jeudi 21 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2201006 |
| Type | Décision |
| Recours | Exécution d'un jugement |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL MOREL THIBAUT |
Vu la procédure suivante :
Par une lettre enregistrée le 30 mars 2021, l'association Handicap Intercommunal demande au tribunal administratif d'enjoindre au maire d'Aÿ-Champagne (Marne) :
1°) de prendre les mesures qu'implique l'exécution du jugement n° 1501441 du 17 janvier 2020 par lequel le tribunal administratif :
- a annulé la décision implicite du maire d'Aÿ-Champagne refusant de faire droit à sa demande de mise en conformité de la chaîne du déplacement qui comprend notamment la voirie et les aménagements des espaces publics, et qui doit être organisée conformément à l'article 45 de la loi du 11 février 2005 pour l'égalité des droits et des chances en vue de permettre son accessibilité aux personnes handicapées ou à mobilité réduite, et qui concerne plus précisément les boules de trottoir des rues Roger Sondag, Jean Jaurès et Jules Blondeau et de la place Henri Martin, les potelets métalliques implantées dans les rues Saint-Vincent, Ponsardin, Léon Bourgeois, Roger Sondag, Jules Blondeau et Cour de la Brasserie ainsi que les bordures de trottoir des rues Roger Sondag, Jean Jaurès et Jules Blondeau et de la place Henri Martin ;
- a enjoint à la commune de Aÿ-Champagne de mettre ces éléments de la chaîne de déplacements en conformité avec les prescriptions techniques et réglementaires pour l'accessibilité de la voirie et des espaces publics, et ce, avant le 1er janvier 2021 ;
- a mis à la charge de la commune le versement à l'association Handicap Intercommunal de la somme de 300 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
2°) de prendre toutes les mesures qu'implique ce jugement sous astreinte de 100 euros par jour de retard dans l'exécution de ce jugement à compter du jugement à intervenir.
L'association soutient que les travaux n'en sont qu'à leur début en dépit des délais supplémentaires dont a bénéficié la commune, que la commune n'apporte pas la preuve d'une programmation prochaine ou d'un plan de réalisation de ces travaux et, qu'ainsi, les mesures prises à ce jour ne permettent pas d'assurer l'exécution complète du jugement du tribunal administratif.
Par une ordonnance en date du 7 avril 2022, le président du tribunal administratif de Châlons-en-Champagne a décidé l'ouverture d'une procédure juridictionnelle.
Par un mémoire en date du 10 mai 2022, la commune de Aÿ-Champagne représentée par la SELAS Cabinet Devarenne Associés conclut au rejet de la demande de l'association.
Elle soutient que l'entreprise Artopia est intervenue pour procéder au remplacement du mobilier urbain sur la place Henri Martin ainsi que sur une partie de la rue Jules Blondeau et de la rue Roger Sondag ; que ces travaux ont impliqué la dépose du mobilier non règlementaire, remplacé par des barrières, des potelets ou des clous métalliques pour obturer les trous résultant de cet enlèvement ; que les services techniques de la commune poursuivent l'opération sur les quelques zones restantes avec l'enlèvement des bordures basses et le remplacement des potelets ; que du matériel supplémentaire est encore en attente de réception ; que cet enlèvement se réalise de manière progressive afin de préserver la sécurité des biens et des personnes, l'absence temporaire de mobilier à certains endroits risquant de mettre en danger les piétons et automobilistes ; qu'elle doit veiller à ce que l'ensemble des opérations ne nuisent pas à la sécurité.
Par un nouveau mémoire en date du 17 mai 2022, l'association maintient ses conclusions et elle souligne qu'il reste encore un bon nombre des travaux de remise en conformité à réaliser ; que l'emmarchement depuis le parvis de la mairie est également inscrit dans les non conformités à revoir ; que sur la rue Roger Sondag il reste un nombre important de sphères et de potelets ; que les bordures basses sont également encore nombreuses et dangereuses à négocier.
Par un nouveau mémoire en date du 21 juin 2022, la commune de Aÿ-Champagne représentée par la SELAS Cabinet Devarenne Associés conclut aux mêmes fins que précédemment.
