LogoMeilleurAvocats.fr
AvocatsAssistant IABlogPrix
ConnexionDéposer ma demande

Vous avez un problème juridique ?

Décrivez votre situation en 2 minutes — un avocat spécialisé vous répond sous 24h.

Déposer ma demandeJe suis avocat
Logo MeilleurAvocats.frMeilleurAvocats.fr

Mise en relation avocat–client par l'IA. Gratuit pour les particuliers.

Particuliers

  • Déposer une demande
  • Trouver un avocat
  • Assistant IA gratuit
  • Bibliothèque juridique
  • Guides pratiques
  • Jurisprudence

Avocats

  • Pour les avocats
  • Espace avocat
  • Tarifs et formules
  • Recevoir des leads
  • Programme d'affiliation
  • Contact commercial

Spécialités

  • Droit général
  • Droit du travail
  • Droit de la sécurité sociale et de la protection sociale
  • Droit fiscal et droit douanier
  • Droit de la famille, des personnes et de leur patrimoine
  • Droit immobilier

Légal

  • Mentions légales
  • Confidentialité
  • CGU
  • Cookies
  • Contact

Newsletter juridique hebdomadaire

Décisions clés, évolutions législatives, conseils pratiques — chaque semaine.

© 2026 MeilleurAvocats.fr— KONSEIL SAS. Tous droits réservés.

Mentions légales|Confidentialité|Cookies

BOB★La messagerie française & cryptée pour des échanges confidentiels entre avocats et clients.

En savoir +TéléchargerBOB
AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2202373

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2202373

lundi 24 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2202373
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantSELARL RAFFIN ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

D une requête enregistrée le 11 octobre 2022, M. A B représenté D Me Rondot de la SELARL Raffin Associés demande au juge des référés du tribunal administratif de Châlons-en-Champagne :

1°) d'ordonner sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative la suspension de l'exécution de la décision du 11 août 2022 D laquelle le directeur du conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) a refusé de renouveler sa carte professionnelle ;

2°) d'enjoindre au directeur du CNAPS de lui délivrer une autorisation provisoire lui permettant d'exercer les activités prévues D l'article L. 611-1 du code de la sécurité intérieure dans l'attente de la décision au fond du tribunal administratif, dans le délai de 8 jours suivant la notification de l'ordonnance à intervenir ;

3°) de lui accorder l'aide juridictionnelle provisoire et de mettre à la charge du CNAPS le versement à son conseil de la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est satisfaite : la décision contestée le prive de la possibilité d'exercer son emploi et, D voie de conséquence, de ressources alors qu'il doit faire face aux charges de la vie quotidienne ; il est hébergé depuis le 15 juillet 2022 avec sa compagne et la fille de celle-ci chez des amis car il a été contraint de quitter son logement, faute de pouvoir régler son loyer ; du fait de cette décision, il se trouve ainsi placé avec sa famille dans une situation précaire ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse :

- la décision contestée est entachée d'un vice de procédure ; l'enquête administrative a été irrégulièrement menée en ce qu'aucun élément ne permet de s'assurer que la consultation des fichiers a été réalisée D une personne habilitée conformément aux dispositions du 2° de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure ; les articles 230-8 du code de procédure pénale et L. 114-1 du code de la sécurité intérieure ont été méconnus dès lors que les trois procédures enregistrées pour des faits d'escroquerie ayant toutes été classées sans suite, les données correspondantes ne pouvaient pas être exploitées dans le cadre de l'enquête administrative diligentée D le CNAPS ; il n'est pas justifié que le procureur de la République ait été saisi préalablement D le CNAPS conformément au 5° de l'article R.40-29 du code de procédure pénale ;

- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions du 2° de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure en ce qu'il conteste les faits qui lui sont reprochés et qu'il n'a commis aucun agissement contraire à l'honneur et à la probité ; les procédures judiciaires déclenchées à Boulogne-sur-Mer, à Bordeaux et à Strasbourg ont été classées sans suite ; il a, en réalité, été victime d'un individu qui a usurpé son identité et utilisé ses coordonnées bancaires.

