vendredi 26 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2101817 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | FALOLA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 12 août 2021 et des mémoires déposés les 20 juin 2022, 25 juin 2022 et 6 février 2023, Mme B C, représentée par Me Falola, demande au tribunal :
- d'annuler l'arrêté en date du 17 juin 2021 par lequel le préfet de la Marne a rejeté sa demande de regroupement familial déposée le 28 décembre 2020 au profit de ses deux filles mineures, A née le 22 mars 2003 et Kengani née le 10 février 2016 ;
- d'enjoindre au préfet de la Marne de réexaminer sa demande dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
- de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le refus d'autorisation de regroupement familial est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation des ressources du foyer ;
- ses revenus sont réguliers et suffisants à la date de sa demande et sa nouvelle situation de ressources est plus intéressante en ce qu'elle dispose désormais d'un contrat à durée indéterminée signé le 19 juillet 2021 qui lui procure un salaire mensuel de 1 900 euros ; son époux continue de percevoir régulièrement un salaire d'un montant de 1 300 euros ; le revenu moyen du foyer s'établit à 3 200 euros alors que la moyenne mensuelle requise pour un foyer de quatre personnes est de 1 691,69 euros ;
- le refus porte une atteinte manifeste et excessive à son droit à mener une vie privée et familiale normale en France et viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant.
La requête a été communiquée au préfet de la Marne qui n'a pas produit d'observations en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Cristille a été entendus au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C ressortissante ivoirienne née le 7 mai 1974, est entrée en France au mois de décembre 2017. Elle est titulaire d'un titre de séjour depuis 2019 en sa qualité de conjointe de français délivré sur le fondement de l'article L. 423-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le 28 décembre 2020, elle a déposé une demande de regroupement familial au profit de ses deux filles A née le 22 mars 2003 et Kengani née le 10 février 2016, sur lesquelles elle exerce seule l'autorité parentale. Par un arrêté du 17 juin 2021, le préfet de la Marne a rejeté sa demande. Mme C demande au tribunal d'annuler cette décision.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Aux termes des dispositions de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui en fait la demande est autorisé à être rejoint au titre du regroupement familial s'il remplit les conditions suivantes : / 1° Il justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille ; / 2° Il dispose ou disposera à la date d'arrivée de sa famille en France d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant dans la même région géographique ; / () 3° Il se conforme aux principes essentiels qui, conformément aux lois de la République, régissent la vie familiale en France, pays d'accueil. "
3. Pour refuser le regroupement familial, le préfet s'est fondé sur le seul motif tiré du caractère insuffisant des ressources pour Mme C et pour sa famille. A ce titre, le préfet a retenu que les revenus de la requérante s'élevaient à un montant mensuel moyen de 1 520 euros sur les douze mois précédant la demande, inférieur au montant minimum moyen requis pour une famille de quatre personnes qui s'établissait à la somme de 1 691,69 euros. Il ressort des pièces du dossier que le préfet a écarté dans son décompte les revenus perçus par le conjoint de Mme C, estimant ne pas avoir assez d'informations sur ce point. Tout en reconnaissant que la prise en compte des revenus de ce dernier conduirait à une moyenne de 1 803,25 euros sur 12 mois, le préfet a estimé que les trois relevés bancaires produits par Mme C pour justifier des revenus de son époux ne permettaient pas d'établir l'origine des sommes créditées sur ces relevés. Il ressort toutefois des pièces du dossier que l'époux de la requérante est employé en qualité de mécanicien par la SARL Benon-Bouche, et que sont produits au dossier quatre copie de chèques, d'un montant de 1 350 euros chacun, qui émanent de cette société au titre des mois de septembre, octobre, novembre et décembre 2020 et correspondent à des salaires versés à ce dernier. Il suit de là qu'en ne prenant pas en compte les ressources de l'époux de la requérante le préfet a commis une erreur d'appréciation sur le montant des ressources disponibles.
4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens soulevés à l'appui de la requête, que l'arrêté du 17 juin 2021 par lequel le préfet de la Marne a refusé de délivrer à Mme C une autorisation de regroupement familial en faveur de ses deux enfants doit être annulé.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
5. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au préfet de la Marne, de procéder au réexamen de la demande de Mme C dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés à l'instance :
6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Mme C de la somme de 1 200 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du préfet de la Marne en date du 17 juin 2021 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Marne de réexaminer la demande de Mme C dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Mme C la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au préfet de la Marne.
Délibéré après l'audience du 5 mai 2023, à laquelle siégeaient :
M. Cristille, président,
M. Maleyre, premier conseiller,
M. Torrente, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 mai 2023.
L'assesseur le plus ancien
dans l'ordre du tableau,
signé
P.H. MALEYRELe président,
signé
P. CRISTILLE
Le greffier,
signé
A. PICOT
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