Elle ajoute qu'elle a engagé une procédure au fond à l'encontre de son maître d'œuvre ainsi qu'un référé-expertise ; que la procédure au fond est actuellement pendante, et que le juge, statuant en référé, a prescrit une expertise, destinée à relever et à décrire les malfaçons affectant la voirie et l'ensemble des éléments de voirie des rues Jean Jaurès, Jules Blondeau, de la rue de l'hôtel de ville, de la place Henri Martin, des rues Saint Vincent, Ponsardin, Léon Bourgeois, de la Cour de la Brasserie, et des rues Roger Sondag, Docteur A et Paget ; qu'après le renoncement de l'expert désigné et après une extension de cette expertise à d'autres intervenants, les opérations d'expertise ont pu reprendre ; que l'expertise est en cours et que le retard pris n'est pas imputable à la commune ; qu'il importe que l'expert puisse procéder à des constatations contradictoires avant que la totalité du dispositif soit repris ; que l'expert doit rendre prochainement sa première note aux parties ; qu'il convient de préciser que des travaux de mise en conformité sont entamés et qu'elle est dans l'attente notamment de la réception de certains éléments de son mobilier urbain, ce qui explique le retard dans la mise en conformité ; que l'emmarchement depuis le parvis de la mairie n'apparaît pas dans le jugement rendu par le tribunal administratif.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 2005-102 du 11 février 2005 ;
- le décret n° 2006-1657 du 21 décembre 2006 ;
- le décret n° 2006-1658 du 21 décembre 2006 ;
- l'arrêté du 15 janvier 2007 portant application du décret n° 2006-1658 du 21 décembre 2006 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Cristille, président rapporteur,
- les conclusions de M. Deschamps, rapporteur public,
- et les observations de Me Garnier de la SELAS Cabinet Devarenne Associés.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 911-4 du code de justice administrative : " En cas d'inexécution d'un jugement ou d'un arrêt, la partie intéressée peut demander au tribunal administratif ou à la cour administrative d'appel qui a rendu la décision d'en assurer l'exécution. () Si le jugement ou l'arrêt dont l'exécution est demandée n'a pas défini les mesures d'exécution, la juridiction saisie procède à cette définition. Elle peut fixer un délai d'exécution et prononcer une astreinte ".
2. Selon l'article 45 de la loi du 11 février 2005 pour l'égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées, dans sa rédaction applicable en l'espèce : " I. - La chaîne du déplacement, qui comprend le cadre bâti, la voirie, les aménagements des espaces publics, les systèmes de transport et leur intermodalité, est organisée pour permettre son accessibilité aux personnes handicapées ou à mobilité réduite. / () Un plan de mise en accessibilité de la voirie et des aménagements des espaces publics est établi dans chaque commune de 1 000 habitants et plus à l'initiative du maire ou, le cas échéant, du président de l'établissement public de coopération intercommunale. Ce plan fixe notamment les dispositions susceptibles de rendre accessible aux personnes handicapées et à mobilité réduite l'ensemble des circulations piétonnes et des aires de stationnement d'automobiles situées sur le territoire de la commune ou de l'établissement public de coopération intercommunale. Ce plan de mise en accessibilité fait partie intégrante du plan de déplacements urbains quand il existe. / () ". Aux termes de l'article 1er du décret du 21 décembre 2006 relatif aux prescriptions techniques pour l'accessibilité de la voirie et des espaces publics : " I. - Les aménagements destinés à assurer aux personnes handicapées, quel que soit leur handicap, et aux personnes à mobilité réduite l'accessibilité des voies publiques ou privées ouvertes à la circulation publique et des autres espaces publics doivent satisfaire aux caractéristiques techniques suivantes : / 1° Cheminements / La pente transversale est la plus faible possible. () II. - Les dispositions du présent article ne sont mises en œuvre