D un mémoire en défense, enregistré le 18 octobre 2022, le conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS), représenté D la SELARL Centaure avocats, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de M. B le versement de la somme de 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- la condition d'urgence n'est pas satisfaite : le requérant n'a pas été diligent

dans sa demande de renouvellement de carte professionnelle qui expirait le 27 avril 2022 dès lors qu'il en sollicité le renouvellement, le 23 mai 202 seulement, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 612-17 du code de la sécurité intérieure ;

- le requérant s'est mis lui-même dans une situation d'urgence ; s'il indique qu'il ne dispose plus de revenus depuis le refus de renouvellement de sa carte professionnelle, il ne peut plus exercer légalement la profession d'agent de sécurité depuis le 27 avril dernier, date de fin de validité de sa précédente carte professionnelle et non depuis la décision du directeur du CNAPS intervenue le 11 août 2022 ; alors que la demande de renouvellement de la carte professionnelle doit être présentée au moins trois mois avant sa date d'expiration en vertu de l'article R.612-17 du code de la sécurité intérieure, il a attendu deux mois à compter de l'intervention de la décision du 11 août 2022 pour saisir le juge des référés d'une demande de suspension de l'exécution de cette décision et ne peut être regardé comme ayant accompli les diligences appropriées à sa situation ; le requérant ne verse aucun élément sur sa situation professionnelle actuelle en qualité d'agent de sécurité ni fiches de paie ni contrat de travail ; le requérant ne démontre pas que ses revenus seraient exclusivement tirés du salaire qu'il percevait au titre de son activité privée de sécurité ; en tout état de cause, il pourra percevoir une indemnité de licenciement et un revenu de remplacement ; il ne justifie pas qu'il ne pourrait pas exercer un emploi dans un autre domaine que celui de la sécurité privée, qui ne nécessite pas la détention d'une carte professionnelle ; il ne justifie pas de sa situation financière, personnelle et patrimoniale alors même qu'il prétend que la décision contestée le placerait lui et sa famille dans une situation précaire et incertaine ; enfin, en raison du comportement imputable au requérant, l'intérêt public commande que l'exécution de la décision contestée se poursuive ;

- sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse : le requérant n'établit pas que les faits qui lui sont reprochés auraient fait l'objet d'un classement sans suite concernant les personnes mises en causes dont il fait partie ni qu'une décision d'effacement des traitements automatisés soit effectivement intervenue ; en tout état de cause, l'enquête administrative peut tenir compte des agissements qui auraient été effacés du traitement automatisé des infractions constatées ; le procureur de la République a bien été saisi aux fins de demande d'informations sur les suites judiciaires des procédures déclenchées ;

- la décision n'est entachée d'aucune erreur d'appréciation au regard de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure, la matérialité des faits est établie, le requérant ayant été mis en cause en qualité d'auteur, le 27 mai 2019 pour escroquerie et du 31 décembre 2018 au 6 janvier 2019 pour escroquerie, cela ressort de l'extrait du TAJ qui n'est pas sérieusement contesté ; les faits en cause contraires à l'honneur et à la probité et de nature à porter atteinte à la sécurité des biens et des personnes sont incompatibles avec l'exercice d'une activité privée de sécurité ; ces faits sont récents et ont été commis pendant la période de validité de la carte professionnelle alors qu'un agent exerçant une activité privée de sécurité doit respecter la loi et la réglementation en vigueur ; la nature de ces faits d'escroquerie ou de tentative d'escroquerie est une circonstance aggravante qui révèlent un comportement incompatible avec l'exercice de la profession d'agent de sécurité privée ; quand bien même les faits en cause n'ont pas fait l'objet d'une condamnation pénale, ils interrogent sur le comportement de l'intéressé et son adéquation avec l'activité qu'il a pu exercer ; ces faits portent atteinte à l'image et à la finalité de la profession d'agent de sécurité ; l'expérience acquise D le requérant depuis dix ans dans ce domaine est une circonstance indifférente à la légalité de l'acte en cause.

