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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2102645

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2102645

mardi 20 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2102645
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSELARL CHRISTIAN BENOIT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 2 décembre 2021 et 2 mai 2022, Mme B A, représentée par Me Desdoits Venturi, demande au tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 5 octobre 2021 par lequel le maire de la commune de de Ceffonds l'a licenciée en cours de stage pour insuffisance professionnelle à compter du 22 octobre 2021 ;

2°) d'enjoindre à la commune de Ceffonds de la réintégrer dans ses fonctions et de reconstituer sa carrière jusqu'à la date de sa réintégration effective ;

3°) de condamner la commune de Ceffonds à l'indemniser de ses préjudices financier et moral respectivement à hauteur des sommes de 33 552 euros et 5 000 euros ;

4°) de mettre à la charge de la commune de Ceffonds la somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision de la licencier était prise dès avril 2021 en méconnaissance de la procédure prévue par l'article 39-2 du décret du 15 février 1988 et avant que la commission administrative paritaire ne se soit réunie en méconnaissance de l'article 5 du décret du 4 novembre 1992 ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la commune de Ceffonds n'établit pas la réalité de son insuffisance professionnelle ;

- elle n'a pu bénéficier ni de formation liée à ses fonctions, ni d'un accompagnement et a été confrontée aux difficultés liées au Covid-19 sans qu'aucun protocole sanitaire ne soit mis en place par sa hiérarchie et sans que son temps d'intervention ne soit augmenté ;

- il ne peut lui être reproché le non-respect de consignes ou de réalisation des tâches attendues dès lors qu'aucune fiche de poste ne lui a été communiquée ;

- la décision est entachée d'inexactitude matérielle ;

- la sanction est disproportionnée ;

- la commune a en réalité entendu rompre tout lien avec elle en raison de sa santé fragile ;

- il y a lieu de l'indemniser des conséquences de cette décision illégale à hauteur de la somme de 33 552 euros, correspondant à vingt mois de salaire, et de 5 000 euros en réparation de son préjudice moral.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 janvier 2022, la commune de Ceffonds conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n°89-229 du 17 avril 1989 ;

- le décret n°92-1194 du 4 novembre 1992 ;

- le décret n°2006-1691 du 22 décembre 2006 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme F D,

- les conclusions de Mme E de Laporte, rapporteure publique,

- et les observations de M. C, représentant la commune de Ceffonds.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A a été recrutée par la commune de Ceffonds en tant qu'adjointe technique territoriale stagiaire à compter du 1er décembre 2019. Par arrêté du 30 novembre 2020, la durée de son stage a été prolongée pour une période de six mois. Par arrêtés des 27 mai, 9 juin, 17 juin, 6 août et 9 septembre 2021, la période de stage a été prolongée jusqu'au 30 octobre 2021 afin de tenir compte des arrêts de maladie de Mme A. Puis, par un arrêté du 5 octobre 2021, le maire de la commune de Ceffonds a licencié Mme A pour insuffisance professionnelle en cours de stage à compter du 22 octobre 2021. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal d'annuler cet arrêté, de la réintégrer et de reconstituer sa carrière à la date de sa réintégration, et de l'indemniser de ses préjudices financier et moral respectivement à hauteur des sommes de 33 552 euros et 5 000 euros.

Sur les conclusions aux fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 46 de la loi n°84-53 du 26 janvier 1984 devenu l'article L. 327-4 du code général de la fonction publique : " () L'agent peut être licencié au cours de la période de stage en cas d'insuffisance professionnelle ou de faute disciplinaire et après avis de la commission administrative paritaire compétente ". Aux termes de l'article 4 du décret du 4 novembre 1992 : " La durée normale du stage et les conditions dans lesquelles elle peut éventuellement être prorogée sont fixées par les statuts particuliers des cadres d'emplois. / Sous réserve de dispositions contraires prévues par ces statuts et de celles résultant des articles 7 et 9 du présent décret, la durée normale du stage est fixée à un an. Elle peut être prorogée d'une période au maximum équivalente si les aptitudes professionnelles du stagiaire ne sont pas jugées suffisantes pour permettre sa titularisation à l'expiration de la durée normale du stage. () ". Aux termes de l'article 5 du même décret : " Le fonctionnaire territorial stagiaire peut être licencié pour insuffisance professionnelle lorsqu'il est en stage depuis un temps au moins égal à la moitié de la durée normale du stage. / Le licenciement est prononcé après avis de la commission administrative paritaire compétente pour le cadre d'emplois dans lequel l'intéressé a vocation à être titularisé () ". Aux termes de l'article 8 du décret 22 décembre 2006 : " Les candidats recrutés en qualité d'adjoint technique territorial sur un emploi d'une collectivité territoriale ou d'un établissement public d'une collectivité territoriale, ainsi que les candidats inscrits sur une liste d'aptitude au grade d'adjoint technique territorial principal de 2e classe et recrutés sur un emploi d'une collectivité territoriale ou d'un établissement public d'une collectivité territoriale, sont nommés stagiaires par l'autorité territoriale investie du pouvoir de nomination pour une durée d'un an. ". Aux termes de l'article 37-1 du décret du 17 avril 1989 : " I.- Les commissions administratives paritaires connaissent : 1° En matière de recrutement, des refus de titularisation et des licenciements en cours de stage en cas d'insuffisance professionnelle ou de faute disciplinaire () ".

