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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2201579

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2201579

mardi 20 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2201579
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantMFENJOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 juillet 2022, M. C A B, représenté par Me Mfenjou, demande au tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, la décision du 10 juin 2022 par laquelle le préfet de la Marne a refusé d'enregistrer sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Marne d'examiner sa demande de titre de séjour dans un délai d'un mois suivant le jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros, à verser à conseil, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors que sa ses ressources professionnelles ont substantiellement évoluée depuis 2019.

Par un mémoire enregistré le 26 août 2022, le préfet de la Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. D F.

Considérant ce qui suit :

M. A B, ressortissant marocain né le 12 avril 1992 à Oujda, est entré en France le 16 septembre 2013 en qualité d'étudiant étranger. Des titres de séjour en qualité d'étudiant lui ont été délivrés, le dernier étant valable jusqu'au 4 mars 2017. Le 16 janvier 2018, l'intéressé a reçu une carte de séjour portant le mention " entrepreneur ", valable jusqu'au 15 janvier 2019. Le 18 avril 2019 le préfet de la Marne a refusé de lui renouveler ce titre de séjour. Cet arrêté portant également obligation de quitter le territoire et fixant le pays d'exécution de cette mesure d'éloignement. Alors que ces deux dernières décisions n'ont pas été exécutées, M. A B a présenté une demande de titre de séjour que le préfet de la Marne, par une décision du 10 juin 2022, a refusé d'enregistrer. Par la présente requête, M. A B demande au tribunal d'annuler cette dernière décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes des dispositions du premier alinéa de l'article R. 431-3 du code de l'entre et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La demande de titre de séjour ne figurant pas dans la liste mentionnée à l'article R. 431-2, est effectuée à Paris, à la préfecture de police et, dans les autres départements, à la préfecture ou à la sous-préfecture. " Les dispositions de l'article R. 431-12 du même code ajoutent que : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. Ce document est revêtu de la signature de l'agent compétent ainsi que du timbre du service chargé, en vertu de l'article R. 431-20, de l'instruction de la demande. ".

3. Il résulte de ces dispositions que, en dehors du cas d'une demande à caractère abusif ou dilatoire, l'autorité administrative chargée d'instruire une demande de titre de séjour ne peut refuser de l'enregistrer et de délivrer le récépissé y afférent que si le dossier présenté à l'appui de cette demande est incomplet. Le caractère abusif ou dilatoire de la demande doit s'apprécier compte tenu d'éléments circonstanciés. La seule circonstance que l'étranger soit sous le coup d'une obligation de quitter le territoire français exécutoire ne suffit pas à le caractériser. En revanche, lorsqu'un étranger a fait l'objet d'une décision de refus de titre de séjour assortie d'une mesure d'éloignement qu'il n'a pas exécuté, cette circonstance s'oppose à ce qu'un nouveau récépissé lui soit délivré, sauf si des éléments nouveaux conduisent l'autorité préfectorale à l'autoriser à former une nouvelle demande.

4. Aux termes des dispositions du de l'article L. 421-5 du code de l'entre et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité non salariée, économiquement viable et dont il tire des moyens d'existence suffisants, dans le respect de la législation en vigueur, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "entrepreneur/ profession libérale' d'une durée maximale d'un an. "

5. Il ressort des pièces du dossier que le préfet de la Marne, par un arrêté du

18 avril 2019, a refusé de renouveler le titre de séjour de M. A B au motif que celui-ci ne justifiait pas, pour l'année précédant sa demande de renouvellement, avoir tiré de son activité professionnelle des revenus suffisants pour sa propre subsistance. Pour refuser d'enregistrer la nouvelle demande de titre de séjour que M. A B a présenté par courrier du 18 mars 2022, le préfet de la Marne a estimé que, alors que celui-ci n'avait pas exécuté la mesure d'éloignement dont il avait précédemment fait l'objet, il ne justifiait d'aucun élément de nature à justifier que sa nouvelle demande de titre de séjour soit examinée.

6. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. A B, au soutien de sa nouvelle demande de titre de séjour, a produit aux services préfectoraux sa déclaration pour l'impôt sur les revenus de 2020 et les déclarations trimestrielles de chiffre d'affaires de son entreprise pour l'année 2021. Ces éléments, qui sont postérieurs à l'arrêté du 18 avril 2019 précité, présentent un caractère nouveau en rapport avec le titre de séjour sollicité, justifiant ainsi que la demande de titre de séjour soit enregistrée par le préfet de la Marne en vue de permettre son examen. Par suite, M. A B est fondé à soutenir que celui-ci ne pouvait légalement refuser de procéder à l'enregistrement de sa demande de titre de séjour.

7. Il résulte de ce qui précède que la décision du 10 juin 2022 par laquelle le préfet de la Marne a refusé d'enregistrer la demande de titre de séjour présentée par M. A B doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. L'exécution du présent jugement implique seulement que la demande de titre de séjour présentée par M. A B soit enregistrée par le préfet de la Marne. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au préfet de la Marne de procéder à l'enregistrement de cette demande dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés à l'instance :

9. D'une part, M. A B n'allègue pas avoir exposé de frais autres que ceux pris en charge par l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle totale qui lui a été allouée. D'autre part, l'avocat de M. A B n'a pas demandé que lui soit versée par l'Etat la somme correspondant aux frais exposés qu'il aurait réclamée à son client si ce dernier n'avait bénéficié d'une aide juridictionnelle totale. Dans ces conditions, les conclusions de la requête tendant au bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La décision préfectorale du 10 juin 2022 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Marne d'enregistrer la demande de titre de séjour présentée par M. A B dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C A B et au préfet de la Marne.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Olivier Nizet, président,

Mme Stéphanie Lambing, première conseillère,

M. Clemmy Friedrich, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2022.

Le rapporteur,

Signé

C. F

Le président,

Signé

O. NIZET

La greffière,

Signé

I.DELABORDE

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