D un nouveau mémoire enregistré le 20 octobre 2022 à 16h39, M. B reprend ses conclusions et ses moyens et ajoute, s'agissant de l'urgence, qu'il a été diligent pour déposer sa requête, dès lors que le dossier pénal afférent à la procédure judiciaire devant le tribunal judiciaire de Strasbourg a été transmis à son conseil le 10 octobre 2022 à 16h32 et que la requête a été enregistrée au greffe du tribunal administratif le 11 octobre 2022 au matin ; contrairement à ce qui est soutenu en défense, il n'a pas attendu que la validité de sa carte soit expirée pour en demander le renouvellement ; effet, en application de l'article R.612-17 du code de la sécurité intérieure, il est nécessaire d'obtenir une attestation de suivi de stage de maintien et d'actualisation des compétences et l'employeur est chargé de faire le nécessaire pour trouver un lieu de formation ; les démarches ont bien été effectuées dans les 3 mois précédents l'expiration de la carte professionnelle mais compte-tenu de l'importance des demandes de ce type, il n'a été convoqué que le 11 avril 2022 ; on ne peut donc valablement lui opposer de ne pas avoir accompli les diligences voulues ; il disposait d'un contrat à durée indéterminée au sein de la société l'Agence de protection signé le 3 juin 2017 et il ne perçoit plus de salaire hormis les congés payés ; il produit des copies de factures impayées démontrant ses difficultés financières.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 11 octobre 2022 sous le n°2202372 D laquelle M. B demande l'annulation de la décision en date du 11 août 2022 du conseil national des activités privées de sécurité refusant de lui délivrer une carte professionnelle d'agent de sécurité privée.

Vu :

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif a désigné M. C pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Cristille, juge des référés,

- les observations de Me Rondot représentant M. B, qui reprend les conclusions et moyens de la requête et fait plus particulièrement valoir que le délai que M. B a mis à saisir le tribunal tant en référé qu'au fond s'explique D la circonstance que le CNAPS a notifié sa décision à une adresse qui n'était pas la bonne adresse et ce n'est qu'avec la transmission de cette décision à son conseil qu'il a pu en avoir connaissance ; ce délai s'explique aussi D les démarches que son conseil a été contraint de faire auprès des trois parquets concernés D les procédures judiciaires impliquant M. B ; cette procédure a nécessité du temps mais les informations attendues étaient nécessaires pour nourrir la requête ; la condition d'urgence est satisfaite dès lors qu'il n'a plus de revenus à la suite de la perte de son emploi de gardien ; la légalité de la décision est critiquable car les procédures mises en avant D le CNAPS ont fait l'objet d'un classement sans suites ; l'appréciation donnée D le CNAPS pourrait avoir une pertinence si M. B avait reconnu les faits alors même que l'affaire avait été classée mais il a toujours nié les faits et dans la procédure, il a seulement été mis en cause,

- les observations de Me Potterie substituant Me Cano, représentant le Conseil national des activités privées de sécurité, qui a repris ses écritures en défense en rappelant que la condition d'urgence n'est pas remplie ; en effet, M. B via son conseil a saisi le tribunal judiciaire de Reims dès le 29 août 2022, ce qui démontre qu'il avait connaissance dès ce moment de la décision qu'il entend contester mais la saisine du tribunal administratif n'est intervenue qu'à la mi-octobre; de plus, le requérant s'est placé lui-même dans la situation d'urgence qu'il dénonce dès lors qu'il n'a pas demandé le renouvellement de sa carte professionnelle dans le délai imparti qui débutait en janvier mais ne l'a fait que le 23 mai 2022 ; il y a de bonnes raisons de penser qu'il a continué à travailler après l'expiration de la validité de sa carte professionnelle ; le requérant ne démontre pas que le non-renouvellement de sa carte professionnelle l'a placé dans une situation financière difficile puisqu'on ignore la nature de son emploi, la durée de son contrat et ses gains ainsi que sa situation patrimoniale ; quant aux faits mettant en cause le requérant, ils existent et permettent de considérer qu'il n'a pas les qualités requises pour occuper ces fonctions.

En application des dispositions de l'article R. 522-8 du code de justice administrative, le juge des référés a différé la clôture de l'instruction au vendredi 21 octobre 2022 à 9h.

Considérant ce qui suit :

1. M. B détient une carte professionnelle l'autorisant à exercer une activité privée de sécurité depuis le 29 février 2012. Il en a demandé le renouvellement le 23 mai 2022. D décision du 11 août 2022, notifiée le 18, le directeur du conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) a rejeté sa demande. M. B, qui a contesté la légalité de cette décision en recherchant son annulation D une requête distincte, demande au juge des référés d'ordonner la suspension de l'exécution de cette décision sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ()".

