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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2201235

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2201235

mardi 4 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2201235
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSELARL GRIMALDI MOLINA ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 19 novembre 2021, le vice-président du tribunal administratif de Strasbourg a transmis au tribunal administratif de Châlons-en-Champagne la requête de Mme C A enregistrée le 24 août 2020.

Par la requête susvisée, Mme C A, représentée par Me Olivier Grimaldi, demande au tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, la décision implicite portant rejet de sa réclamation préalable présentée par courrier du 7 avril 2020 ;

2°) de condamner la région Grand Est à lui verser la somme de 5 515,30 euros en réparation du préjudice subi, outre les intérêts au taux légal dus à compter du 7 avril 2020 et la capitalisation de ces intérêts ;

3°) d'enjoindre au président de la région Grand Est de procéder à la liquidation des sommes demandées et à la régularisation du calcul de l'indemnité de résidence ou des indemnités fixées en pourcentage du traitement indiciaire depuis mai 2019, dans un délai de dix jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de deux cents euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de la région Grand Est la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle occupe au sein du lycée " Etienne Oehmichen " à Châlons-en-Champagne des fonctions qui lui donnent droit à bénéficier de la nouvelle bonification indiciaire ;

- elle remplit les conditions pour bénéficier de la nouvelle bonification indiciaire depuis le mois de mai 2009 et, à ce titre, elle a subi un préjudice financier qui doit être évalué à la somme de 5 515,30 euros (pour une période courant jusqu'au 31 mars 2020 inclus).

Par des mémoires en défense, enregistrés les 25 mai 2021 et 9 juin 2021, la région Grand Est conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- la loi n° 91-73 du 18 janvier 1991 ;

- le décret n° 93-863 du 18 juin 1993 ;

- le décret n° 2006-779 du 3 juillet 2006 ;

- le code de justice administrative.

L'affaire a été renvoyée en formation collégiale en application de l'article R. 222-19 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B F,

- les conclusions de Mme E de Laporte, rapporteure publique ;

- et les observations de Mme A et de Mme D, représentant la région Grand Est.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A est adjointe technique principal de 2e classe des établissements d'enseignement auprès de la région Grand Est depuis 2008 et est affectée au lycée " Etienne Oehmichen " à Châlons-en-Champagne. Par un courrier du 7 avril 2020, elle a présenté une réclamation préalable tendant à obtenir réparation du préjudice financier qu'elle soutient avoir subi pour n'avoir pas bénéficié de la nouvelle bonification indiciaire au titre de la période courant de 2009 à 2020. Une décision implicite de rejet est réputée être intervenue en raison du silence gardé par l'administration pendant les deux mois suivant la réception de cette réclamation. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal d'annuler cette décision et de condamner la région Grand Est à lui verser la somme de 5 515,30 euros.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. La décision implicite de rejet de la réclamation préalable a eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de la demande indemnitaire présentée par le requérant, qui, en formulant des conclusions indemnitaires, a donné à l'ensemble de sa requête le caractère d'un recours de plein contentieux. Au regard de l'objet d'une telle demande, qui conduit le juge à se prononcer sur le droit de l'intéressé à percevoir les sommes qu'il réclame, les vices propres dont serait, le cas échéant, entachée la décision qui a lié le contentieux sont sans incidence sur la solution du litige. Par suite, les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne le bénéfice de la nouvelle bonification indiciaire :

3. Aux termes des dispositions du I de l'article 27 de la loi du 18 janvier 1991 portant dispositions relatives à la santé publique et aux assurances sociales : " La nouvelle bonification indiciaire des fonctionnaires et des militaires instituée à compter du 1er août 1990 est attribuée pour certains emplois comportant une responsabilité ou une technicité particulière dans des conditions fixées par décret. "

