vendredi 20 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2102659 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | SARL SABRINA ROGER AVOCAT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 3 décembre 2021, et des mémoires des 15 février et 4 octobre 2022, Mme E A, représentée par Me Lacourt, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision de l'inspecteur du travail de la direction départementale de l'emploi, du travail, des solidarités et de la protection des populations des Ardennes en date du 4 octobre 2021, qui a autorisé son licenciement pour inaptitude ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- il appartiendra à l'administration de démontrer la compétence de Mme B pour signer la décision en litige ;
- la décision est contraire à l'article L. 1226-2-1 du code du travail en ce que les motifs s'opposant à son reclassement ne lui ont pas été notifiés et que l'inspecteur du travail aurait dû à ce titre refuser le licenciement demandé ;
- l'employeur doit justifier des démarches effectuées, de manière précise, pour
parvenir au reclassement du salarié ; il appartiendra à la société Walor Vouziers de justifier des diligences effectuées ; il existait des postes de reclassement disponibles au sein de la société qui ne lui ont pas été proposés ; si le médecin du travail a privilégié un reclassement sur un poste administratif, il n'a pas exclu un reclassement sur un poste de production ; elle avait de longue date le projet d'occuper un poste administratif au sein de la société et ce souhait était connu du directeur du site ;
- il y a un lien entre son activité syndicale et la décision de la licencier ; l'inspectrice du travail était informée de ce lien mais a refusé de l'examiner et a tu dans sa décision les récriminations qui lui ont été exposées lors de l'enquête contradictoire ; la décision est ainsi entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- le code du travail fait obligation à l'employeur qui sollicite l'autorisation de licencier un salarié protégé d'obtenir préalablement l'avis du CSE qu'il lui appartient de consulter dans les formes prévues par la loi, et d'entendre à cette occasion le salarié intéressé ; il appartiendra à la société de justifier des diligences effectuées de ce chef.
Par des mémoires en défense enregistrés les 27 décembre 2021 et 28 février 2022, la direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités du Grand-Est conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens ne sont pas fondés.
Par des mémoires en défense déposés les 3 janvier 2022, 7 mars 2022, 8 mars 2022, 29 mars 2022 et 12 décembre 2022, la société Walor Vouziers conclut au rejet de la requête et à la condamnation de Mme A à lui verser la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La société soutient qu'aucun des moyens n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. F,
- et les conclusions de M. Deschamps, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A a exercé à partir de l'année 2014 une activité d'agent de production, qualification ouvrier niveau 2, au sein de l'entreprise Walor Vouziers implantée dans les Ardennes. Elle détenait au sein de cette société un mandat de membre suppléante du comité social et économique. Le médecin du travail a émis le 28 mai 2021 à l'encontre de Mme A un avis d'inaptitude évoquant également des contre-indications concernant le port de charges de plus de 5 kg sans aide à la manutention, les postes avec efforts physiques intenses, le travail posté et l'exposition aux produits chimiques toxiques, solvants organiques, huiles et graisses industrielles, fluides de coupe et poussières de métaux durs, et préconisant de privilégier un poste administratif. L'employeur de Mme A a sollicité le 9 septembre 2021 de l'inspection du travail l'autorisation de licencier sa salariée pour inaptitude. Cette autorisation a été délivrée par une décision du 4 octobre 2021, dont Mme A demande l'annulation.
Sur les conclusions en annulation :
2. La décision du 4 octobre 2021 vise les textes qui lui servent de fondement, notamment les dispositions pertinentes du code du travail. Elle mentionne également les démarches effectuées en vue de la reconnaissance de l'inaptitude de la salariée, l'avis d'inaptitude émis par le médecin du travail et la recherche d'une solution de reclassement, ainsi que l'absence de mise en évidence de lien entre le mandat détenu par la salariée et la demande d'autorisation de licenciement. Ainsi, la décision, qui n'avait pas à détailler les démarches entreprises par l'employeur en vue du reclassement ni les raisons qui ont conduit à écarter tout lien avec le mandat, a ainsi exposé les motifs qui permettent d'attester que l'inspectrice du travail a exercé son contrôle. Ces motifs permettent de comprendre la décision et, si besoin, de la critiquer. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.
3. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de la décision du 28 mai 2021 du directeur régional de la DREETS de la région Grand-Est relative à l'affectation des agents de contrôle dans l'unité de contrôle des Ardennes et à la gestion des intérims dans le département des Ardennes, que Mme C B est inspectrice du travail affectée à compter du 1er juin 2021 à la section n°7 du département des Ardennes. La décision en litige a ainsi été prise par une autorité compétemment désignée.
4. Aux termes de l'article L. 1226-2-1 du code du travail : " Lorsqu'il est impossible à l'employeur de proposer un autre emploi au salarié, il lui fait connaître par écrit les motifs qui s'opposent à son reclassement. L'employeur ne peut rompre le contrat de travail que s'il justifie soit de son impossibilité de proposer un emploi dans les conditions prévues à l'article L. 1226-2, soit du refus par le salarié de l'emploi proposé dans ces conditions, soit de la mention expresse dans l'avis du médecin du travail que tout maintien du salarié dans un emploi serait gravement préjudiciable à sa santé ou que l'état de santé du salarié fait obstacle à tout reclassement dans un emploi. L'obligation de reclassement est réputée satisfaite lorsque l'employeur a proposé un emploi, dans les conditions prévues à l'article L. 1226-2, en prenant en compte l'avis et les indications du médecin du travail () ".
5. Mme A soutient ensuite que l'article L. 1226-2-1 du code du travail a été méconnu en ce qu'elle n'a pas eu notification des motifs qui s'opposaient à son reclassement avant l'intervention de la décision de licenciement. Toutefois, par un courrier du 13 juillet 2021 notifié le 15 suivant, ces motifs ont été portés à sa connaissance. Le moyen, qui manque en fait, doit ainsi être écarté.
