jeudi 24 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2201047 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SCP ACG & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 6 mai 2022, la commune d'Aÿ-Champagne, représentée par Me Thomas, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 15 février 2022 par lequel le préfet de la Marne a approuvé le plan de prévention des risques d'inondation Marne aval - secteur Epernay sur le territoire des communes de la communauté de communes de la grande vallée de la Marne, ou, à défaut, de l'annuler en tant qu'il classe la zone de la Noue à Aÿ-Champagne en zone rouge ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les modalités de la concertation sur l'élaboration du projet de plan définies par le préfet de la Marne dans son arrêté du 7 octobre 2020 étaient insuffisantes ;
- l'enquête publique a été organisée dans des conditions irrégulières dès lors que l'arrêté préfectoral portant ouverture de l'enquête publique et l'avis d'enquête publique ne précisaient pas suffisamment son objet, qu'ils ne comportaient aucune information sur le siège de l'enquête publique ainsi que sur le ou les lieux et horaires d'accès au dossier d'enquête publique et que l'avis d'enquête publique ne comportait aucune information sur les qualités du commissaire enquêteur ;
- l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions du II de l'article L. 562-1 du code de l'environnement en ce que le classement des secteurs de la Noue et de la gendarmerie, où les vitesses d'écoulement sont faibles voire moyennes, en zone rouge du plan ne tient pas compte de la nature et de l'intensité des risques d'inondation encourus au regard des données historiques connues ;
- ce classement est disproportionné au regard des risques encourus ;
- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation et méconnaît le principe d'égalité.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 septembre 2022, le préfet de la Marne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la commune d'Aÿ-Champagne ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Torrente, premier conseiller,
- les conclusions de M. Maleyre, rapporteur public,
- et les observations de Me Thomas, représentant la commune d'Aÿ-Champagne, ainsi que celles de Mme A, représentant le préfet de la Marne.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 15 février 2022, le préfet de la Marne a approuvé le plan de prévention des risques d'inondation Marne aval - secteur Epernay sur le territoire des communes de la communauté de communes de la grande vallée de la Marne, laquelle est composée des communes d'Aÿ-Champagne, Dizy, Hautvillers et Tours-sur-Marne. La commune d'Aÿ-Champagne demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
2. Aux termes de l'article L. 562-3 du code de l'environnement : " Le préfet définit les modalités de la concertation relative à l'élaboration du projet de plan de prévention des risques naturels prévisibles. / Sont associés à l'élaboration de ce projet les collectivités territoriales et les établissements publics de coopération intercommunale concernés. / Après enquête publique réalisée conformément au chapitre III du titre II du livre Ier et après avis des conseils municipaux des communes sur le territoire desquelles il doit s'appliquer, le plan de prévention des risques naturels prévisibles est approuvé par arrêté préfectoral. Au cours de cette enquête, sont entendus, après avis de leur conseil municipal, les maires des communes sur le territoire desquelles le plan doit s'appliquer. ". Selon l'article R. 562-2 du même code, dans sa rédaction applicable au litige : " L'arrêté prescrivant l'établissement d'un plan de prévention des risques naturels prévisibles détermine le périmètre mis à l'étude et la nature des risques pris en compte. Il désigne le service déconcentré de l'Etat qui sera chargé d'instruire le projet. / Il mentionne si une évaluation environnementale est requise en application de l'article R. 122-18. Lorsqu'elle est explicite, la décision de l'autorité de l'Etat compétente en matière d'environnement est annexée à l'arrêté. / Cet arrêté définit également les modalités de la concertation et de l'association des collectivités territoriales et des établissements publics de coopération intercommunale concernés, relatives à l'élaboration du projet. / Il est notifié aux maires des communes ainsi qu'aux présidents des collectivités territoriales et des établissements publics de coopération intercommunale compétents pour l'élaboration des documents d'urbanisme dont le territoire est inclus, en tout ou partie, dans le périmètre du projet de plan. / Il est, en outre, affiché pendant un mois dans les mairies de ces communes et aux sièges de ces établissements publics et publié au recueil des actes administratifs de l'Etat dans le département. Mention de cet affichage est insérée dans un journal diffusé dans le département. / Le plan de prévention des risques naturels prévisibles est approuvé dans les trois ans qui suivent l'intervention de l'arrêté prescrivant son élaboration. Ce délai est prorogeable une fois, dans la limite de dix-huit mois, par arrêté motivé du préfet si les circonstances l'exigent, notamment pour prendre en compte la complexité du plan ou l'ampleur et la durée des consultations. ".
3. Il résulte des dispositions précitées qu'il appartient au préfet de fixer, dans l'arrêté prescrivant l'élaboration du plan de prévention des risques naturels prévisibles, les modalités de l'association des collectivités territoriales et de leurs groupements à l'élaboration de ce plan ainsi que de la concertation avec le public. Dans tous les cas, cette association ou cette concertation doit porter sur la nature et les options essentielles du projet de plan avant qu'il ne soit arrêté. Lorsqu'il fixe les modalités de la concertation, le préfet doit permettre au public, pour une durée suffisante et selon des moyens adaptés au regard de l'importance et des caractéristiques du projet de plan, d'accéder aux informations relatives au projet en cours d'élaboration et de formuler des observations.
