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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2102383

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2102383

mardi 6 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2102383
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSCP AUBERSON DESINGLY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 octobre 2021, Mme A C, représentée par Me Desingly, demande au tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 24 mars 2021 par lequel le garde des Sceaux, ministre de la Justice l'a radiée des cadres à compter du 1er décembre 2018 ;

2°) de mettre à la charge du garde des Sceaux, ministre de la Justice la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision implicite de rejet de son recours gracieux est entachée d'un défaut de motivation en application de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration ;

- en raison de sa position de détachement au sein du ministère de l'intérieur, et en dépit de sa titularisation dans le corps des agents spécialisés de la police technique et scientifique de la police nationale, elle bénéficiait d'un droit à être réintégrée dans son corps d'origine.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 juillet 2022, le garde des Sceaux, ministre de la Justice conclut à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête, et à titre subsidiaire, à son rejet.

Il soutient que :

- la requête de Mme C est irrecevable en raison de sa tardiveté ;

- les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n° 85-986 du 16 décembre 1985 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme E B,

- et les conclusions de Mme D de Laporte, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, surveillante pénitentiaire à la maison d'arrêt de Reims depuis 2013, a été détachée dans le corps des agents spécialisés de la police technique et scientifique de la police nationale à compter du 1er décembre 2017 à la suite de sa réussite au concours. Par arrêté du 3 avril 2019, elle a été titularisée dans ce corps à compter du 1er décembre 2018. Le 15 mars 2021, Mme C a sollicité sa réintégration au sein de l'administration pénitentiaire. Par un arrêté du 24 mars 2021, le garde des Sceaux, ministre de la Justice l'a radiée des cadres à compter du 1er décembre 2018. Par la présente requête, Mme C demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions aux fin d'annulation :

En ce qui concerne le défaut de motivation de la décision implicite rejetant le recours gracieux :

2. Aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".

3. Il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours gracieux devant l'auteur de cet acte et de ne former un recours contentieux que lorsque le recours gracieux a été rejeté. L'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative.

4. Mme C soutient que la décision implicite, par laquelle son recours gracieux formé le 4 mai 2021 a été rejeté, est entachée d'un défaut de motivation faute pour le ministre de la justice d'avoir répondu à sa demande de communication des motifs de cette décision en application des dispositions de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration précitées. Toutefois, le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision, soulevé à l'appui des conclusions dirigées à l'encontre du seul arrêté du 24 mars 2021, doit, en tout état de cause, être écarté comme inopérant, dès lors que les vices propres entachant la décision de rejet d'un recours gracieux ne peuvent être utilement contestés.

En ce qui concerne le droit à être réintégrée dans son corps d'origine :

5. Aux termes de l'article 45 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat, devenu les articles L. 513-1 et suivants du code général de la fonction publique : " Le détachement est la position du fonctionnaire placé hors de son corps d'origine mais continuant à bénéficier, dans ce corps, de ses droits à l'avancement et à la retraite. () / A l'expiration de son détachement, le fonctionnaire est, sauf intégration dans le corps ou cadre d'emplois de détachement, réintégré dans son corps d'origine. / Il est tenu compte, lors de sa réintégration, du grade et de l'échelon qu'il a atteints ou auxquels il peut prétendre à la suite de la réussite à un concours ou à un examen professionnel ou de l'inscription sur un tableau d'avancement au titre de la promotion au choix dans le corps ou cadre d'emplois de détachement sous réserve qu'ils lui soient plus favorables() ". Aux termes de l'article 14 du décret du 16 décembre 1985 relatif au régime particulier de certaines positions des fonctionnaires de l'Etat, à la mise à disposition, à l'intégration et à la cessation définitive de fonctions : " Le détachement d'un fonctionnaire ne peut avoir lieu que dans l'un des cas suivants : 1° Détachement auprès d'une administration ou d'un établissement public de l'Etat dans un emploi conduisant à pension du code des pensions civiles et militaires de retraite ; () / 10° Détachement pour l'accomplissement d'un stage ou d'une période de scolarité préalable à la titularisation dans un emploi permanent de l'Etat, d'une collectivité territoriale ou d'un établissement public à caractère administratif dépendant de l'Etat ou d'une collectivité territoriale, ou pour suivre un cycle de préparation à un concours donnant accès à l'un de ces emplois ; () ". Aux termes de l'article 22 du même décret : " Trois mois au moins avant l'expiration du détachement de longue durée, le fonctionnaire fait connaître à son administration d'origine sa décision de solliciter le renouvellement du détachement ou de réintégrer son corps d'origine. () ". Aux termes de l'article 23 du même décret : " Si le fonctionnaire n'a pas fait connaître sa décision dans le délai mentionné à l'alinéa 1er de l'article 22 du présent décret, il est obligatoirement réintégré, par arrêté du ministre intéressé, à la première vacance, dans son corps d'origine et affecté à un emploi correspondant à son grade. () ". Enfin, aux termes de l'article 24 de ce décret : " () Le fonctionnaire peut également demander qu'il soit mis fin à son détachement avant le terme fixé par l'arrêté le prononçant. Il cesse d'être rémunéré si son administration ne peut le réintégrer immédiatement : il est alors placé en position de disponibilité jusqu'à ce qu'intervienne sa réintégration à l'une des trois premières vacances dans son grade. () ".

