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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2200595

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2200595

jeudi 15 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2200595
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantGUERARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires, enregistrés le 11 mars 2022, le 21 avril 2022, le 22 juin 2022 et le 1er juillet 2022, Mme I H, M. B H, M. E C, Mme F G épouse D, M. A D, le syndicat des copropriétaires du 88 rue Ponsardin et la société civile immobilière Chaumont immobilier, représentés par Me Delvincourt, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 septembre 2021 par lequel le maire de Reims ne s'est pas opposé à la déclaration préalable qui avait été déposée par la société Plurial Novilia en vue de la suppression d'une porte d'accès au parc de stationnement sur un immeuble sis 51 bis rue du Barbâtre ;

2°) de rejeter les conclusions présentées par la commune de Reims, la société Plurial Novilia et la société Plurial Promotion.

Ils soutiennent que :

- ils disposent d'un intérêt leur donnant qualité pour agir contre l'arrêté attaqué ;

- la fin de non-recevoir tirée du défaut de notification de la requête prévue à l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme ne s'applique pas à leur recours, dès lors qu'il est dirigé contre une demande de modification d'un permis de construire initial ;

- les travaux en cause auraient dû être autorisés par un nouveau permis de construire et non une déclaration préalable ;

- l'adresse du terrain d'assiette du projet est erronée ;

- le projet n'est pas conforme aux exigences de sécurité ;

- il méconnaît les droits des tiers ;

- l'arrêté a été pris au terme de manœuvres frauduleuses ;

- il méconnaît le permis de construire l'immeuble dont ils sont propriétaires.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 mai 2022, la commune de Reims conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge des requérants la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le représentant de la SCI Chaumont immobilier ne justifie pas avoir qualité pour ester en son nom ;

- la SARL Jad'Inies ne justifie pas disposer du pouvoir de représenter le syndicat des copropriétaires du 88 rue Ponsardin, qui ne produit en outre aucune délibération de son assemblée générale ;

- les requérants sont dépourvus d'intérêt à agir ;

- la requête ne lui a pas été notifiée, non plus qu'au pétitionnaire, dans le délai de quinze jours prévu à l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par des mémoires, enregistrés le 21 mai 2022 et le 28 août 2022, la société anonyme d'habitations à loyers modérés Plurial Novilia et la société par actions simplifiée Plurial Promotion, représentées par Me Guérard, concluent au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 500 euros chacune soit mise à la charge des requérants en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- la requête est irrecevable, en ce qu'elle est mal dirigée s'agissant de la société Plurial promotion ;

- l'assemblée générale du syndicat des copropriétaires du 88, rue Ponsardin n'a pas autorisé le syndic à ester, de sorte que celui-ci n'a pas qualité pour la représenter, et n'avait pas davantage cette qualité pour exercer le recours gracieux qui n'a pu, par suite, proroger le délai de recours contentieux ;

- le recours n'a pas été notifié dans le délai de quinze jours prévu par l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme, qui était applicable ;

- les moyens invoqués tirés de la non-conformité des travaux aux clauses contractuelles de la vente en état d'achèvement et aux droits des tiers sont inopérants ;

- les autres moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Castellani, première conseillère,

- les conclusions de M. Torrente rapporteur public,

- et les observations de Me Guérard, représentant la société Plurial Novilia et la société Plurial Promotion.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 23 mai 2012, le maire de Reims a délivré à la société Plurial Novilia un permis de construire un ensemble immobilier composé de cinq immeubles comportant 109 logements et un magasin sur un terrain sis 90 rue Ponsardin. Un permis de construire modificatif a été accordé le 24 novembre 2017 en vue notamment de la modification des terrasses et des façades de ces bâtiments. A la suite de l'ordonnance du 3 juillet 2020, par laquelle le juge des référés du tribunal judiciaire de Reims a désigné un expert en vue de se prononcer sur les éventuelles non-conformités des travaux réalisés par le pétitionnaire au permis de construire qui lui avait été octroyé, la société Plurial Novilia a déposé une déclaration préalable le 11 août 2021, en vue de la suppression d'une porte d'accès au parc de stationnement de l'un de ces immeubles, sis 51 bis rue du Barbâtre. Par un arrêté du 21 septembre 2021, dont Mme H et autres demandent l'annulation, le maire de Reims ne s'est pas opposé à cette déclaration.