4. Aux termes des dispositions de l'article 1er du décret du 3 juillet 2006 portant attribution de la nouvelle bonification à certains personnels de la fonction publique territoriale : " Une nouvelle bonification indiciaire, prise en compte pour le calcul de la retraite, est versée mensuellement aux fonctionnaires territoriaux exerçant une des fonctions figurant en annexe au présent décret. " Le point 33 de l'annexe à ce décret désigne, parmi les fonctions ouvrant droit au versement d'une nouvelle bonification indiciaire de dix points majorés, les " fonctions d'accueil exercées à titre principal () dans les établissements publics locaux d'enseignement () ". D'une part, il résulte de ces dispositions que le bénéfice de la nouvelle bonification indiciaire est lié non au corps d'appartenance ou au grade des fonctionnaires ou encore à leur lieu d'affectation, mais aux seules caractéristiques des emplois occupés, au regard des responsabilités qu'ils impliquent ou de la technicité qu'ils requièrent. D'autre part, les dispositions du décret du 3 juillet 2006 qui ouvrent droit au bénéfice de la nouvelle bonification indiciaire à raison de " l'exercice à titre principal de fonctions d'accueil du public " doivent être interprétées comme réservant ce droit aux agents dont l'emploi implique qu'ils consacrent plus de la moitié de leur temps de travail total à des fonctions d'accueil du public. Pour l'application de cette règle, il convient de prendre en compte les heures d'ouverture au public du service, si l'agent y est affecté dans des fonctions d'accueil du public, ainsi que, le cas échéant, le temps passé par l'agent au contact du public en dehors de ces périodes, notamment à l'occasion de rendez-vous avec les administrés. Il appartient au juge de plein contentieux de former sa conviction sur les points en litige au vu des éléments versés au dossier par les parties.

5. Il résulte de l'instruction que, si Mme A exerçait initialement des fonctions d'agent d'entretien au sein du lycée " Etienne Oehmichen ", elle a bénéficié, en 2009, d'un mi-temps-thérapeutique dans le cadre duquel elle a été reclassée sur des fonctions d'agent d'accueil du public, ainsi qu'en atteste sa fiche de notation au titre de l'année 2009. De plus, la fiche de notation au titre de l'année 2010 et les comptes rendus d'entretien professionnel pour les années 2011 et 2019 révèlent que l'intéressée a été maintenue dans ces mêmes fonctions après avoir repris, dans le courant de l'année 2010, un service à temps plein. Si la région Grand Est produit la fiche de poste de Mme A éditée au 1er avril 2019, indiquant que celle-ci exerce des fonctions d'agent d'accueil dans la limite de 40 % de son temps de travail, le compte-rendu d'entretien professionnel pour l'année 2019, qui a été établi le 7 juin 2019 par son supérieur hiérarchique direct, fait mention de ce que l'intéressée exerce les fonctions d'agent d'accueil du public depuis son reclassement et que " la fiche de poste n'est pas contractuelle avec les fonctions de Mme A ". Ce compte-rendu ne fait mention qu'aucune autres tâches qui seraient confiées à l'intéressée et notamment pas de tâches d'entretien des locaux dont la région Grand Est fait pourtant valoir que leur exécution est censée représenter plus de la moitié de la quotité de travail de Mme A. Si la défense fait également valoir que le poste budgétaire ouvert pour les fonctions d'accueil du public au sein du lycée " Etienne Oehmichen " a été évalué à un équivalent temps plein (ETP) de 1,3 et que ces fonctions sont concomitamment occupées par un collègue de Mme A dans les proportions d'un EPT, cette circonstance, qui à trait à la définition budgétaire du poste en cause, est sans incidence sur les conditions d'attribution de la nouvelle bonification indiciaire qui s'apprécient au regard du seul exercice effectif des fonctions qui y donnent droit et, dès lors, elle n'est pas de nature à contredire la requérante qui soutient que, pour la période en cause, elle a exercé ces fonctions d'accueil dans une proportion supérieure à la moitié de son temps de travail total. Dans ces conditions, et indépendamment de la quotité du temps de travail de Mme A au cours de la période en cause, celle-ci est fondée à obtenir le bénéfice d'une nouvelle bonification indiciaire de dix points majorés, depuis la date de sa réintégration en mi-temps thérapeutique, en mai 2009, jusqu'au 31 mars 2020, date correspondant au terme de la période pour laquelle Mme A sollicite le bénéfice de la nouvelle bonification indiciaire.

6. Aux termes des dispositions de l'article 2 du décret du 3 juillet 2006 susvisé : " Les fonctionnaires autorisés à exercer leur activité à temps partiel ou en cessation d'activité progressive et affectés sur un emploi ouvrant droit à la nouvelle bonification indiciaire perçoivent une fraction de celle-ci dans les conditions déterminées par le décret du 10 décembre 1984 susvisé pour le calcul du traitement ".

7. Il résulte de ce qui précède que la région Grand Est doit être condamnée à verser à Mme A une indemnité correspondant au montant de la nouvelle bonification indiciaire de dix points majorés pour la période mentionnée au point 5, en tenant compte de son temps de travail et dans la limite de la somme demandée par la requérante, soit 5 515,30 euros. L'état de l'instruction ne permettant pas de déterminer le montant de l'indemnité due à Mme A, il y a lieu de renvoyer cette dernière devant la région Grand Est pour qu'il y soit procédé à la liquidation de cette indemnité.

