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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2202338

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2202338

mardi 7 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2202338
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantTCHIAKPE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 6 et 26 octobre 2022, et 12 janvier 2023, Mme C F A épouse B, représentée par Me Tchiakpe, demande au tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, la décision du 5 août 2022 par laquelle la préfète de l'Aube a refusé de lui renouveler son titre de séjour pour raisons de santé ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Aube de lui délivrer un titre de séjour d'un an portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de soixante-dix euros par jour de retard, à titre subsidiaire de réexaminer sa situation dans le même délai et de lui délivrer immédiatement une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail pendant l'instruction de son dossier, sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- le préfet ne rapporte pas la preuve que l'avis du collège de médecins de l'OFII a été émis dans les conditions fixées par l'arrêté du 27 décembre 2016 ;

- la preuve n'est pas non plus rapportée de la transmission par le médecin instructeur de l'OFII, du rapport médical au collège d'experts conformément aux dispositions de l'article R.425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il n'est pas établi que le médecin instructeur de l'OFII n'aurait pas siégé dans le collège de médecins ;

- la décision attaquée méconnait l'article L. 421-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions ;

- la décision contestée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 novembre 2022, la préfète de l'Aube, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

L'office français de l'immigration et de l'intégration a produit des observations le 28 décembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'arrêté du 27 décembre 2016 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, née en 1986 et de nationalité ivoirienne, est entrée régulièrement en France en septembre 2019 sous couvert d'un visa court séjour. Elle s'est vue délivrer un titre de séjour en tant qu'étranger malade valable du 27 mai 2021 au 26 février 2022. Par une décision du 5 août 2022, la préfète de l'Aube a refusé de lui renouveler son titre de séjour, et lui a accordé une autorisation provisoire de séjour en qualité d'accompagnante d'enfant malade d'une durée de six mois, avec autorisation de travail, renouvelable deux fois. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions aux fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. (). La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. (). ". Aux termes de l'article R. 425-11 de ce code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. ". Aux termes de l'article R. 425-12 du même code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425 11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. ". Aux termes de l'article R. 425-13 du même code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article () ". Aux termes de l'article 5 de l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le collège de médecins à compétence nationale de l'office comprend trois médecins instructeurs des demandes des étrangers malades, à l'exclusion de celui qui a établi le rapport. / () ". Aux termes de l'article 6 de cet arrêté : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté () / L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège ". Aux termes de l'article 11 de cet arrêté : " Au vu du certificat médical, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 ou, lorsque l'étranger est assigné à résidence en application de l'article L. 561-2 ou de l'article L. 552-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou retenu en application de l'article L. 551-1 du même code, le médecin de l'office désigné par son directeur général pour émettre l'avis sur l'état de santé prévu à l'article R. 511-1 du même code émet un avis dans les conditions prévues à l'article 6 et au présent article et conformément aux modèles figurant aux annexes C et D du présent arrêté. (). ".

3. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à l'autorité administrative de se prononcer sur la demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade au vu de l'avis émis par un collège de médecins nommés par le directeur général de l'OFII. Préalablement à l'avis rendu par ce collège d'experts, un rapport médical, relatif à l'état de santé de l'intéressé et établi par un médecin instructeur, doit lui être transmis. Le médecin instructeur à l'origine de ce rapport médical ne doit pas siéger au sein du collège de médecins qui rend l'avis transmis au préfet.

4. D'une part, contrairement à ce que soutient la requérante, l'avis du collège de médecins de l'OFII du 19 juillet 2022 fait mention du nom du médecin qui a établi le rapport médical, prévu par l'article R. 425-11, qui est transmis au collège de médecins de l'Office. Par ailleurs, il résulte également des mentions de cet avis que ce médecin n'a pas fait partie du collège de médecins qui s'est prononcé sur la situation de Mme A.

5. D'autre part, en se bornant à soutenir que la préfète n'établit pas que cet avis a été émis dans les conditions fixées par l'arrêté du 27 décembre 2016, la requérante n'assortit pas son moyen des précisions suffisantes pour permettre d'en apprécier le bien-fondé.

6. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure doit être écarté.

7. S'il est saisi, à l'appui de conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus, d'un moyen relatif à l'état de santé du demandeur, aux conséquences de l'interruption de sa prise en charge médicale ou à la possibilité pour lui d'en bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire, il appartient au juge administratif de prendre en considération l'avis médical rendu par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Si le demandeur entend contester le sens de cet avis, il appartient à lui seul de lever le secret relatif aux informations médicales qui le concernent, afin de permettre au juge de se prononcer en prenant en considération l'ensemble des éléments pertinents, notamment l'entier dossier du rapport médical au vu duquel s'est prononcé le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en sollicitant sa communication, ainsi que les éléments versés par le demandeur au débat contradictoire.

8. Pour déterminer si un étranger peut bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire d'un traitement médical approprié, au sens de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il convient de s'assurer, eu égard à la pathologie de l'intéressé, de l'existence d'un traitement approprié et de sa disponibilité dans des conditions permettant d'y avoir accès, et non de rechercher si les soins dans le pays d'origine sont équivalents à ceux offerts en France ou en Europe.

9. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des comptes rendus de consultation et de l'ordonnance de prescription du 21 avril 2022 que Mme A est porteuse d'une drépanocytose S-C et que son traitement est constitué de Spéciafoldine (acide folique), de vitamine D, de Doliprane et d'Efferalgan codéine en cas de douleurs. Elle bénéficie également d'un suivi clinique et biologique tous les six mois environ. Les pièces médicales que Mme A produits ne mentionnent pas l'impossibilité pour elle de poursuivre son traitement en Côte d'Ivoire, où sa maladie a été diagnostiquée en 1986 et où elle était prise en charge avant son arrivée en France. Les éléments médicaux dont se prévaut la requérante, ainsi que le rapport du médecin rapporteur de l'OFII communiqué à la suite de la mesure d'instruction, ne font pas état de complications en lien avec la drépanocytose à la date de la décision attaquée. En défense, la préfète produit la liste des médicaments essentiels du pays de 2020 où figurent l'acide folique, le paracétamol ainsi que des analgésiques combinant paracétamol et codéine. En outre, l'OFII indique que le suivi médical et le traitement médicamenteux sont disponibles en Côte d'Ivoire eu égard aux informations de la base de données MedCOI. Enfin, contrairement à ce que soutient la requérante, sa fille, née en 2016, porteuse d'une drépanocytose SS, ne bénéficie pas d'un traitement médicamenteux identique au sien, tel que cela ressort des prescriptions médicales produites par Mme A. L'intéressée ne peut dès lors soutenir que la décision de la préfète ne serait pas cohérente. Dans ces conditions, eu égard aux éléments produits par chacune des parties, Mme A n'est pas fondée à soutenir qu'elle ne pourrait pas bénéficier dans son pays d'origine d'un traitement médical approprié, au sens de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de sa situation au regard des dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

10. Il ressort des pièces du dossier que Mme A est présente en France depuis trois ans seulement à la date de la décision attaquée. Elle a été autorisée à séjourner en France du 27 mai 2021 au 26 février 2022 afin de poursuivre ses soins médicaux. Les circonstances qu'elle occupe un emploi, ainsi que son mari, et qu'ils disposent d'un logement stable, ne suffisent pas à justifier d'une insertion particulière en France. Il s'ensuit qu'en autorisant provisoirement le séjour à Mme A en qualité d'accompagnante de son enfant malade, tout en refusant de renouveler son titre de séjour pour raison de santé, la préfète de l'Aube n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision de la préfète de l'Aube du 5 août 2022 doivent être rejetées. Il y a lieu de rejeter, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C F A et à la préfète de l'Aube.

Délibéré après l'audience du 24 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Olivier Nizet, président,

M. Philippe Cristille, président,

Mme Stéphanie Lambing, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 février 2023.

La rapporteure,

S. D

Le président,

O. NIZET

La greffière,

I. DELABORDE

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