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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2202311

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2202311

vendredi 20 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2202311
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantSEGAUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 octobre 2022, M. B A, représenté par Me Ségaud-Martin, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté n° 2022080192 du 15 septembre 2022 par lequel le préfet des Ardennes a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il serait susceptible d'être éloigné en cas d'exécution contrainte ;

2°) d'enjoindre au préfet des Ardennes de lui délivrer un titre de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté en litige est insuffisamment motivé ;

- il répondait aux conditions pour se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- aucune fraude ne peut lui être reprochée, sa minorité n'a pas été remise en cause tant par l'autorité judicaire que par le conseil départemental, il a bénéficié de plusieurs récépissés, il produit une carte consulaire dont l'authenticité est établie ;

- le préfet ne rapporte pas la preuve qu'il serait majeur ;

- cette décisions méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision

du 21 octobre 2022.

Le préfet des Ardennes, à qui la procédure a été communiquée, a produit des pièces le 14 novembre 2022, lesquelles ont été soumises au contradictoire.

La clôture de l'instruction a été fixée au 30 novembre 2022 par une ordonnance du 7 octobre précédent.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen qui serait né le 20 novembre 2002, déclare être entré irrégulièrement en France le 1er janvier 2018. L'intéressé a été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance. Peu avant sa majorité, il a, sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Par un arrêté du 15 septembre 2022, le préfet des Ardennes a refusé d'y faire droit, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il serait susceptible d'être éloigné en cas d'exécution contrainte. M. A en demande l'annulation au tribunal.

2. La décision refusant un titre de séjour à M. A vise notamment le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en particulier les dispositions de l'article L. 423-22 sur le fondement desquelles l'intéressé a présenté sa demande. En outre, cette décision relate son parcours administratif, mentionne les éléments constitutifs de sa vie privée et familiale et expose les motifs pour lesquels il ne peut être fait droit à sa demande. Dès lors, elle comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, elle est suffisamment motivée.

3. Aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance () d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1° Les documents justifiant de son état civil / 2° Les documents justifiant de sa nationalité / 3° Les documents justifiant de l'état civil et de la nationalité () de ses parents lorsqu'il sollicite la délivrance () d'un titre de séjour pour motif familial / La délivrance du premier récépissé et l'intervention de la décision relative au titre de séjour sollicité sont subordonnées à la production de ces documents () ". Aux termes de l'article L. 811-2 du même code : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies à l'article 47 du code civil ". Selon l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ".

4. Les dispositions citées au point précédent posent une présomption de validité des actes d'état civil établis par une autorité étrangère. Cependant, la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties.

5. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis. Ce faisant, il lui appartient d'apprécier les conséquences à tirer de la production par l'étranger d'une carte consulaire ou d'un passeport dont l'authenticité est établie ou n'est pas contestée, sans qu'une force probante particulière puisse être attribuée ou refusée par principe à de tels documents. En outre, il n'appartient pas aux autorités administratives françaises de mettre en doute le bien-fondé d'une décision rendue par une autorité juridictionnelle étrangère, hormis le cas où le document produit aurait un caractère frauduleux.

6. A l'appui de sa demande de titre de séjour, M. A a produit un jugement supplétif n° 590 du 13 février 2019 et un extrait d'acte de transcription de naissance du 2 août 2019.

7. Pour remettre en cause la présomption de validité de ces actes, le préfet s'est notamment fondé sur un rapport d'expertise du 29 mai 2021 réalisé par les services spécialisés de la police aux frontières pour conclure que ces documents étaient frauduleux.

8. Ce rapport d'expertise indique tout d'abord et notamment que le jugement supplétif comporte plusieurs erreurs. En effet, il manque la lettre E à " tribunal de première instance " et le jugement est daté du 13 février 2019 alors que dans le corps de celui-ci est évoqué une audience du 26 juillet 2019. En ce qui concerne l'extrait d'acte de naissance, il est relevé qu'il ne comporte pas les mentions prévues par l'article 196 du code civil de Guinée et que le numéro de transcription, le 590, est différent au verso sur le jugement supplétif, puisqu'indiquant le numéro 387. Ce rapport conclut que ces documents sont des faux en écriture publique au sens de l'article 441-4 du code pénal.

9. M. A soutient qu'aucune fraude ne peut lui être reprochée dans la mesure où sa minorité n'a pas été remise en cause tant par l'autorité judicaire que par le conseil départemental, il a bénéficié de plusieurs récépissés et il produit une carte consulaire dont l'authenticité est établie. Toutefois, ces éléments ne permettent pas de remettre en cause l'appréciation portée par le préfet, notamment au regard du rapport du 29 mai 2021, qui parvient à renverser la présomption de validité de ces actes. Dès lors, il pouvait légalement rejeter la demande de titre de séjour présentée par M. A pour ce motif.

10. Si M. A soutient qu'il répondait aux conditions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ce moyen est inopérant dès lors que le préfet, ainsi qu'il a été dit, ne s'est pas fondé sur ces dispositions pour refuser de lui délivrer le titre de séjour dont il sollicitait le bénéfice.

11. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ".

12. M. A est célibataire et sans enfant. S'il n'est pas contesté que ses parents sont décédés, il ressort des pièces du dossier que son oncle et sa tante, chez qui il a résidé avant son départ de Guinée, y demeurent toujours, ainsi que sa sœur, et où lui-même a vécu la majorité de sa vie. Dès lors, l'arrêté contesté n'a pas porté au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 15 septembre 2022 du préfet des Ardennes. En conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Ardennes.

Délibéré après l'audience du 5 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Cristille, président,

M. Maleyre, premier conseiller,

M. Friedrich, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 janvier 2023.

Le rapporteur,

signé

P-H. CLe président,

signé

P. CRISTILLE

La greffière,

signé

I. ROLLAND

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