vendredi 30 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2201359 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | LEBAAD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 16 juin 2022 et un mémoire déposé le 24 août 2022, Mme A C, représentée par Me Lebaad, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du préfet de la Marne en date du 15 mars 2022 lui refusant un certificat de résidence, lui faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination de son pays d'origine ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Marne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de 15 jours à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour sous le même délai et sous la même astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté a été pris par une autorité incompétente ;
- il est insuffisamment motivé et entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- le préfet a commis une erreur d'appréciation de sa situation personnelle et familiale et méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien ; elle vit en France depuis plus de six ans et a la garde de ses deux enfants après la séparation d'avec son compagnon qui lui était infidèle, elle s'efforce de s'insérer en prenant des cours de français et en étant bénévole à la Croix-Rouge ; ses enfants, qui ne connaissent que la France et s'expriment en français sont scolarisés, le plus grand depuis 3 ans ; l'aîné de ses fils âgé de cinq ans est suivi par une psychomotricienne et est en attente d'un suivi orthophonique ; son départ va entraîner une perte de repères chez ses enfants qui disposent d'un cadre sécurisant en France ;
- l'arrêté porte atteinte à l'intérêt supérieur de ses enfants qui ne pourront continuer leur scolarisation en France et vont perdre le lien avec leur père.
Par un mémoire enregistré le 26 août 2022, le préfet de la Marne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés en sont pas fondés.
Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 mai 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- et les observations de Me Lebaad pour Mme C.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, de nationalité algérienne, est entrée en France le 13 mai 2016 munie d'un visa valable du 17 avril au 1er juin 2016. Elle s'est maintenue en France au-delà de la validité de son visa. Le 13 septembre 2021, elle a sollicité la régularisation de sa situation sur le fondement de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien au titre de sa vie privée en France en se prévalant de son installation en France depuis 5 ans et de la naissance sur le territoire national de deux enfants en juillet 2017 et en mai 2019. Le préfet de la Marne lui a opposé, par arrêté du 15 mars 2022, un refus qu'il a assorti d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination de son pays d'origine. Mme C demande l'annulation de l'arrêté du 15 mars 2022.
2. M. Emile Soumbo, secrétaire général de la préfecture de la Marne qui a signé l'arrêté attaqué, a reçu, par un arrêté préfectoral du 30 août 2021 régulièrement publié le même jour dans le recueil des actes administratifs de la préfecture, délégation à l'effet de signer tous actes relevant de la compétence de l'Etat dans le département, à l'exception de certains au nombre desquels ne figurent pas les décisions prises en matière de police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté du 21 février 2022 doit être écarté.
3. L'arrêté attaqué énonce les considérations de droit et de fait qui lui servent de fondement. Cet arrêté, qui n'avait pas à rappeler de manière exhaustive l'ensemble des éléments de la vie privée et familiale de Mme C est, dès lors, suffisamment motivé. Il ne ressort ni des termes de cet arrêté ni des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de la requérante avant d'édicter à son encontre l'arrêté en litige.
4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ". Par ailleurs, aux termes de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les dispositions du présent article ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit / () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ".
5. Mme C invoque son ancrage sur le territoire national où elle réside depuis 2016, et où ses enfants sont nés. Toutefois, la requérante est séparée de son compagnon et père de ses enfants, et elle n'apporte aucun élément sur le rôle de ce dernier auprès de ses enfants. Elle ne justifie pas avoir d'autres attaches familiales en France et ne démontre aucune intégration professionnelle et sociale dans ce pays dont elle reconnaît ne pas maîtriser la langue. La scolarisation de ses enfants, âgés de 5 et 3 ans, est très récente. Enfin, il n'est pas établi par les pièces du dossier qu'elle ne pourrait pas bénéficier d'un suivi médical adapté à l'état de santé de son fils aîné qui souffre d'un retard de langage. En outre, rien au dossier ne fait obstacle à la reconstitution de sa cellule familiale en Algérie, pays dont le père de ses enfants est également originaire, où Mme C a vécu au moins jusqu'à l'âge de 28 ans. Dans ces conditions, la décision attaquée ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit de la requérante au respect de sa vie privée et familiale, et, par suite, ne méconnaît ni les stipulations du paragraphe 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien ni celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs que précédemment, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation de la requérante.
6. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
7. L'arrêté en litige ne plaçant pas la requérante dans l'impossibilité de mener une vie familiale normale avec ses enfants dans son pays d'origine et n'ayant pas pour effet de les priver de toute scolarité, la circonstance que ces derniers soient scolarisés et parlent le français ne suffit pas à elle seule à porter atteinte à l'intérêt supérieur de ces enfants, tel que protégé par l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme C doit être rejetée, y compris les conclusions en injonction et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au préfet de la Marne.
Délibéré après l'audience du 16 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Cristille, président,
M. Maleyre, premier conseiller,
M. Torrente, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 septembre 2022.
L'assesseur le plus ancien
dans l'ordre du tableau,
signé
P-H. MALEYRE Le président-rapporteur,
signé
P. B
Le greffier,
signé
A. PICOT
5
N°2201359
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026