3. Sous réserve d'un licenciement intervenant en cours de stage et motivé par ses insuffisances ou manquements professionnels, tout fonctionnaire stagiaire a le droit d'accomplir son stage dans des conditions lui permettant d'acquérir une expérience professionnelle et de faire la preuve de ses capacités pour les fonctions auxquelles il est destiné. S'il est loisible à l'autorité administrative d'alerter, en cours de stage, l'agent sur ses insuffisances professionnelles et, le cas échéant, sur le risque qu'il encourt de ne pas être titularisé s'il ne modifie pas son comportement, la collectivité employeur ne peut, avant l'issue de la période probatoire, prendre d'autre décision que celle de licencier son stagiaire pour insuffisance professionnelle dans les conditions limitativement définies à l'article 5 du décret du 4 novembre 1992.

4. Il ressort des pièces du dossier que Mme A a été nommée à compter du 1er décembre 2019 en qualité d'adjointe technique territoriale stagiaire. Après prolongation de sa période de stage, par un arrêté du 5 octobre 2021, il a été mis fin à son stage le 22 octobre 2021, alors que le terme de celui-ci devait intervenir le 30 octobre 2021 en application de l'arrêté du 9 septembre 2021. Comme s'en prévaut la requérante, le 16 avril 2021, le maire de la commune de Ceffonds l'avait informée de son souhait de la licencier à la fin de son stage, au 31 mai 2021, et ainsi de refuser de la titulariser. En raison des arrêts de travail de Mme A et de la prorogation du terme de son stage, le maire a finalement indiqué, dans son courrier du 15 juin 2021, qu'afin de tenir compte des contraintes scolaires, son licenciement pour insuffisance professionnelle interviendrait finalement en cours de stage au 15 juillet 2021. Eu égard à ces circonstances, Mme A n'est pas fondée à soutenir que la décision de la licencier pour insuffisance professionnelle aurait été prise dès le 16 avril 2021, dès lors qu'il était envisagé, à cette date, de refuser de la titulariser à l'issue de son stage et non de la licencier avant le terme de sa période probatoire.

5. La commission administrative paritaire a émis un avis sur le licenciement pour insuffisance professionnelle de Mme A le 28 septembre 2021. La décision de licencier Mme A a été édictée par la commune de Ceffonds le 5 octobre 2021. Par suite, le moyen invoqué par la requérante tiré de ce que la décision de la licencier aurait été prise avant la consultation de la commission administrative paritaire manque en fait.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits () ". Aux termes de l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Lorsqu'un licenciement intervient avant la fin du stage, il est regardé comme retirant ou abrogeant une décision créatrice de droits et doit ainsi être motivé.

7. Il ressort des pièces du dossier et des termes même de l'arrêté attaqué, que la commune de Ceffonds a visé les textes applicables fondant sa décision et a précisé les raisons pour lesquelles il a considéré que Mme A ne disposait pas des compétences requises pour exercer l'emploi qu'elle occupait. Ces informations permettaient à l'intéressée de connaitre les raisons retenues par le maire pour prendre la décision en litige, sans qu'il ait été nécessaire de préciser quelles étaient les compétences qui étaient attendues d'elle. Au demeurant, Mme A ne pouvait ignorer les tâches qu'elle devait assurer et les compétences qu'elles exigeaient de posséder. Le moyen tiré du défaut de motivation doit, par suite, être écarté.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 du décret du 22 décembre 2006 : " Les adjoints techniques territoriaux sont chargés de tâches techniques d'exécution. / Ils exercent leurs fonctions dans les domaines du bâtiment, des travaux publics, de la voirie et des réseaux divers, des espaces naturels et des espaces verts, de la mécanique et de l'électromécanique, de la restauration, de l'environnement et de l'hygiène, de la logistique et de la sécurité, de la communication et du spectacle, de l'artisanat d'art. "

9. Le licenciement pour inaptitude professionnelle d'un agent public ne peut être fondé que sur des éléments révélant l'inaptitude de l'agent à exercer normalement les fonctions pour lesquelles il a été engagé ou correspondant à son grade et non sur une carence ponctuelle dans l'exercice de ces fonctions.

10. Il ressort des termes de la décision en litige que le maire a mis fin au stage de la requérante pour insuffisance professionnelle au motif que Mme A n'a pas mis en œuvre l'ensemble des compétences requises pour l'entretien des locaux malgré la prolongation de son stage de six mois, et qu'elle manque d'implication et de rigueur dans cette mission.