que s'il n'existe pas d'impossibilité technique constatée par l'autorité gestionnaire de la voirie ou des espaces publics en cause, après avis de la commission consultative départementale de sécurité et d'accessibilité consultée dans des conditions fixées par arrêté. ". Et aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 15 janvier 2007 portant application du décret n° 2006-1658 du 21 décembre 2006 relatif aux prescriptions techniques pour l'accessibilité de la voirie et des espaces publics : " Les caractéristiques techniques destinées à faciliter l'accessibilité aux personnes handicapées ou à mobilité réduite des équipements et aménagements relatifs à la voirie et aux espaces publics sont les suivantes : / () / 6° Equipements et mobiliers sur cheminement / () b) Afin de faciliter leur détection par les personnes malvoyantes, les bornes et poteaux et autres mobiliers urbains situés sur les cheminements comportent une partie contrastée soit avec son support, soit avec son arrière-plan selon les modalités définies en annexe 1 du présent arrêté. () / c) La largeur et la hauteur des bornes et poteaux respectent l'abaque de détection d'obstacles représenté dans l'annexe 3 du présent arrêté. () 7° Escaliers, à l'exception des escaliers mécaniques () La largeur minimale d'un escalier est de 1,20 mètre s'il ne comporte aucun mur de chaque côté, de 1,30 mètre s'il comporte un mur d'un seul côté et de 1,40 mètre s'il est placé entre deux murs. () Tout escalier de trois marches ou plus comporte une main courante de chaque côté ou une main courante intermédiaire permettant de prendre appui de part et d'autre. Au moins une double main courante intermédiaire est implantée lorsque l'escalier est d'une largeur supérieure à 4,20 mètres. Il y a au moins un passage d'une largeur minimale de 1,20 mètre entre mains courantes. Chaque main courante dépasse les première et dernière marches de chaque volée d'une largeur au moins égale au giron. La main courante est positionnée à une hauteur comprise entre 0,80 mètre et 1 mètre mesurée à la verticale des nez de marches. Toutefois, lorsque la main courante fait fonction de garde-corps, celle-ci se situe à la hauteur minimale requise pour le garde-corps. () ".
3. Par un jugement du 17 janvier 2020, devenu définitif à défaut pour les parties d'en avoir relevé appel, le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne a annulé la décision implicite de rejet née du silence gardé par le maire d'Aÿ-Champagne sur la demande de l'association Handicap Intercommunal qui tendait à la mise en conformité de la voirie communale en plusieurs de ses secteurs avec la législation sur les personnes handicapées. Par ce même jugement, le tribunal a enjoint à la commune de mettre en conformité les éléments de la chaîne du déplacement avec les prescriptions techniques réglementaires pour l'accessibilité à la voirie des espaces publics en ce qui concerne les boules du trottoir des rues Roger Sondag, Jean-Jaurès et Jules Blondeau et de la place Henri Martin, en ce qui concerne les potelets métalliques implantés rues Saint-Vincent, Ponsardin, Léon Bourgeois, Roger Sondag, Jules Blondeau et Cour de la Brasserie et en ce qui concerne les bordures de trottoir des rues Roger Sondag, Jean Jaurès et Jules Blondeau et de la place Henri Martin. Enfin, le tribunal a mis à la charge de la commune la somme de 300 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
4. A la date de la présente décision, il est constant que la commune s'est acquittée du paiement de la somme de 300 euros au titre des frais du litige. Il résulte également de l'instruction et en particulier des clichés photographiques produits par la commune, que le mobilier urbain non réglementaire a été déposé place Henri Martin et sur une partie de la rue Jules Blondeau et de la rue Roger Sondag. Il n'est pas contesté que les équipements installés en remplacement permettent le passage des personnes à mobilité réduite. Ainsi, sur ce point, la commune a pris les mesures propres à l'exécution du jugement.
