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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2200292

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2200292

mardi 11 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2200292
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique - 2ème chambre
Avocat requérantARTAUD BELFIORE CASTILLON GREBILLE-ROMAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 16 novembre 2021 et le 14 avril 2022, M. A C, représenté par Me Eric de Caumont, demande au tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, les décisions de retrait de points de son permis de conduire relatives aux infractions commises les 23 septembre 2018, 28 juin 2019, 2 avril 2020, 11 avril 2020 et 3 juin 2020 ;

2°) d'annuler, pour excès de pouvoir, la décision 48SI du 26 mars 2021 ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer les points dont il soutient qu'ils ont été soustraits illégalement, dans un délai de huit jours suivant la notification du jugement à intervenir ;

4°) le versement d'une somme de 2 000 euros à la charge de l'Etat au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il est recevable à contester la décision 48SI du 26 mars 2021 ;

- il n'a pas été tenu compte du stage de sensibilisation à la sécurité routière qu'il a réalisé les 9 et 10 décembre 2020, en méconnaissance de l'article R. 223-6 du code de la route ;

- il n'a pas disposé des informations préalables prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ;

- les contraventions contestées ayant donné lieu à classement sans suite ou renvoi devant tribunal, ne pourront aboutir à la décision de retrait de points du permis de conduire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 mars 2022, le ministre de l'intérieur conclut à titre principal, à l'irrecevabilité des conclusions à l'encontre de la décision 48SI, et à titre subsidiaire, au rejet du surplus de la requête.

Il soutient que :

- les conclusions à l'encontre de la décision 48SI sont tardives ;

- les conclusions relatives à la non prise en compte de son stage de sensibilisation à la sécurité routière des 9 et 10 décembre 2020 sont sans objet dès lors qu'un crédit de 4 points lui ayant été accordé le 11 décembre 2020 ;

- les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Lambing, première conseillère, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision référencée " 48SI " du 26 mars 2021, le ministre de l'intérieur a constaté la perte de validité du permis de conduire de M. C pour solde de points nuls et lui a enjoint de le restituer. Par la présente requête, le requérant demande l'annulation de cette décision, des décisions relatives aux infractions commises les 23 septembre 2018, 28 juin 2019, 2 avril 2020, 11 avril 2020 et 3 juin 2020 et la prise en compte du stage de sensibilisation à la sécurité routière effectué les 9 et 10 décembre 2020, pour le calcul des points affectés à son permis de conduire.

Sur la fin de non-recevoir :

2. Aux termes des dispositions de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision et ce, dans les deux mois à compter de la notification ou de la publication de la décision attaquée ". Aux termes de l'alinéa 5 de l'article R. 223-3 du code de la route : " Si le retrait de points aboutit à un nombre nul de points affectés au permis de conduire, l'auteur de l'infraction est informé par le ministre de l'intérieur par lettre recommandée avec demande d'avis de réception du nombre de points retirés. Cette lettre récapitule les précédents retraits ayant concouru au solde nul, prononce l'invalidation du permis de conduire et enjoint à l'intéressé de restituer celui-ci au préfet du département ou de la collectivité d'outre-mer de son lieu de résidence dans un délai de dix jours francs à compter de sa réception. ".

3. En vertu des dispositions de l'article R. 421-1 du code de justice administrative, le destinataire d'une décision administrative individuelle dispose, pour déférer cette décision devant la juridiction administrative, d'un délai de deux mois à compter de la notification qui doit lui en être faite.

4. Il incombe à l'administration lorsqu'elle oppose une fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de l'action introduite devant un tribunal administratif, d'établir que l'intéressé a régulièrement reçu notification de la décision. Cette preuve peut résulter des mentions précises, claires et concordantes portées sur l'enveloppe, soit à défaut, d'une attestation postale ou d'autres éléments de preuve établissant la délivrance par le préposé du service postal, conformément à la réglementation en vigueur, d'un avis d'instance prévenant le destinataire de ce que le pli était à sa disposition au bureau de poste. Compte tenu des modalités de présentation des plis recommandés prévues par la réglementation postale, doit être regardé comme portant des mentions précises, claires et concordantes suffisant à constituer la preuve d'une notification régulière, le pli recommandé retourné à l'administration auquel est rattaché un volet " avis de réception " sur lequel a été apposée par voie de duplication de la date de vaine présentation du courrier, et qui porte, sur l'enveloppe ou sur l'avis de réception, l'indication du motif pour lequel il n'a pas pu être remis.

5. En l'espèce, le ministre produit la photocopie de l'avis de réception postal et du pli afférent à la décision " 48SI " dont il se prévaut. Il ressort des mentions portées sur cet avis que le pli dont il s'agit, envoyé par le " B.N.D.C ", Bureau national des droits à conduire, a été adressé à M. C en recommandé avec accusé de réception, et a été présenté le 24 avril 2021 à la dernière adresse connue par l'administration, à laquelle l'intéressé habitait encore au

1er janvier 2021 comme cela ressort de l'avis de taxe d'habitation produit à l'instance. En outre, comme le fait valoir le ministre en défense, la mention " avisé " sur le pli implique nécessairement que M. C disposait d'une boite aux lettres à cette adresse et que l'avis de passage l'informant d'un pli recommandé et de la possibilité de le retirer à La Poste, dans un délai de quinze jours, y a été déposé. En outre, le pli et l'accusé de réception portent la mention " non réclamé ", ce qui révèle que M. C s'est abstenu d'aller retirer le pli au bureau de poste dont il relevait, qui figure sous l'autocollant informant l'expéditeur du motif de restitution de la lettre recommandée. Si le requérant se prévaut d'un contrat de location à une autre adresse à compter du 4 janvier 2021, il ne justifie pas à en avoir informé l'administration, notamment en modifiant l'adresse mentionnée sur son certificat d'immatriculation. Il n'établit pas non plus avoir pris les dispositions pour faire suivre son courrier à sa nouvelle adresse. Le relevé d'information intégral produit par le ministre, édité le 23 mars 2022, confirme à cet égard la notification de la décision " 48SI " à la date du 24 avril 2021 et le dépôt d'un avis de passage par la mention " A/P ".

6. Il résulte de ce qui précède que la distribution par le pli recommandé à l'adresse de

M. C, le 24 avril 2021, de la décision " 48SI " lui notifiant les retraits de points afférant aux infractions des 23 septembre 2018, 28 juin 2019, 2 avril 2020, 11 avril 2020 et 3 juin 2020, et invalidant son titre de conduite, et qui comportait la mention des délais et voies de recours, vaut notification de ces décisions et a fait courir le délai de recours contentieux contre chacune d'elles. Par suite, la requête enregistrée au greffe du tribunal, le 16 novembre 2021, soit après l'expiration du délai de deux mois fixé par les dispositions précitées de l'article R. 421-1 du code de justice administrative, est tardive. Par suite, elle est irrecevable et doit être rejetée pour ce motif, y compris, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et au titre de l'article L. 761-1 du Code de la justice administrative.

DECIDE

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au ministère de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2023.

La magistrate désignée,

S. BLa greffière,

N. MASSON

N° 220029

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