En ce qui concerne l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :

3. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de la sécurité intérieure : " Sont soumises aux dispositions du présent titre, dès lors qu'elles ne sont pas exercées D un service public administratif, les activités qui consistent : 1° A fournir des services ayant pour objet la surveillance humaine ou la surveillance D des systèmes électroniques de sécurité ou le gardiennage de biens meubles ou immeubles ainsi que la sécurité des personnes se trouvant dans ces immeubles ou dans les véhicules de transport public de personnes ; 1° bis A faire assurer D des agents armés l'activité mentionnée au 1°, lorsque celle-ci est exercée dans des circonstances exposant ces agents ou les personnes se trouvant dans les lieux surveillés à un risque exceptionnel d'atteinte à leur vie ; 2° A transporter et à surveiller, jusqu'à leur livraison effective, des bijoux représentant une valeur d'au moins 100 000 euros, des fonds, sauf, pour les employés de La Poste ou des établissements de crédit habilités D leur employeur, lorsque leur montant est inférieur à 5 335 euros, ou des métaux précieux ainsi qu'à assurer le traitement des fonds transportés ; 3° A protéger l'intégrité physique des personnes ; 4° A la demande et pour le compte d'un armateur, à protéger, contre des menaces d'actes définis aux articles 224-6 à 224-8 du code pénal ou d'actes de terrorisme définis au titre II du livre IV du même code, des navires battant pavillon français, en application de l'article L. 5441-1 du code des transports. ". Aux termes de l'article L. 612-20 du même code : " Nul ne peut être employé ou affecté pour participer à une activité mentionnée à l'article L. 611-1 : (.) 2° S'il résulte de l'enquête administrative, ayant le cas échéant donné lieu à consultation, D des agents du Conseil national des activités privées de sécurité spécialement habilités D le représentant de l'Etat territorialement compétent et individuellement désignés, des traitements de données à caractère personnel gérés D les services de police et de gendarmerie nationales relevant des dispositions de l'article 31 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, à l'exception des fichiers d'identification, que son comportement ou ses agissements sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat et sont incompatibles avec l'exercice des fonctions susmentionnées ; () ".

4. Il résulte de ces dispositions que lorsqu'elle est saisie d'une demande de délivrance ou de renouvellement d'une carte professionnelle pour l'exercice de la profession d'agent privé de sécurité, l'autorité administrative compétente procède à une enquête administrative. Cette enquête, qui peut notamment donner lieu à la consultation du traitement automatisé de données à caractère personnel mentionné à l'article R. 40-23 du code de procédure pénale, vise à déterminer si le comportement ou les agissements de l'intéressé sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat, et s'ils sont ou non compatibles avec l'exercice des fonctions d'agent privé de sécurité. Pour ce faire, l'autorité administrative procède, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, à une appréciation globale de l'ensemble des éléments dont elle dispose. A ce titre, si la question de l'existence de poursuites ou de sanctions pénales est indifférente, l'autorité administrative est en revanche amenée à prendre en considération, notamment, les circonstances dans lesquelles ont été commis les faits qui peuvent être reprochés au pétitionnaire ainsi que la date de leur commission.

5. Pour prendre la décision attaquée de refus de renouvellement de la carte professionnelle d'agent de sécurité de M. B, le Conseil national des activités privées de sécurité s'est fondé sur le motif tiré de ce que l'enquête administrative réalisée dans le cadre de l'instruction du dossier avait révélé que l'intéressé avait été mis en cause en qualité d'auteur le 27 mai 2019 pour escroquerie et du 31 décembre 2018 au 6 janvier 2019 pour escroquerie. Le Conseil national des activités privées de sécurité a considéré que ces agissements récents et réitérés, contraires à l'honneur et à la probité, et de nature à porter atteinte à la sécurité des biens et des personnes étaient d'autant plus graves qu'ils avaient été commis à une période où le requérant était déjà titulaire d'une carte professionnelle, et donc soumis à une exigence déontologique particulièrement élevée, et qu'ils étaient incompatibles avec l'exercice des fonctions d'agent de sécurité.

6. Toutefois, alors que le requérant conteste la réalité de ces faits d'escroquerie, l'instruction révèle que les procédures pénales le mettant en cause ont été classées sans suite en l'absence d'identification de l'auteur des infractions et que le requérant n'a jamais été condamné. Ainsi, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation commise au regard des dispositions du 2° de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure apparaît, en l'état de l'instruction, de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision du 11 août 2022 contestée.