5. En revanche, les éléments de l'instruction ne permettent pas d'établir que les équipements présents dans les autres parties de la rue Jules Blondeau et de la rue Roger Sondag, aient été retirés, non plus que les boules de trottoir de la rue Jean Jaurès ou que les potelets métalliques implantés rues Saint-Vincent, Ponsardin, Léon Bourgeois et Cour de la Brasserie. De même, il ne résulte pas de l'instruction que les bordures de trottoir des rues Roger Sondag, Jean Jaurès et Jules Blondeau aient été reprises. Les circonstances mises en avant par la commune pour expliquer son abstention à savoir que la crise sanitaire et les élections municipales de 2020 ont retardé le dépôt d'une demande de dérogation, que cette dérogation a fait l'objet le 7 janvier 2021 d'un avis défavorable de la sous-commission départementale pour l'accessibilité des personnes handicapées, que la commune a entrepris des actions en justice à l'encontre du maître d'œuvre qui avait conçu les aménagements sans respecter les prescriptions applicables en matière d'accessibilité et que la réalisation des opérations d'expertise nécessitait le maintien temporaire du mobilier urbain en cause ne peuvent être utilement invoqués dès lors qu'elles ne représentent pas un changement dans les circonstances de fait ou de droit intervenues postérieurement au jugement dont l'exécution est demandée. Il y a donc lieu d'enjoindre à la commune de procéder à ces travaux.
6. Enfin, si l'association relève dans ses dernières écritures que la commune n'a pas fait réaliser l'emmarchement depuis le parvis de la mairie, de tels travaux n'ont pas été retenus dans le jugement rendu par le tribunal administratif dont l'exécution est recherchée et ne peuvent être pris en compte dans la présente décision.
7. Par suite, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer à l'encontre de la commune de Aÿ-Champagne, à défaut pour elle de justifier de l'exécution du jugement du 17 janvier 2020 s'agissant des travaux tels qu'énoncés ci-dessus encore à réaliser, dans un délai de six mois à compter de la notification de la présente décision, une astreinte de 50 euros par jour de retard jusqu'à la date à laquelle le jugement précité aura reçu exécution.
D E C I D E :
Article 1er : Il est enjoint au maire d'Aÿ-Champagne si la commune ne l'a pas déjà fait, de procéder au retrait des boules de trottoir encore posées rue Jules Blondeau, rue Roger Sondag et rue Jean Jaurès, à la suppression des potelets métalliques implantés rues Saint-Vincent, Ponsardin, Léon Bourgeois et Cour de la Brasserie, à la reprise des bordures de trottoir des rues Roger Sondag, Jean Jaurès et Jules Blondeau dans le délai de six mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 2 : Une astreinte est prononcée à l'encontre de la commune de Aÿ-Champagne dans l'hypothèse où elle ne justifierait pas avoir, dans les six mois suivant la notification de la présente décision, exécuté le jugement du tribunal du 17 juin 2020 et jusqu'à la date de cette exécution. Le taux de cette astreinte est fixé à 50 euros par jour de retard, à compter de l'expiration du délai de six mois suivant la notification du présent jugement.
Article 3 : La commune de Aÿ-Champagne communiquera au tribunal copie des actes justifiant des mesures prises pour exécuter sa décision du 17 janvier 2020.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à l'association Handicap Intercommunal, à la commune de Aÿ-Champagne, à la SELARL d'architecture Agence CBM et à QBE Europe SA/NV.
Délibéré après l'audience du 8 juillet 2022, à laquelle siégeaient :
M. Cristille, président,
M. Maleyre, premier conseiller,
Mme Fabre, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 juillet 202L'assesseur le plus ancien
dans l'ordre du tableau,
Signé
P-H. MALEYRELe président-rapporteur,
Signé
P. CRISTILLE
Le greffier,
Signé
A. PICOT
N°2201006
Tribunal Administratif de Nantes — N° TA44-2519430
Le Tribunal Administratif de Nantes, statuant en exécution d’un précédent jugement du 23 décembre 2024, a constaté que le ministre de l’intérieur n’avait pas exécuté l’injonction de délivrer un visa d’établissement (visa long séjour type D) à Mme C... épouse B..., en lui délivrant à tort un visa de court séjour type C. Sur le fondement de l’article L. 911-4 du code de justice administrative, le tribunal a enjoint au ministre de délivrer le visa d’établissement requis sous un délai de trois mois, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. La solution retenue vise à assurer l’exécution complète et conforme du jugement initial.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-24PA01283
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08/04/2026