Sur la recevabilité :

2. Aux termes de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme : " En cas de déféré du préfet ou de recours contentieux à l'encontre d'un certificat d'urbanisme, ou d'une décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol régie par le présent code, le préfet ou l'auteur du recours est tenu, à peine d'irrecevabilité, de notifier son recours à l'auteur de la décision et au titulaire de l'autorisation. () / La notification prévue au précédent alinéa doit intervenir par lettre recommandée avec accusé de réception, dans un délai de quinze jours francs à compter du dépôt du déféré ou du recours. / La notification du recours à l'auteur de la décision et, s'il y a lieu, au titulaire de l'autorisation est réputée accomplie à la date d'envoi de la lettre recommandée avec accusé de réception. Cette date est établie par le certificat de dépôt de la lettre recommandée auprès des services postaux. / Les dispositions du présent article ne sont pas applicables en cas de contestation d'un permis modificatif, d'une décision modificative ou d'une mesure de régularisation dans les conditions prévues par l'article L. 600-5-2 ".

3. D'une part, ces dispositions visent, dans un but de sécurité juridique, à permettre au bénéficiaire d'une autorisation d'urbanisme, ainsi qu'à l'auteur de cette décision, d'être informés à bref délai de l'existence d'un recours contentieux dirigé contre elle. Elles sont sans objet et ne peuvent être regardées comme applicables en cas de contestation d'un permis modificatif, d'une décision modificative ou d'une mesure de régularisation dans les conditions prévues par l'article L. 600-5-2, dont les requérants doivent être regardés comme se prévalant, et aux termes duquel " Lorsqu'un permis modificatif, une décision modificative ou une mesure de régularisation intervient au cours d'une instance portant sur un recours dirigé contre le permis de construire, de démolir ou d'aménager initialement délivré ou contre la décision de non-opposition à déclaration préalable initialement obtenue et que ce permis modificatif, cette décision modificative ou cette mesure de régularisation ont été communiqués aux parties à cette instance, la légalité de cet acte ne peut être contestée par les parties que dans le cadre de cette même instance ". Tel est notamment le cas lorsque, le juge ayant recouru à l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, une mesure de régularisation lui est notifiée et que, celui-ci ayant invité comme il le doit les parties à présenter leurs observations, ces dernières contestent la légalité de cette mesure. En revanche, l'obligation de notification résultant de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme est applicable à la contestation d'un permis modificatif, d'une décision modificative ou d'une mesure de régularisation qui n'est pas intervenu dans le cadre de l'article L. 600-5-2 de ce code.

4. Les requérants soutiennent que l'autorisation d'occupation des sols attaquée doit être regardée comme une décision modificative du permis de construire initial qui avait été délivré le 23 mai 2012. Il ressort toutefois des pièces du dossier que la décision de non-opposition à déclaration préalable contestée n'a pas été délivrée dans le cadre des dispositions des articles L. 600-5-1 et L. 600-5-2 du code de l'urbanisme. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir qu'ils n'étaient pas soumis à l'obligation d'accomplir les formalités prévues à l'article R. 600-1 du même code.

5. D'autre part, les requérants soutiennent que l'autorisation d'occupation des sols attaquée a été obtenue par fraude. Toutefois, la circonstance qu'une autorisation d'occupation des sols serait entachée de fraude est sans incidence sur l'obligation de notifier les recours prévue à l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme.

6. Enfin, il ressort des pièces du dossier que Mme H et autres, qui ont introduit leur recours contre l'arrêté attaqué le 11 mars 2022, ont, par un courrier daté du 5 avril 2022 et reçu le 6 avril par la commune de Reims et la société Plurial Novilia, procédé à la notification de leur recours au-delà du délai de quinze jours prévu, à peine d'irrecevabilité, par les dispositions de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme.

7. Par suite, la commune de Reims et la société Plurial Novilia sont fondées à soutenir que la requête de Mme H et autres, qui leur a été notifiée au-delà du délai de quinze jours prévu par les dispositions de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme, est irrecevable et doit, dès lors, être rejetée en toutes ses conclusions.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme H et autres une somme de 1 000 euros à verser à la société Plurial Novilia et une somme de 500 euros à verser à la société Plurial Promotion en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il n'y a pas lieu, en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge des requérants la somme demandée par la commune de Reims au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme H et autres est rejetée.

Article 2 : Mme H et autres verseront une somme de 1 000 euros à la société Plurial Novilia et une somme de 500 euros à la société Plurial Promotion en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions de la commune de Reims présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme I H, à M. B H, à M. E C, à Mme F G épouse D, à M. A D, au syndicat des copropriétaires du 88 rue Ponsardin, à la société civile immobilière Chaumont immobilier, à la commune de Reims, à la société anonyme d'habitations à loyers modérés Plurial Novilia et à la société par actions simplifiée Plurial Promotion.

Délibéré après l'audience du 1er décembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Mach, présidente,

Mme Castellani, première conseillère,

M. Gauthier-Ameil, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 décembre 2022.

La rapporteure,

Signé

A.-C. CASTELLANI

La présidente,

Signé

A.-S. MACH Le greffier,

Signé

E. MOREUL

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