mardi 11 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2200238 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge unique - 2ème chambre |
| Avocat requérant | GERNEZ |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 7 février 2022, 14 mars 2022,
17 mars 2022 et 23 octobre 2022, Mme A C, représentée par Me Philippe Gernez, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 14 décembre 2021 par laquelle le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique a refusé de lui accorder le bénéfice d'une allocation temporaire d'invalidité ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique de lui accorder le bénéfice d'une allocation temporaire d'invalidité en fixant à 30 % le taux d'invalidité lié à ses séquelles, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de cent euros pour jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le rapport de l'expertise médicale diligentée par l'administration, et dont la commission de réforme s'est appropriée les conclusions par un avis du 16 mars 2021, a retenu un taux d'invalidité de 26 % pour la perte d'audition bilatérale et un taux d'invalidité de 5 % pour les acouphènes bilatéraux ;
- les taux d'invalidité retenus par le ministre de l'intérieur doivent être écartés, dès lors qu'ils ont été mesurés dans le cadre d'examen médicaux réalisés avant la date de consolidation de ses blessures, le 21 octobre 2019 ;
- elle a droit à bénéficier d'une allocation temporaire d'invalidité dont le montant sera fixé sur la base d'un taux d'invalidité global de 30 %.
Par des observations enregistrées le 9 juin 2022, la préfète de la zone de défense et de sécurité Est fait valoir qu'elle n'est pas compétente pour défendre les intérêts de l'Etat dans le présent litige.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 septembre 2022, le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 3 août 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au
15 novembre 2022.
Des mémoires respectivement présentés par le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique et par le ministre de l'intérieur et des outre-mer ont été enregistrés les 28 février 2023 et 23 mars 2023, soit postérieurement à la clôture de l'instruction.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le code des pensions civiles et militaires de retraite ;
- le décret n° 60-1089 du 6 octobre 1960 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. E pour statuer sur les litiges visés à
l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B E,
- les conclusions de Mme D de Laporte, rapporteure publique,
- et les observations de Mme C.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, capitaine de police, a été victime le 7 décembre 2018 d'un accident que le préfet de la zone de défense et de sécurité Est, par un arrêté du 5 février 2019, a reconnu comme imputable au service. L'intéressée a déposé une demande d'allocation temporaire d'invalidité au titre des séquelles liées à cet accident. Par un courrier du 24 janvier 2022, la préfète de la zone de défense et de sécurité Est a informé Mme C du rejet de sa demande par une décision du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en date du 14 décembre 2021. Par la présente requête, Mme C demande au tribunal d'annuler cette dernière décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 824-1 du code général de la fonction publique, qui a repris à compter du 1er mars 2022 les dispositions de l'article 65 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat : " Le fonctionnaire qui a été atteint d'une invalidité résultant d'un accident de service ayant entraîné une incapacité permanente d'au moins 10 % ou d'une maladie professionnelle peut prétendre à une allocation temporaire d'invalidité cumulable avec son traitement dont le montant est fixé à la fraction du traitement minimal de la grille fixée par décret, correspondant au pourcentage d'invalidité. "
3. Aux termes de l'article 1er du décret du 6 octobre 1960 susvisé : " L'allocation temporaire d'invalidité prévue à l'article 65 de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 modifiée portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat est attribuée aux agents maintenus en activité qui justifient d'une invalidité permanente résultant : / a) Soit d'un accident de service ayant entraîné une incapacité permanente d'un taux rémunérable au moins égal à 10 % ; () ". Enfin, aux termes de l'article 3 du même décret, dans sa rédaction applicable au litige : " La réalité des infirmités invoquées par le fonctionnaire, leur imputabilité au service, la reconnaissance du caractère professionnel des maladies, les conséquences ainsi que le taux d'invalidité qu'elles entraînent sont appréciés par la commission de réforme prévue à l'article L. 31 du code des pensions civiles et militaires de retraite. Le pouvoir de décision appartient dans tous les cas au ministre dont relève l'agent et au ministre chargé du budget. "
4. Aux termes de l'article 2 du décret du 6 octobre 1960 susvisé : " Le taux d'invalidité rémunérable est déterminé compte tenu du barème indicatif prévu à l'article L. 28 du code des pensions civiles et militaires de retraite. / Dans le cas d'aggravation d'infirmités préexistantes, le taux d'invalidité à prendre en considération doit être apprécié par rapport à la validité restante du fonctionnaire. " Ces dispositions ont entendu limiter l'application de la règle de la validité restante pour le calcul du taux d'invalidité résultant du cumul d'invalidités à la seule hypothèse de l'aggravation d'infirmités préexistantes. Un tel rapport d'aggravation entre deux infirmités résulte soit d'une relation médicale soit d'un lien fonctionnel entre elles.
