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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2201639

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2201639

vendredi 29 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2201639
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantSELAS CABINET DEVARENNE ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 juillet 2022, M. B A, représenté par Me Alexandrine Boia, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision du 10 juin 2022 par laquelle la maire de

Saint-Brice-Courcelles l'a déchargé de ses fonctions de directeur général des services de la commune à compter du 1er août 2022 ;

2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision du 10 juin 2022 par laquelle la maire de

Saint-Brice-Courcelles a fixé son indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise au montant de 750 euros brut, avec effet au 1er août 2022 ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Brice-Courcelles la somme de

2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il y a urgence, dans la mesure où la décision tendant à le décharger de ses fonctions de directeur général des services de la commune le prive de ses responsabilités, a pour corollaire de l'affecter sur un poste fictif chargé du précontentieux et du contentieux, qu'une déclaration de vacance d'emploi a déjà été publiée ;

- il y a urgence, dans la mesure où la décision modifiant le montant de son indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise (IFSE) constitue une perte de rémunération de 21 % et qu'il assure seul les moyens de subsistance de son couple, alors que celui-ci doit par ailleurs remboursés des emprunts bancaires ;

- il ne peut être déchargé de ses fonctions de directeur général des services de la commune, dès lors qu'il n'a jamais été détaché sur un tel poste, dès lors qu'il ne pouvait être affecté sur de telles fonctions que par la voie d'un recrutement direct ou celle du détachement ;

- le poste de directeur des services de la commune a seulement été créée par une délibération n° 2022-25 du conseil municipal adoptée le 18 mai 2022, concomitamment à l'intention de la maire de le décharger de telles fonctions ;

- la procédure de décharge prévue à l'article L. 544-1 du code général de la fonction publique ne pouvait être mise en œuvre ;

- la procédure contradictoire préalable et le respect des droits de la défense n'ont pas été observés avant l'intervention de l'arrêté en litige ;

- la maire de Saint-Brice-Courcelles, qui au cours de l'entretien du 10 mai 2022 avait en sa possession une note à destination du conseil de l'intéressé, a violé la confidentialité qui s'attache aux échanges entre l'avocat et son client, ainsi que sa vie privée ;

- la décision en litige constitue un détournement de pouvoir ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur de droit, dès lors la dégradation de la relation de confiance est imputable à la maire de Saint-Brice-Courcelles et que cette dégradation ne peut être regardée comme ayant conduit à une situation de perte de confiance ;

- la décision modifiant le montant de l'IFSE est entachée d'une exception d'illégalité, dès lors que la décision le déchargeant de ses fonctions est entachée d'illégalité ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors que l'IFSE qui lui a été attribué précédemment correspondait à celle à laquelle il était en droit de prétendre au regard de son grade d'attaché territorial.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 juillet 2022, la commune de

Saint-Brice-Courcelles, représentée par la SELAS Devarenne associés, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- il n'y a pas d'urgence, dès lors que M. A ne justifie pas d'une atteinte grave à ses intérêts, que sa perte de rémunération est estimée à 16,23 % et que l'intérêt public à ce que M. A cesse d'exercer les fonctions de directeur général des services y fait obstacle ;

- M. A a été affecté par mutation sur un poste de directeur général des services créé par une délibération du conseil municipal adoptée le 26 novembre 2020, d'où il résulte que l'intéressé n'a pas été affecté sur un poste inexistant ;

- il exerçait en fait un emploi fonctionnel dont la décharge implique la mise en œuvre de l'article L. 544-1 du code général de la fonction publique ;

- le principe du contradictoire et les droits de la défense n'ont pas été communs, dès lors qu'il a été convoqué le 29 avril 2022 pour un entretien préalable qui s'est tenu le 10 mai 2022 ;

- la note destinée à son conseil a été consultée sur l'ordinateur professionnel de M. A ;

- il n'y a pas de détournement de pouvoir ;

- les nombreux manquements reprochés à M. A dans l'exercice de ses fonctions de directeur général des services sont suffisamment graves pour justifier une perte de confiance ;

- le moyen tiré de l'exception d'illégalité soulevé à l'égard de la décision modifiant l'IFSE doit être écarté comme inopérant, compte tenu de l'office du juge des référés ;

- la diminution de l'IFSE est justifiée par la modification des fonctions confiées à M. A à compter du 1er août 2022.