11. Il ressort des pièces du dossier que lors de l'évaluation réalisée au cours du stage, le 31 août 2020, après une période non travaillée durant le confinement du printemps 2020, le maire a précisé que Mme A devra encore se former pour occuper pleinement ses fonctions avec l'appui du tuilage mis en place. A l'issue de la période de stage d'un an, le maire a souligné, dans son évaluation réalisée le 3 novembre 2020, que si Mme A a le sens du service public et a montré son savoir-faire auprès des enfants, la qualité de son travail est néanmoins insuffisante concernant l'entretien des locaux, malgré l'accompagnement mis en place et le rappel des consignes. Il lui est demandé de davantage s'impliquer sur les tâches liées au ménage. Lors de l'évaluation du 16 avril 2021, au cours de la période de la prorogation de son stage d'une durée de six mois devant s'achever le 31 mai 2021, le maire a constaté que Mme A n'a pas acquis les connaissances pour réaliser correctement les tâches d'entretien des locaux en dépit du tuilage de sa collègue et de l'aide des élus. Il lui est reproché d'effectuer un nettoyage insuffisant ce qui aurait posé des problèmes durant la pandémie de Covid-19. Pour contester ces appréciation la requérante fait valoir qu'elle ne s'est pas vu notifier de fiche de poste ou n'aurait pas été destinataire de directives écrites. Toutefois cette circonstance, alors qu'elle a bénéficié d'un accompagnement de la part d'une de ses collègues, ne saurait suffire à considérer qu'elle n'a pas été mise à même d'accomplir son stage dans des conditions lui permettant de faire valoir ses capacités professionnelles. Si Mme A soutient que le temps qui lui est accordé est insuffisant pour réaliser le nettoyage et la désinfection des locaux, elle ne l'établit pas, alors qu'il est constant que son temps de travail dédié au ménage n'a pas été augmenté durant la pandémie de Covid-19. De plus, Mme A a suivi une formation d'intégration des nouveaux agents de catégorie C organisée du 19 au 30 octobre 2020. L'objectif du stage, tel qu'il ressort de l'attestation de stage produite par la requérante, était notamment d'appréhender le service public local, les métiers, les règles d'hygiène et de sécurité et d'identifier les droits et outils de formation. Il n'est pas justifié que cette formation suivie et le tutorat dont a bénéficié Mme A durant plus d'un an auraient été insuffisants pour lui permettre d'accomplir son stage dans des conditions lui permettant d'acquérir une expérience professionnelle et de faire la preuve de ses capacités pour les fonctions auxquelles elle était destinée. Au demeurant, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressée se serait plainte auprès des élus ou de son supérieur hiérarchique de l'impossibilité pour elle de réaliser les tâches attendues dans le temps imparti ou d'être insuffisamment formée. Enfin, les deux attestations d'une parente d'élèves et d'une grand-mère d'un enfant scolarisé dans l'école où intervient Mme A produites par la requérante se bornent à faire état de l'attitude de Mme A envers les enfants. Dès lors que le maire n'a formulé aucun grief quant au comportement de l'intéressée avec les enfants, ces attestations ne permettent pas d'établir que l'agent disposerait des capacités nécessaires à l'exercice de ses fonctions. Par suite, au vu de la manière de servir de l'intéressée, et alors que la commission administrative paritaire a émis un avis favorable au licenciement pour insuffisance professionnelle, les moyens tirés de ce que la décision en litige reposerait sur des faits matériellement inexacts et serait entachée une erreur d'appréciation doivent être écartés.

En quatrième lieu, dès lors que la décision attaquée est fondée sur la seule insuffisance professionnelle de Mme A, qui est établie au regard de ce qui précède, la requérante ne peut utilement soutenir que la mesure prise à son encontre, qui n'est pas une sanction disciplinaire, serait disproportionnée eu égard aux griefs reprochés.

12. En dernier lieu, contrairement à ce que soutient la requérante, il ne ressort nullement des pièces du dossier que la décision de la licencier constitueraient une mesure destinée à mettre fin à ses fonctions en raison de son état de santé et en vue d'accorder son emploi à une des conseillères municipales.

13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté de la commune de Ceffonds du 5 octobre 2021 doivent être rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires :

14. Il résulte de ce qui vient d'être dit que l'arrêté attaqué prononçant le licenciement pour insuffisance professionnelle de Mme A n'est pas entaché d'illégalité. Il suit de là qu'en prenant une telle décision, le maire de la commune de Ceffonds n'a commis aucune faute de nature à engager la responsabilité de la commune. Par suite, les conclusions tendant à ce que cette collectivité soit condamnée à lui verser la somme globale de 38 552 euros au titre des préjudices invoqués doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

15. Le présent jugement rejetant les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté de la commune de Ceffonds du 5 octobre 2021 n'appelle aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la commune de Ceffonds, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement de la somme que Mme A demande au titre des dispositions précitées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la commune de Ceffonds.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Olivier Nizet, président,

Mme Stéphanie Lambing, première conseillère,

M. Clemmy Friedrich, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2022.

La rapporteure,

Signé

S. D

Le président,

Signé

O. NIZET

La greffière,

Signé

I. DELABORDE

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