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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2202131

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2202131

mercredi 19 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2202131
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge unique - Eloignement
Avocat requérantDIOP

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 septembre 2022, M. B A, représenté par Me Diop, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 septembre 2022 par lequel le préfet de la Marne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et l'a interdit de revenir sur le territoire français pendant une durée de trois mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Marne de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 400 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché d'un fait matériellement inexact dès lors qu'il est entré régulièrement en France ;

- il a droit à un titre de séjour sur le fondement des stipulations des articles 3 bis et 7 bis de l'accord franco-tunisien de 1988 dès lors qu'il est entré sur le territoire français entre 16 ans et 18 ans ;

- il peut prétendre à la délivrance de plein droit d'un titre de séjour portant la mention étudiant ;

- l'arrêté méconnaît sa vie privée et familiale ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français méconnaît sa vie privée et familiale.

La requête de M. A a été communiquée au préfet de la Marne qui, le 4 octobre 2022, a produit des pièces.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;

-le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

-le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 ;

-le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, de nationalité tunisienne, déclare être entré en France le 12 juin 2018. Le 14 février 2020, il a présenté une demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'ancien article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 12 juin 2020, le préfet de la Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par un jugement du 2 février 2021, le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne a confirmé la légalité de cet arrêté. Ce jugement a été confirmé par un arrêt du 11 février 2022 de la Cour administrative d'appel de Nancy. Par un arrêté du 12 septembre 2022, le préfet de la Marne obligé M. A à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et l'a interdit de revenir sur le territoire français pendant une durée de trois mois. Par un arrêté du même jour, le préfet de la Marne l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. L'intéressé demande au tribunal d'annuler l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté du 12 septembre 2022 obligeant M. A à quitter le territoire français, considérant que l'intéressé est entré irrégulièrement en France, se fonde exclusivement sur les dispositions précitées du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le requérant soutient être entré régulièrement en France le 12 juin 2018. Toutefois, il ne produit, dans la présente instance, aucun visa permettant d'attester de la régularité de son entrée. Par ailleurs, le document de circulation pour étranger mineur qu'il produit, ayant été délivré le 13 mars 2019, est postérieur à la date de son entrée sur le territoire français, le 12 juin 2018, tel que l'indique le cachet de l'aéroport Roissy-Charles de Gaulle qui figure sur son passeport. Dans ces conditions, en se fondant sur l'entrée irrégulière de M. A en France, le préfet de la Marne n'a pas entaché son arrêté d'un fait matériellement inexact de nature à entraîner son illégalité.

4. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A ait demandé la délivrance d'un titre de séjour portant la mention étudiant ou fondé sur les stipulations des articles 3 bis ou 7 bis de l'accord franco-tunisien ni que le préfet de la Marne aurait spontanément examiné sa demande sur ces fondements. Par suite, son moyen tiré de ce qu'il remplirait les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour sur ces fondements doit être écarté comme inopérant.

5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que M. A déclare être entré sur le territoire français en 2018. Il s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français en dépit d'un arrêté du 12 juin 2020 portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français. Il se prévaut de la présence en France de ses deux frères ainsi que de son épouse, ressortissante française, avec qui il s'est marié le 15 septembre 2022. Toutefois, ce mariage, postérieur à l'arrêté attaqué, est sans incidence sur sa légalité. Par ailleurs, nonobstant la présence de membres de sa famille en France, l'intéressé n'établit pas être dépourvu d'attaches privées et familiales en Tunisie où résident notamment ses parents. Enfin, il ne justifie pas d'une intégration particulière. A ce titre, s'il verse de nombreux documents en rapport avec sa scolarité, ses bulletins scolaires font état d'un fort absentéisme. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que l'arrêté méconnaît sa vie privée et familiale doit être écarté. Pour les mêmes motifs, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois mois, cette durée n'étant pas excessive, méconnaît sa vie privée et familiale.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. A doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction

8. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction du requérant doivent, par suite, être rejetées.

Sur les frais du litige

9. Le requérant étant, dans la présente instance, la partie perdante, ses conclusions présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 octobre 2022.

Le président-rapporteur,

Signé

A. CLe greffier,

Signé

E. MOREUL

N°2202131

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