6. A la suite de la réussite du concours d'agent spécialisé de police technique et scientifique, Mme C a sollicité un détachement à compter du 1er décembre 2017 afin d'intégrer le service local de police technique de Troyes. Par courrier du 20 octobre 2017, le préfet de la zone de défense et de sécurité Est a confirmé l'entrée en formation de Mme C au sein de ce service à compter du 1er décembre 2017. L'intéressée a été placée, à compter de cette date, en position de détachement pour une période d'un an par la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Strasbourg. Par arrêté du 3 avril 2019, l'intéressée a été titularisée dans le corps des agents spécialisés de police technique et scientifique de la police nationale à compter du 1er décembre 2018. Dans ces conditions, l'arrêté prononçant la titularisation de Mme C, dont il est constant qu'il n'a pas été contesté par la requérante, emporte intégration de la fonctionnaire dans le corps des agents spécialisés de police technique et scientifique. Or, dès lors que, sauf disposition contraire expresse, un fonctionnaire ne peut être titularisé dans plusieurs corps de la fonction publique de l'Etat, sa titularisation dans son nouveau corps implique sa radiation de son corps d'origine. Par suite, en édictant l'arrêté du 24 mars 2021 radiant Mme C des cadres à compter du 1er décembre 2018, date de sa titularisation dans le corps des agents spécialisés de police technique et scientifique de la police nationale, le garde des Sceaux, ministre de la Justice s'est estimé tenu à tirer les conséquences de la titularisation de l'agente, en la radiant des effectifs du ministère de la justice. Si par courriers des 17 septembre 2018, 20 janvier et 2 novembre 2020, Mme C a obtenu à tort de la part du chef d'établissement de la maison d'arrêt de Reims, l'accord pour prolonger son détachement jusqu'au 30 novembre 2021, cette circonstance est sans incidence sur la légalité de la décision en litige.

7. Enfin, Mme C soutient que les trois décisions lui accordant la prolongation de son détachement ne pouvaient faire l'objet d'un retrait au motif qu'elles seraient créatrices de droit. Toutefois, en prononçant sa radiation des cadres, le ministre n'a pas mis fin à son détachement avant son terme, mais comme il vient d'être dit, a seulement constaté la titularisation de l'intéressée dans le corps correspondant à l'emploi qu'elle occupait dans le cadre de son détachement. Par suite, le ministre n'a pas procédé au retrait d'une décision créatrice de droit.

8. Il s'ensuit que la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté du 24 mars 2021 serait entachée d'une erreur de droit.

9. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir soulevée en défense, que les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du garde des Sceaux, ministre de la Justice du 24 mars 2021 doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement de la somme que Mme C demande au titre des dispositions précitées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au garde des Sceaux, ministre de la justice.

Délibéré après l'audience du 22 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Olivier Nizet, président,

Mme Stéphanie Lambing, première conseillère,

M. Clemmy Friedrich, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2022.

La rapporteure,

S. B

Le président,

O. NIZET

La greffière,

N. MASSON

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