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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2201523

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2201523

mardi 8 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2201523
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantGABON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 juillet 2022, Mme A D, représentée par Me Gabon, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 février 2022 par lequel le préfet de la Marne a refusé

de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai

de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Marne de lui délivrer un titre de séjour pour raisons médicales portant la mention " vie privée et familiale ", sous astreinte de 100 euros par jour

de retard à compter de la notification du présent jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre des dispositions

des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen complet de sa situation et s'est cru lié par l'avis du collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration ;

- son droit d'être entendu, tel que protégé par les stipulations de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne a été méconnu ;

- l'arrêté est entaché d'un vice de procédure dès lors qu'elle n'a pas pu être assistée d'une personne de son choix, ce qui est contraire aux dispositions de l'article 11 de l'arrêté

du 27 décembre 2016 ;

- l'arrêté est entaché de vice de procédure dès lors qu'il n'est pas établi que le médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ait été saisi, ni que le collège des médecins était compétent pour rendre l'avis et que les médecins ayant rendu l'avis étaient dument identifiés ;

- l'avis est imprécis ;

- l'arrêté viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est contraire aux dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi qu'à celles de l'article L. 425-9 du même code ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête de Mme D a été communiquée au préfet de la Marne qui,

le 23 septembre 2022, a produit des pièces.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale

par une décision du 20 mai 2022 du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire

de Châlons-en-Champagne.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, ressortissante tchadienne, née en 1994, déclare être entrée sur le territoire français le 10 août 2018. Elle a sollicité son admission au séjour au titre

de l'asile. Sa demande a été rejetée par une décision du 30 janvier 2019 de l'Office français

de protection des réfugiés et apatrides, confirmée par une décision du 28 février 2020 de la Cour nationale du droit d'asile. Le 16 mars 2020, le préfet de Meurthe-et-Moselle

a pris à l'encontre de Mme D une décision portant obligation de quitter le territoire français, à laquelle elle s'est soustraite. Le 18 août 2021, elle a sollicité son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 28 février 2022, le préfet de la Marne a refusé de délivrer à l'intéressée un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Mme D demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. L'arrêté attaqué cite les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour

des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les éléments de fait relatifs à la situation administrative et personnelle de la requérante. Il ne ressort pas de cette motivation, qui répond aux exigences

de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, que le préfet

de la Marne se soit abstenu de procéder à un examen complet de sa situation ni qu'il ait agi en situation de compétence liée avec l'avis de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

3. Aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que cet article s'adresse non pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne est inopérant.

4. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers

et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 421-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration

et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat () ". Aux termes de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé () ". L'article L. 611-3 du code de l'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. ".

5. Dans un avis du 17 janvier 2022, le collège des médecins de l'Office français

de l'immigration et de l'intégration considère que l'état de santé de Mme D nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences

d'une exceptionnelle gravité mais qu'elle peut bénéficier, dans son pays d'origine,

d'un traitement approprié. Il mentionne également que l'intéressée peut voyager sans risque vers son pays d'origine.

6. La production de cet avis et les autres informations transmises par le préfet

dans la présente instance, permettent de vérifier que le docteur B médecin rapporteur n'a pas siégé au sein du collège, lequel était constitué des docteurs Mbomeyo, Bernard et Vanderhenst.

Il ressort de ces mêmes pièces que ce collège était compétent pour émettre l'avis sur l'état

de santé de l'intéressée. Par ailleurs, contrairement à ce que la requérante soutient, l'avis émis comporte les mentions requises ainsi que la signature et l'identité des trois médecins composant le collège. Par suite, Mme D n'est pas fondée à se prévaloir de l'irrégularité

de la procédure suivie devant l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

7. Aux termes de l'article 11 de l'arrêté du 27 décembre 2016: " () Pour l'établissement de l'avis, le collège de médecins ou le médecin de l'office peut demander, dans le respect du secret médical, tout complément d'information auprès du médecin ayant rempli le certificat médical. Le demandeur en est informé. / Le collège de médecins ou le médecin de l'office peut convoquer le demandeur et faire procéder à des examens complémentaires. Dans ce cas, le demandeur présente au service médical de l'office les documents justifiant de son identité. Il peut être assisté d'un interprète et d'un médecin de son choix. / Lorsque le demandeur n'a pas présenté au médecin de l'office ou au collège les documents justifiant son identité, n'a pas produit les examens complémentaires qui lui ont été demandés ou n'a pas répondu à la convocation du médecin de l'office ou du collège qui lui a été adressée, l'avis le constate. ".