5. Lorsqu'il est saisi d'un litige en matière d'allocation temporaire d'invalidité, il appartient au juge administratif, en sa qualité de juge de plein contentieux, de se prononcer sur les droits de l'intéressé en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, et aussi, le cas échéant, d'apprécier, s'il est saisi de moyens en ce sens ou au vu de moyens d'ordre public, la régularité de la décision en litige.
6. Il résulte de l'instruction que, dans le cadre de l'instruction de sa demande d'allocation temporaire d'invalidité, Mme C a été examinée le 26 novembre 2020 par un médecin expert qui a rendu un rapport en date du 18 janvier 2021. Les conclusions retiennent que l'accident dont celle-ci a été victime le 7 décembre 2018 lui a causé une hypoacousie bilatérale, prédominante à droite, et des acouphènes bilatéraux. Le taux d'invalidité afférent à ces diverses séquelles a été fixé respectivement à 26 % et 5 %. La commission de réforme, qui a émis le
16 mars 2021 l'avis requis par les dispositions précitées de l'article 3 du décret du
6 octobre 1960, s'est appropriée les conclusions du rapport d'expertise précité et a fixé la date de consolidation des séquelles de Mme C au 21 octobre 2019, cette date correspondant à celle qui a été retenue par le médecin traitant de cette dernière dans le certificat médical final.
7. Il résulte de l'instruction que le ministre de l'économie, pour rejeter la demande d'allocation temporaire d'invalidité présentée par Mme C, a estimé, d'une part, que seules les séquelles liées à la perte d'audition de l'oreille droite étaient susceptibles d'être prises en compte pour apprécier les droits de Mme C à bénéficier d'une allocation temporaire d'invalidité et, d'autre part, que le taux d'invalidité pour la perte d'audition et les acouphènes devait être fixé respectivement à 3 % et 5 %, soit un taux d'incapacité global de 7,85 %.
8. Toutefois, d'une part, il résulte de l'instruction, en ce qui concerne l'imputabilité au service des séquelles liées à la perte d'audition de l'oreille gauche, que le ministre de l'économie se borne à se prévaloir de l'arrêté préfectoral du 5 février 2019 qui, en reconnaissant l'imputabilité au service de l'accident subi par Mme C le 7 décembre 2018, précise que les blessures constatées affectent l'oreille droite. Or, par cette seule argumentation, le ministre de l'économie ne remet pas utilement en cause l'appréciation concordante de l'auteur de l'expertise médicale précitée et de la commission de réforme qui ont estimé que l'accident survenu le
7 décembre 2018, dont l'imputabilité au service n'est pas contestée par le ministre de l'économie, a provoqué une perte d'audition bilatérale. Dès lors, Mme C est fondée à soutenir que, pour apprécier ses droits à bénéficier d'une allocation temporaire d'invalidité, il y a lieu de prendre en considération les séquelles qui sont liées à une perte d'audition bilatérale.
9. D'autre part, il résulte de l'instruction, en ce qui concerne la fixation du taux d'invalidité des séquelles afférentes à la perte d'audition, que le ministre de l'économie se fonde sur plusieurs bilans audiométriques réalisés avant la date de consolidation de l'état de santé de Mme C, laquelle date n'est pas remise en cause par le ministre de l'économie. Or, l'évaluation de l'incapacité permanente d'un agent qui a subi un accident de service ne peut intervenir avant que les séquelles de cet accident n'aient cessé d'évoluer. Il en découle que cette évaluation doit être postérieure à la date de consolidation de l'état de santé de l'agent, laquelle correspond au moment où son état de santé est stabilisé. Ainsi, Mme C est fondée à soutenir que, pour apprécier ses droits à bénéficier d'une allocation temporaire d'invalidité, il y a lieu d'apprécier l'ampleur des séquelles résultant de son accident de service du 7 décembre 2018 en les évaluant après la consolidation de son état de santé, qui a été fixée au 21 octobre 2019.
