intéressé, qui ont notamment conduit à ce qu'il soit condamné à la réclusion criminelle à perpétuité pour viol et homicide volontaire, à l'absence d'évolution de sa vie personnelle et familiale, à la circonstance qu'il ne présente aucun gage de réinsertion
et qu'il existe un risque de récidive.
5. Pour remettre en cause cette appréciation, M. B soutient qu'il ne constitue plus une menace actuelle pour l'ordre public dans la mesure où les expertises psychiatriques auxquelles il est soumis depuis son incarcération soulignent une évolution favorable au plan de son fonctionnement psychique, que son comportement en détention ne pose plus de difficultés, n'ayant plus fait l'objet de procédure disciplinaire depuis 2018
et s'investissant dans la vie de la prison.
6. Certes, M. B n'a plus fait l'objet de condamnation pénale depuis 2013 ni de poursuites disciplinaires depuis 2018 et son comportement général a connu une évolution favorable, soulignée à la fois par les expertises réalisées et par le personnel pénitentiaire. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, en particulier de la dernière expertise psychiatrique à laquelle il a été soumis et qui a donné lieu à un rapport établi le 29 mars 2019, qu'outre
qu'il conserve certains éléments de sa personnalité psychopathique comme le narcissisme,
une faible empathie et l'égocentrisme, " sa dangerosité dépendra de ses conditions de vie
à l'extérieur, de l'aménagement de peine qui lui sera proposé, de l'accompagnement éducatif.
Le laisser livré à lui-même pourrait provoquer des débordement pulsionnels, causes de nouveaux passages à l'acte ". Par ailleurs, M. B n'entretient pas de liens familiaux
et personnels, l'ensemble des membres de sa famille ayant rompu toute relation avec lui depuis de nombreuses années et la personne avec laquelle il entretenait une relation depuis plusieurs décennies ayant décidé de rompre celle-ci en 2017 ou 2018. Enfin, compte tenu de ce qui vient d'être dit et de ce qu'il ressort des pièces du dossier que l'intéressé est rétif à tout changement, considérant notamment le centre de détention de Clairvaux comme une sorte de " maison ",
les perspectives de réinsertion et d'adaptation à un nouvel environnement apparaissent très faibles et de nature à compromettre les progrès accomplis. Dans ces conditions, alors que
les faits pour lesquels M. B a été condamné sont très graves et nombreux, le préfet de l'Aube a pu légalement estimer que sa présence en France constituait, à la date à laquelle
il s'est prononcé, une menace persistante pour l'ordre public de nature à justifier le maintien
des effets de la mesure d'expulsion qui avait été prise à son endroit.
7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ".
8. Compte tenu de ce qui a été dit au point 6 s'agissant des liens personnels
et familiaux en France de M. B, de ce que les années passées en détention ne peuvent être prises en compte dans le calcul de la durée de résidence en France et de la persistance
de la menace à l'ordre public qu'il représente, l'arrêté contesté n'a pas porté au droit
du requérant au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts
en vue desquels il a été pris. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations
de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
9. L'impossibilité dans laquelle le requérant se trouverait, en vertu des dispositions de l'article 729-2 du code de procédure pénale, de mettre en œuvre la procédure d'aménagement de peine à laquelle il peut prétendre, en conséquence du maintien en vigueur de l'arrêté d'expulsion du 23 juin 2000, ne saurait constituer un traitement inhumain et dégradant prohibé par les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits
de l'homme et des libertés fondamentales.
10. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 10 juin 2022 du préfet de l'Aube. En conséquence, ses conclusions présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi
du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête présentée par M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète de l'Aube.
Délibéré après l'audience du 18 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Cristille, président,
Mme Lambing, première conseillère,
M. Maleyre, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 décembre 2022.
Le rapporteur,
signé
P.H. MALEYRELe président,
signé
P. CRISTILLE
Le greffier,
signé
A. PICOT
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026