Vu :

- la requête enregistrée le 18 juillet 2022 sous le n° 2201638 par laquelle M. A demande l'annulation des décisions en litige ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code de justice administrative, et notamment son article R. 222-22.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M Clemmy Friedrich, juge des référés ;

- les observations de Me Choffrut, représentant M. A, et de Me Devarenne-Odaert, représentant la commune de Saint-Brice-Courcelles, qui reprennent les mêmes conclusions par les mêmes moyens.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1. Aux termes des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

2. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision administrative contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si ses effets sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

3. M. A, attaché territorial, a, par voie de mutation, été recruté par la commune de Saint-Brice-Courcelles à compter du 18 janvier 2021 pour exercer les fonctions de directeur général des services. Par un courrier du 29 avril 2022, celui-ci a été convoqué à un entretien préalable qui s'est tenu le 10 mai 2022. Par deux arrêtés du 10 juin 2022, la maire de

Saint-Brice-Courcelles, d'une part, l'a déchargé de ses fonctions de directeur des services de la commune à compter du 1er août 2022 et l'a affecté sur un poste de chargé du contentieux et du précontentieux et, d'autre part, a modifié le montant de son IFSE pour la fixer à au montant de 750 euros brut.

4. Il résulte de l'instruction que, contrairement à ce que soutient le requérant, la décision le déchargeant de ses fonctions de directeur général des services, n'a pas, par elle-même, pour effet de porter atteinte à ses droits statutaires, dès lors qu'elle l'affecte concomitamment sur un emploi dont il n'est pas argué que les missions ne correspondraient pas à celles que son grade lui donne vocation à exercer et dont il n'est pas établi qu'il constituerait un emploi fictif. La décision précitée a seulement pour effet d'entraîner corrélativement une perte de rémunération causée par la diminution de l'IFSE et la perte de trente points de bonification indiciaire. Compte tenu du traitement indiciaire du requérant qui demeure invariant, cette perte de rémunération correspond à une diminution évaluée à près de 20 % de celle qu'il percevait avant que n'interviennent les décisions en litige, ce que ne conteste aucune des parties. Si M. A fait valoir qu'il pourvoit seul aux moyens de subsistance du couple et que son foyer supporte des charges évaluées à un montant approximatif de 4 190 euros, dont des emprunts bancaires pour une somme de 700 euros, il ne verse aucun élément probant au soutien de ces allégations, alors qu'à cet égard les documents bancaires qu'il produit consistent en des tableaux d'amortissement théorique des emprunts qu'il aurait contractés. Dans ces conditions, il n'établit pas que la diminution de sa rémunération, compte tenu de l'ensemble des charges qui grèveraient ses ressources, aurait pour effet de la placer dans une situation de précarité financière et que, ainsi, les décisions en litige préjudicieraient de manière suffisamment grave et immédiate à sa situation personnelle. Par suite, la condition d'urgence prévue par l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne pouvant être regardée comme satisfaite, il y a lieu de rejeter ses conclusions aux fins de suspension des décisions en litige.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

5. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Saint-Brice-Courcelles, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par M. A au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. A la somme demandée par la commune de Saint-Brice-Courcelles au même titre.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Saint-Brice-Courcelles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et à la commune de

Saint-Brice-Courcelles.

Fait à Châlons-en-Champagne, le 29 juillet 2022.

Le juge des référés,La greffière,

SignéSigné

C. FRIEDRICH H. RAMIREZ

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