En ce qui concerne les intérêts et leur capitalisation :

8. D'une part, les intérêts moratoires, dus en application des dispositions de l'article 1231-6 du code civil, lorsqu'ils ont été demandés, et quelle que soit la date de cette demande, courent à compter du jour où la demande de paiement du principal est parvenue à l'administration ou, en l'absence d'une telle demande préalablement à la saisine du juge, à compter du jour de cette saisine.

9. Si Mme A demande l'attribution des intérêts au taux légal à compter du

7 avril 2020, elle ne produit aucun élément permettant d'établir que sa réclamation préalable a été réceptionnée par la région Grand Est à cette date. Dans ces conditions, elle a droit aux intérêts au taux légal sur la somme à valoir, correspondant à l'indemnité mentionnée au point 7, à compter du 24 août 2020, date d'enregistrement de sa requête auprès du tribunal administratif de Strasbourg.

10. D'autre part, en application des dispositions de l'article 1343-2 du code civil, la capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond. Toutefois, cette demande prend effet au plus tôt à la date à laquelle elle est enregistrée et pourvu qu'à cette date, il s'agisse d'intérêts dus au moins pour une année entière. Dans l'hypothèse inverse, cette demande ne prend effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. Le cas échéant, la capitalisation s'accomplit à nouveau à l'expiration de chaque échéance annuelle ultérieure sans qu'il soit besoin de formuler une nouvelle demande.

11. La capitalisation des intérêts a été demandée dans la requête introductive d'instance enregistrée le 24 août 2020. À cette date, il n'était pas dû au moins une année d'intérêts. En revanche, il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 24 août 2021, date à laquelle était due, pour la première fois, une année entière d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

12. Les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint au président du conseil régional Grand Est de procéder à liquidation de la somme demandée ont le même objet que les conclusions indemnitaires sur laquelle il a été statué aux points 3 à 7 et, pour ce motif, elles ne peuvent qu'être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'astreinte dont elles sont assorties.

13. Aux termes des dispositions de l'article 3 du décret du 18 juin 1993 relatif aux conditions de mise en œuvre de la nouvelle bonification indiciaire dans la fonction publique territoriale : " Pour le calcul de l'indemnité de résidence et du supplément familial de traitement, la nouvelle bonification indiciaire s'ajoute au traitement indiciaire de l'agent. Elle est réduite dans les mêmes proportions que le traitement en cas de travail à temps partiel. "

14. Ainsi qu'il a été dit au point 5, Mme A est en droit de bénéficier d'une nouvelle bonification indiciaire de dix points majorés et, dès lors que l'indemnité de résidence est calculée en fonction notamment de la nouvelle bonification indiciaire, Mme A est fondée à demander à ce qu'il soit enjoint au président du conseil régional Grand Est de réévaluer son indemnité de résidence et de lui verser le reliquat de cette indemnité dans la limite de la période demandée, soit de mai 2019 à mars 2020 inclus. En revanche, si elle demande une pareille réévaluation pour les " indemnités fixées en pourcentage du traitement indiciaire ", elle n'indique pas précisément les indemnités en cause et ne met pas ainsi le tribunal à même de pouvoir prononcer une injonction dans le même sens. Il découle de ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre au président du conseil régional Grand Est de procéder à la régularisation précitée dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin de prononcer une astreinte.

Sur les frais liés à l'instance :

15. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la région Grand Est une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La région Grand Est est condamnée à verser à Mme A une indemnité en réparation du préjudice financier qu'elle a subi pour n'avoir pas perçu la nouvelle bonification indiciaire à compter de la date de sa réintégration en mi-temps thérapeutique, en mai 2009, jusqu'au 31 mars 2020.

Article 2 : Mme A est renvoyée devant la région Grand Est pour qu'il soit procédé à la liquidation de l'indemnité à laquelle elle a droit suivant les modalités déterminées au point 7. La somme ainsi due sera assortie des intérêts au taux légal à compter du 24 août 2020. Les intérêts échus à la date du 24 août 2021, puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.

Article 3 : Il est enjoint au président du conseil régional Grand Est, dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement, de réévaluer le montant de l'indemnité de résidence due à Mme A pour la période comprise entre les mois de mai 2019 et mars 2020 et de lui verser le reliquat de cette indemnité.

Article 4 : La région Grand Est versera à Mme A la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et à la région Grand Est.

Délibéré après l'audience du 20 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Olivier Nizet, président,

Mme Stéphanie Lambing, première conseillère,

M. Clemmy Friedrich, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2022.

Le rapporteur,

C. F

Le président,

O. NIZET

La greffière,

N. MASSON

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