8. Il résulte de l'arrêté du 27 décembre 2016 que le premier chapitre de cet arrêté, comprenant les articles 1ers à 8, s'applique aux étrangers sollicitant leur admission au séjour, alors que son deuxième chapitre, comprenant les articles 9 à 11, s'applique aux étrangers qui, faisant l'objet d'une mesure d'éloignement, se prévalent de leur état de santé pour s'opposer à cette mesure. Il ressort des pièces du dossier que Mme D a sollicité un titre de séjour en qualité d'étranger malade et ne s'est pas seulement prévalue de son état de santé pour s'opposer à l'édiction d'une obligation de quitter le territoire français. Sa situation a ainsi été instruite conformément aux dispositions du chapitre 1er de l'arrêté du 27 décembre 2016.

Dès lors, elle ne saurait utilement se prévaloir, dans la présente instance, des dispositions

de l'article 11 de l'arrêté du 27 décembre 2016, lesquelles prévoient le droit pour l'étranger d'être assisté, lors de son examen par le collège de médecins ou le médecin de l'office,

d'un interprète et d'un médecin de son choix.

9. Enfin, en se bornant à produire des articles généraux sur la situation des structures médicales au Tchad, Mme D n'établit pas que la prise en charge de la lombosciatique et de l'hépatite B dont elle souffre n'y serait pas possible. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour

des étrangers et du droit d'asile et de celles du 9° de l'article L. 611-3 du même code ne peuvent qu'être écartés. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de sa situation médicale doit être écarté.

10. Lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code, même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux, notamment en vue de régulariser la situation de l'intéressé. Or, si les dispositions de l'article L. 435-1 du même code permettent à l'administration de délivrer une carte de séjour "vie privée et familiale" à un étranger pour des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels, il ressort des termes mêmes de cet article, et notamment de ce qu'il appartient à l'étranger de faire valoir les motifs exceptionnels justifiant que lui soit octroyé un titre de séjour, que le législateur n'a pas entendu déroger à cette règle ni imposer à l'administration, saisie d'une demande d'une carte de séjour, quel qu'en soit le fondement, d'examiner d'office si l'étranger remplit les conditions prévues par cet article. Il en résulte qu'un étranger ne peut pas utilement invoquer le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers

et du droit d'asile à l'encontre d'un refus opposé à une demande de titre de séjour qui n'a pas été présentée sur le fondement de cet article. Par suite, le moyen soulevé par Mme D sur le fondement de cet article doit être écarté comme inopérant.

11. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits

de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21

et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit

au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".

12. Il ressort des pièces du dossier que Mme D, qui déclare être entrée en France le 10 août 2018, s'est maintenue irrégulièrement sur le territoire national après le rejet définitif de sa demande de protection internationale. Elle ne verse, dans la présente instance, aucune pièce permettant d'établir qu'elle entretiendrait des relations stables et intenses avec des personnes séjournant sur le territoire français. Par ailleurs, elle ne justifie d'aucune intégration particulière. Enfin, elle n'établit pas être dépourvue d'attaches dans son pays d'origine. Dans ces conditions, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

13. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant

à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Si l'intéressée peut se prévaloir de ces stipulations à l'encontre de la décision fixant le pays de destination, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile ont rejeté

sa demande d'asile et les éléments qu'elle verse dans la présente instance, notamment

des rapports généraux, ne sont pas de nature à établir les caractères personnels, réels et actuels des craintes dont elle se prévaut. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de Mme D doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

15. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions

à fin d'injonction et d'astreinte de la requérante doivent, par suite, être rejetées.

Sur les frais du litige

16. La requérante étant, dans la présente instance, la partie perdante, ses conclusions présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D et au préfet

de la Marne

Délibéré après l'audience du 14 octobre 2022 à laquelle siégeaient :

M. Cristille, président-rapporteur,

M. Maleyre, premier conseiller,

M. Gauthier-Ameil, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 novembre 2022.

L'assesseur le plus ancien,

dans l'ordre du tableau,

Signé

P-H. MALEYRELe président-rapporteur,

Signé

P. C

Le greffier,

Signé

A. PICOT

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