6. Aux termes de l'article L. 2421-3 du code du travail : " Le licenciement envisagé par l'employeur d'un membre élu à la délégation du personnel au comité social et économique titulaire ou suppléant ou d'un représentant syndical au comité social et économique ou d'un représentant de proximité est soumis au comité social et économique, qui donne un avis sur le projet de licenciement dans les conditions prévues à la section 3 du chapitre II du titre Ier du livre III. L'avis est réputé acquis nonobstant l'acquisition d'un nouveau mandat postérieurement à cette consultation. Lorsqu'il n'existe pas de comité social et économique dans l'établissement, l'inspecteur du travail est saisi directement. () ".
7. Contrairement à ce qu'allègue la requérante, il ressort des pièces du dossier que le CSE a été consulté sur le reclassement le 13 juillet 2021 et sur le projet de licenciement le 29 juillet 2021.
8. En vertu du code du travail, les salariés protégés bénéficient, dans l'intérêt de l'ensemble des travailleurs qu'ils représentent, d'une protection exceptionnelle. Dans le cas où la demande de licenciement est motivée par l'inaptitude du salarié, il appartient à l'administration de rechercher si cette inaptitude est telle qu'elle justifie le licenciement envisagé, compte tenu des caractéristiques de l'emploi exercé à la date à laquelle elle est constatée, de l'ensemble des règles applicables au contrat de travail de l'intéressé, des exigences propres à l'exécution normale du mandat dont il est investi et de la possibilité d'assurer son reclassement dans l'entreprise, et non de rechercher la cause de cette inaptitude. Toutefois, il appartient en toutes circonstances à l'autorité administrative de faire obstacle à un licenciement en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées par un salarié ou avec son appartenance syndicale. Par suite, même lorsque le salarié est atteint d'une inaptitude susceptible de justifier son licenciement, la circonstance que le licenciement envisagé est également en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées par l'intéressé ou avec son appartenance syndicale fait obstacle à ce que l'administration accorde l'autorisation sollicitée. Le fait que l'inaptitude du salarié résulte d'une dégradation de son état de santé, elle-même en lien direct avec des obstacles mis par l'employeur à l'exercice de ses fonctions représentatives, est à cet égard, de nature à révéler l'existence d'un tel rapport.
9. Il ressort des pièces du dossier que Mme A, qui exerçait un emploi d'agent de production, a été déclarée inapte à ses fonctions par un avis du 28 mai 2021 du médecin du travail en précisant qu'une affectation sur un poste administratif était à privilégier. Les pièces du dossier font ressortir que le directeur Usine de la société Walor Vouziers, par une lettre du 14 juin 2021 mentionnant les fonctions exercées jusqu'alors par Mme A et reprenant l'intégralité des préconisations du médecin du travail dans son avis d'inaptitude, de sorte que les destinataires étaient précisément informés des contraintes que devaient respecter les éventuels postes disponibles et du souhait de la salariée sur une reconversion sur un poste d'assistante ressources humaines conforme à la formation qu'elle avait suivie, a interrogé les six responsables des services de l'établissement sur l'existence d'un besoin correspondant aux préconisations du médecin du travail et que tous ces services ont répondu par la négative. Si Mme A soutient qu'un poste administratif au sein du service des ressources humaines ne lui a pas été proposé alors qu'elle avait suivi des formations en vue de se réorienter vers un tel poste, il ressort toutefois des pièces du dossier que le contrat de travail de la salariée, qui a été recrutée sur ce poste à compter du 21 juin 2021, a été signé par l'intéressée le 17 mai 2021 soit avant l'avis d'inaptitude, et que ce poste n'était ainsi pas vacant. Par suite, le moyen tiré du manquement de son employeur à l'obligation de recherche de reclassement prévu par les dispositions de l'article L. 1226-2-1 du code du travail doit être écarté.
10. La requérante invoque ensuite l'existence d'un lien entre son licenciement et l'exercice de son mandat en exposant qu'à la suite d'un mouvement de grève initié par la CFDT, son organisation syndicale, au sein de l'entreprise et qui s'est achevé avec la conclusion d'un protocole de fin de conflit le 28 janvier 2021, les élus de la CFDT ont fait l'objet d'une " attention particulière " de la part de l'employeur. Si un des élus, M. D, a fait l'objet d'un avertissement, l'employeur souligne, et ce n'est pas contesté, que cette sanction a fait suite à une faute professionnelle. La circonstance que M. Bodson, secrétaire du comité d'entreprise, qui assistait Mme A lors de l'enquête contradictoire, n'aurait pu parvenir à expliquer à l'inspectrice du travail, qui aurait refusé de l'écouter, les pressions dont il estimait que les élus de son syndicat étaient l'objet, ne permet pas non plus d'établir un lien avec l'exercice du mandat, alors que l'inaptitude résulte d'un avis du médecin du travail.
11. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 4 octobre 2021.
Sur les frais liés au litige :
12. D'une part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, la somme que demande Mme A au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. D'autre part, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la société Walor Vouziers présentées sur le fondement des mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la société Walor Vouziers sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme E A, à la société Walor Vouziers et au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion.
Copie en sera adressée pour information à la direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités du Grand-Est.
Délibéré après l'audience du 5 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
M. Cristille, président,
M. Maleyre, premier conseiller,
M. Friedrich, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 janvier 2023.
L'assesseur le plus ancien
dans l'ordre du tableau,
Signé
P-H. MALEYRELe président-rapporteur,
Signé
P. FLa greffière,
Signé
I. ROLLAND
N°2102659
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026