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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2201031

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2201031

jeudi 3 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2201031
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSCP ANCELET DOUCHIN ELIE SAUDUBRAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées le 5 mai 2022 et le 7 octobre 2022, M. A B, représenté par Me Souty, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 février 2022 par lequel le préfet de l'Aube a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Aube de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant " ou " vie privée et familiale " ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de dix jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, et à titre subsidiaire, de lui verser cette somme sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

- les décisions attaquées ne sont pas suffisamment motivées ;

- elles ne procèdent pas d'un examen complet de sa situation personnelle ;

- elles méconnaissent l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elles méconnaissent les dispositions de l'article L. 435-1 du même code ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles procèdent d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 juin 2022, le préfet de l'Aube, représenté par Me Ancelet, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 000 euros soit mise à la charge de M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés ;

- les décisions attaquées ne méconnaissent pas l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 avril 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Castellani, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant dominiquais né en 2002, est entré en France en juin 2016, selon ses écritures. Il a sollicité en septembre 2021 la délivrance d'un titre de séjour, qui lui a été refusé par un arrêté du 22 février 2022, par lequel le préfet de l'Aube l'a en outre obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, les décisions attaquées comportent les éléments de droit et de fait sur lesquelles elles se fondent et sont, par suite, suffisamment motivées. Les motivations de ces décisions révèlent en outre qu'il a été procédé à un examen complet de la situation de M. B.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1./ Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 () ".

4. M. B est entré en France en 2016, selon ses écritures, soit moins de six ans avant l'arrêté attaqué, alors qu'il était âgé de 13 ans. Il se prévaut de la présence en France de sa mère, de son frère et de sa tante, qui l'hébergeait à la date de la décision attaquée, ainsi que de sa scolarisation à compter de la classe de cinquième. Il ressort toutefois des termes non contestés de l'arrêté attaqué que la mère du requérant est en situation irrégulière au regard du droit au séjour en France. Par ailleurs, le requérant, qui est célibataire, ne conteste pas ne pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine. S'il est titulaire d'un certificat d'aptitude professionnel en maintenance des matériels, il poursuivait à la date de l'arrêté attaqué une formation " prépa apprentissage industrie " dont le terme était prévu en mars 2022, sans qu'il puisse utilement se prévaloir de sa scolarisation postérieure au sein d'un centre de formation des apprentis en spécialité boulangerie. En ne regardant pas ces circonstances comme une considération humanitaire ou un motif exceptionnel justifiant la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de l'Aube n'a pas entaché la décision de refus de titre de séjour d'une erreur manifeste d'appréciation.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Si M. B peut se prévaloir de son arrivée en France à l'âge de 13 ans, d'une durée de séjour de près de six années et de la présence de sa tante, de sa mère et de son frère mineur, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé est célibataire et que sa mère est en situation irrégulière. Le requérant ne conteste par ailleurs pas ne pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine. Dans ces conditions, et en dépit de sa scolarisation antérieure, les décisions attaquées ne portent pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elles ont été prises. Les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent, dès lors, être écartés.

7. En dernier lieu, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation n'est pas assorti des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

9. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Il y a lieu, dès lors, de rejeter les conclusions de M. B tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet de l'Aube de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant " ou " vie privée et familiale " ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de dix jours à compter de la notification du jugement à intervenir.

Sur les frais liés à l'instance :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par M. B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, par ailleurs, dans les circonstances de l'espèce, de rejeter la demande présentée à ce titre par le préfet de l'Aube.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions du préfet de l'Aube présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de l'Aube.

Délibéré après l'audience du 13 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Mach, présidente,

Mme Castellani, première conseillère,

M. Gauthier-Ameil, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 novembre 2022.

La rapporteure,

Signé

A.-C. CASTELLANI

La présidente,

Signé

A.-S. MACHLa greffière,

Signé

A. DEFORGE

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