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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2201223

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2201223

mardi 20 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2201223
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSCP ANCELET DOUCHIN ELIE SAUDUBRAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 30 mai 2022 et 8 août 2022,

M. C A demande au tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 20 avril 2022 par lequel le préfet de l'Aube a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit à défaut d'exécution volontaire ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Aube de lui délivrer un titre de séjour.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- la décision portant refus de titre de séjour méconnaît les dispositions de l'article

L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une exception d'illégalité, dès lors que la décision lui refusant un titre de séjour est elle-même illégale ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de destination méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 juillet 2022, la préfète de l'Aube, représentée par Me Guillaume Ancelet, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 000 euros soit mise à la charge de M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées le 31 août 2022, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que le préfet de l'Aube, en estimant que le requérant ne justifiait pas de son identité et de son âge, a méconnu l'autorité de la chose jugée dont est revêtu le jugement n° 2102065 rendu par le tribunal de Châlons-en-Champagne le 6 janvier 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. B E.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen né le 10 mars 2003 à Conakry selon ses déclarations, est entré irrégulièrement en France dans le courant du mois de mars 2019 et a été pris en charge par le service d'aide sociale à l'enfance le 10 avril 2019. Le préfet de l'Aube a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français par un arrêté du

5 août 2021. Toutefois, le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne a annulé cet arrêté par un jugement n° 2102065 du 6 janvier 2022. Tandis que le préfet de l'Aube a interjeté appel de ce jugement et que ce recours est toujours pendant devant la cour administrative d'appel de Nancy, le préfet de l'Aube, en exécution de l'injonction qui lui a été faite de réexaminer la demande de M. A, a de nouveau, par un arrêté du 20 avril 2022, refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit à défaut d'exécution volontaire. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler ces dernières décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance ou du tiers digne de confiance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié' ou "travailleur temporaire', sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. "

3. Il ressort des pièces du dossier que le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne, par un jugement n° 2102065 du 6 janvier 2022, a annulé l'arrêté préfectoral du 5 août 2021 portant refus de délivrer un titre de séjour à M. A, au motif que le préfet de l'Aube, qui s'était approprié les conclusions d'un rapport du 17 février 2020 établi par le service de fraude documentaire de la direction zonale de la police de l'air et des frontières, n'établissait pas le caractère inauthentique des documents produits par l'intéressé pour justifier de son identité et de son âge. En exécution de l'injonction prononcée par ce jugement, le préfet de l'Aube a réexaminé la demande de titre de séjour de M. A et, à l'issue de cette nouvelle instruction, il a réitéré son refus. Toutefois, eu égard à l'autorité de la chose jugée qui s'attache tant au dispositif du jugement précité du 6 janvier 2022 qu'aux motifs qui en sont le soutien nécessaire, le préfet de l'Aube ne pouvait légalement rejeter la demande de M. A en relevant, à nouveau, pour considérer que celui-ci ne justifiait pas de son identité et de son âge, que le rapport précité concluait au caractère inauthentique des documents produits par l'intéressé dans le cadre de la première instruction de sa demande de titre de séjour. En l'absence d'éléments de fait nouveaux susceptibles de remettre en cause l'identité et la date de naissance dont M. A se prévaut, le préfet de l'Aube a ainsi entaché la décision attaquée d'une erreur de droit.

4. Il ressort des pièces du dossier que, pour l'année scolaire 2021-2022, M. A était inscrit dans une formation tendant à l'obtention d'un certificat d'aptitude professionnelle en maçonnerie. Par suite, le préfet de l'Aube, en estimant que M. A ne justifiait pas s'être inscrit dans une formation professionnelle qualifiante, a entaché la décision attaquée d'une erreur de fait.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision du 20 avril 2022 par laquelle le préfet de l'Aube a refusé de délivrer à M. A un titre de séjour doit être annulée, ainsi que, par voie de conséquence, les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays à destination.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. En raison du motif qui la fonde, l'annulation de l'arrêté attaqué implique seulement que la demande de titre de séjour présentée par M. A soit réexaminée. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre à la préfète de l'Aube de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés à l'instance :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que M. A, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à l'Etat une somme que la préfète de l'Aube réclame au titre des frais exposés par l'Etat et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté préfectoral du 20 avril 2022 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète de l'Aube de procéder au réexamen de la demande de titre de séjour présentée par M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Les conclusions de la préfète de l'Aube présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à la préfète de l'Aube.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Olivier Nizet, président,

Mme Stéphanie Lambing, première conseillère,

M. Clemmy Friedrich, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2022.

Le rapporteur,

Signé

C. E

Le président,

Signé

O. NIZET

La greffière,

Signé

I.DELABORDE

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