10. Il résulte de l'instruction que le médecin expert, qui a examiné Mme C le
26 novembre 2020, a conclu, dans le rapport précité du 18 janvier 2021, que l'accident de service dont elle a été victime le 7 décembre 2018 lui a causé des séquelles permanentes qui, au regard du barème prévu à l'article L. 28 du code des pensions civiles et militaires de retraite, doivent être évaluées à 26 % en ce qui concerne la perte d'audition bilatérale et à 5 % en ce qui concerne les acouphènes bilatéraux. Le ministre de l'économie ne produit aucun élément de nature à remettre en cause ces conclusions que la commission de réforme s'est appropriées par son avis précité du 16 mars 2021. Par suite, Mme C est fondée à soutenir que ses droits à bénéficier d'une allocation temporaire d'invalidité doivent être examinés en retenant, pour chacune des séquelles dont elle souffre à la suite de son accident de service, les taux d'invalidité précités.
11. Il résulte de l'instruction, eu égard à ce qui a été dit au point 4, que les séquelles de Mme C présentent entre elles un lien fonctionnel, d'où il découle que celles qui sont liées aux acouphènes bilatéraux doivent être regardées comme aggravant celles qui sont liées à la perte d'audition bilatérale. Il y a donc lieu, pour le calcul du taux d'invalidité global de Mme C, d'appliquer la règle de la validité restante en ce qui concerne le taux d'invalidité relatif aux acouphènes bilatéraux dont souffre cette dernière. Suivant cette modalité de calcul, ce taux d'invalidité doit être fixé à 3,7 % et, par cumul avec le taux d'invalidité lié à la perte d'audition bilatérale, le taux d'invalidité global de Mme C doit être fixé à 29,7 %, dès lors qu'aucune disposition législative ou réglementaire ne prévoit que le taux global devrait être arrondi à la décimale la plus proche.
12. Il résulte de ce qui précède que le taux d'invalidité dont souffre Mme C en raison des séquelles liées à l'accident de service dont elle a été victime le 7 décembre 2018 est supérieur à 10 %. La requérante est donc fondée à soutenir qu'elle en droit d'obtenir une allocation temporaire d'invalidité sur le fondement des dispositions précitées du 1° de
l'article 1er du décret du 6 octobre 1960 et, par suite, la décision du 14 décembre 2021 par laquelle le ministre de l'économie lui a refusé le bénéfice de cette allocation doit être annulée.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
13. Aux termes de l'article 4 du décret du 6 octobre 1960 susvisé : " L'entrée en jouissance de l'allocation temporaire d'invalidité est fixée à la date de reprise des fonctions après consolidation ou, dans les cas prévus au quatrième alinéa de l'article 1er, à la date de la constatation officielle de la consolidation de la blessure ou de l'état de santé de l'intéressé. () ".
14. Il résulte de ce qui a été dit aux points 11 et 12 que Mme C est en droit de bénéficier d'une allocation temporaire d'invalidité dont le montant doit être calculé à partir d'un taux d'invalidité global fixé à 29,7 %. Par ailleurs, Mme C fait valoir, par des allégations qui ne sont pas contredites en défense par le ministre de l'économie, avoir repris ses fonctions le 4 mai 2019, tandis que la date de consolidation de son état de santé a été fixée au
21 octobre 2019. Ainsi, par application des dispositions précitées de l'article 4 du décret du
6 octobre 1960, la date d'entrée en jouissance de l'allocation temporaire d'invalidité de Mme C doit, nonobstant la circonstance que la date de reprise de ses fonctions est antérieure à la date de consolidation de son état de santé, être fixée à cette dernière date, soit le 21 octobre 2019.
15. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre aux ministres de l'intérieur et de l'économie, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, d'octroyer à Mme C une allocation temporaire d'invalidité au taux de 29,7 % avec une entrée en jouissance fixée au 21 octobre 2019. En revanche, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés à l'instance :
16. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme C et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 14 décembre 2021 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, d'octroyer à Mme C une allocation temporaire d'invalidité au taux de 29,7 % avec une date d'entrée en jouissance fixée au
21 octobre 2019.
Article 3 : L'Etat versera à Mme C une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2023.
Le magistrat désigné,
C. ELa greffière,
N. MASSON
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026