4. Il ressort des pièces du dossier que le préfet de la Marne a, par l'article 3 de l'arrêté du 12 octobre 2017 prescrivant l'élaboration du plan de prévention des risques naturels d'inondation en litige, fixé les modalités de la concertation avec la population en prévoyant la tenue de permanences en mairie et en nombre suffisant afin d'informer la population sur la mise en œuvre du projet de plan ainsi que la mise à disposition tout au long de la procédure et au fur et à mesure de l'avancement du dossier des documents provisoires sur le site internet de la préfecture. Par un arrêté du 7 octobre 2020, le préfet a prorogé le délai de réalisation dudit plan pour une durée de dix-huit mois, soit jusqu'au 12 avril 2022, et, compte tenu du contexte sanitaire lié à l'épidémie de covid-19, a modifié l'article 3 du précédent arrêté, en prévoyant la tenue de permanences téléphoniques et/ou visioconférences afin d'informer la population sur la mise en œuvre du projet de plan de prévention des risques d'inondation en cours d'élaboration, ainsi que la mise à disposition sur le site internet de la préfecture et auprès des collectivités territoriales concernées des informations nécessaires à cette concertation.
5. Il ressort des pièces du dossier, notamment du bilan de la concertation, qu'à l'issue de la phase de concertation avec les collectivités territoriales, la phase de concertation avec le public s'est déroulée entre les 12 et 18 novembre 2020 par des permanences téléphoniques ouvertes entre 13h00 et 15h00 ayant pour objectif d'informer la population sur la mise en œuvre du plan de prévention des risques en litige. En outre, une boite courriel spécifique a été créée afin de recueillir les questions ou remarques du public qui pouvaient librement accéder aux informations nécessaires sur le site internet "www.marne.gouv.fr". Des affiches et plaquettes d'informations ont quant à elles été adressées aux communes, ces dernières étant invitées à les mettre en ligne et/ou à les mettre à disposition en mairie. Une information a également été publiée dans le journal l'Union du 12 novembre 2020. Enfin, les documents provisoires ou définitifs en cours d'élaboration ont été mis à disposition sur le site internet de la préfecture tout au long de la procédure de concertation, au fur et à mesure de l'avancement du dossier.
6. Si la commune d'Aÿ-Champagne soutient qu'aucune réunion publique d'information n'a été organisée, contrairement aux prévisions de l'arrêté du 12 octobre 2017 prescrivant l'élaboration du plan, il est constant qu'une permanence téléphonique a été organisée sur une période de six jours à raison de deux heures par jour, modalité de concertation avec le public conforme aux prévisions de l'arrêté modificatif du 7 octobre 2020, alors qu'aucun texte n'imposait l'organisation d'une réunion publique ni ne faisait obstacle à une telle modalité de concertation. En outre, il n'est pas contesté que l'ensemble des documents nécessaires à l'information de la population étaient mis à la disposition de cette dernière sur le site internet de la préfecture, notamment les cartes des enjeux ainsi que le projet de règlement et les cartes de zonage réglementaire mis en ligne dès les 3 juin et 3 décembre 2019. Dans ces conditions, les modalités de concertation n'étaient pas en elles-mêmes contraires à l'arrêté du 12 octobre 2017, tel que modifié par l'arrêté du 7 octobre 2020.
7. Toutefois, si par principe il n'y avait pas de contrariété, les nouvelles modalités de concertation avec le public n'ont néanmoins été portées à la connaissance de la population que par le biais, d'une part, d'une information publiée dans le journal l'Union du 12 novembre 2020, le jour même de l'ouverture de cette phase de concertation, et, d'autre part, de l'envoi aux communes concernées d'un courriel, le 9 novembre 2020 à 19h, leur demandant de relayer l'information sur la tenue des permanences téléphoniques et leur transmettant une affiche et une plaquette d'information, en version numérique et en version papier, pouvant être mise en ligne et qu'il fallait tenir à la disposition de la population en mairie. Il ressort, au surplus, des pièces du dossier que les permanences téléphoniques n'ont suscité aucun appel et que la boite courriel mise en place n'a permis de recueillir que deux questions du public.
8. Ainsi, la population concernée par le projet n'a été informée de l'ouverture de cette phase de la concertation qu'à une date rapprochée de cette dernière, voire le jour même. Par ailleurs, la concertation a été de courte durée, à une période où les mesures sanitaires en vigueur imposaient d'importantes restrictions de déplacement. Dans ces conditions, la commune d'Aÿ-Champagne est fondée à soutenir que les modalités de concertation du public, bien que respectant l'arrêté du 7 octobre 2020, n'ont pas permis à la population de participer de manière effective à l'élaboration du projet de plan.
9. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, la commune d'Aÿ-Champagne est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 15 février 2022 par lequel le préfet de la Marne a approuvé le plan de prévention des risques d'inondation Marne aval - secteur Epernay sur le territoire des communes de la communauté de communes de la grande vallée de la Marne.
10. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 15 février 2022 par lequel le préfet de la Marne a approuvé le plan de prévention des risques d'inondation Marne aval - secteur Epernay sur le territoire des communes de la communauté de communes de la grande vallée de la Marne, est annulé.
Article 2 : L'Etat versera à la commune d'Aÿ-Champagne une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la commune d'Aÿ-Champagne et à la ministre de la transition écologique, de l'énergie, du climat et de la prévention des risques.
Copie en sera adressée au préfet de la Marne
Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Briquet, président,
M. Torrente, premier conseiller,
M. Rifflard, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2024.
Le rapporteur,
Signé
V. TORRENTELe président,
Signé
B. BRIQUET
La greffière,
Signé
F. DAROUSSI DJANFAR
La République mande et ordonne à la ministre de la transition écologique, de l'énergie, du climat et de la prévention des risques en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
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