En ce qui concerne l'urgence :

7. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies D le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire, à la date à laquelle le juge des référés se prononce.

8. Pour caractériser l'urgence à statuer sur ses conclusions, M. B fait valoir qu'il exerce les fonctions d'agent de sécurité depuis dix ans et dans la même société depuis 2017, qu'il est titulaire d'un contrat à durée indéterminée et qu'il ne dispose d'aucune autre expérience ni qualification professionnelle en dehors de cette activité. Il résulte des pièces versées au dossier que le requérant est titulaire d'un contrat de travail à durée indéterminée conclu le 6 juillet 2017 avec la société l'Agence de protection et son employeur atteste le 13 septembre 2022 qu'il ne perçoit plus aucun salaire et que le refus de délivrance de sa carte professionnelle a entraîné la rupture de son contrat de travail. Dans la mesure où son activité professionnelle pour laquelle M. B a été formé constitue sa seule source de revenus, la décision contestée met ainsi l'intéressé dans une situation financière difficile et, en particulier, dans l'impossibilité d'assumer ses dépenses courantes ainsi que les copies de factures impayées l'établissent suffisamment. Certes, le Conseil national des activités privées de sécurité met en avant que M. B n'a demandé le renouvellement de sa carte professionnelle que le 23 mai 2022, alors que sa précédente carte était déjà expirée depuis le 27 avril 2022 ce qui a méconnu le délai de trois mois, prévu à l'article R. 612-17 du code de la sécurité intérieure et qu'il s'est ainsi lui-même placé dans une situation d'urgence. Toutefois, cette circonstance ne permet pas d'établir que l'intéressé aurait lui-même contribué à l'urgence qu'il invoque depuis l'intervention de la décision contestée, ni qu'il a continué de travailler irrégulièrement après le 27 avril 2022 dès lors qu'il n'est ni allégué ni établi que le récépissé prévu à l'article R. 612-17, et qui permet d'exercer jusqu'à l'intervention d'une décision expresse, lui a été refusé. En définitive, et à supposer même qu'ainsi que le soutient le Conseil national des activités privées de sécurité, le requérant pourrait occuper un emploi dans un autre domaine que celui de la sécurité privée, ou prétendre à des indemnités de licenciement ou à un revenu de remplacement, le refus opposé à sa demande de renouvellement de carte professionnelle est susceptible, dans les circonstances de l'espèce, de porter une atteinte suffisamment grave et immédiate à la situation de M. B. D suite, les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser, à la date de la présente ordonnance, une situation d'urgence au sens et pour l'application des dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative. S'il appartient au juge des référés de porter sur ce point une appréciation globale et, le cas échéant, de tenir également compte de l'intérêt public pouvant s'attacher à l'exécution rapide de la décision dont la suspension est demandée, la nécessité, invoquée D le Conseil national des activités privées de sécurité en défense, d'écarter M. B des activités d'agent de sécurité privée en raison des faits qui lui sont reprochés, n'est pas, dans les circonstances de l'espèce, de nature à faire obstacle à ce que la condition d'urgence soit regardée comme remplie.

9. Il résulte tout de ce qui précède que M. B est fondé à demander la suspension de la décision du 11 août 2022 du Conseil national des activités privées de sécurité lui refusant le renouvellement de sa carte professionnelle.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. La présente décision implique nécessairement que M. B soit autorisé à exercer l'activité d'agent de sécurité privée jusqu'à ce qu'il soit statué sur sa requête au fond. D conséquent, il y a lieu de faire application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative et d'enjoindre au Conseil national des activités privées de sécurité de le munir d'une autorisation provisoire d'exercice de cette activité dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

11. D'une part, eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre provisoirement M. B à l'aide juridictionnelle. D suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Rondot, avocat de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge du Conseil national des activités privées de sécurité le versement à Me Rondot de la somme de 1000 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B D le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à ce dernier.

12. D'autre part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. B qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme dont le Conseil national des activités privées de sécurité demande le versement au titre des frais exposés D lui et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : M. B est admis à titre provisoire à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La décision du directeur du Conseil national des activités privées de sécurité du 11 août 2022 refusant d'accorder à M. B le renouvellement de la carte professionnelle d'agent de sécurité est suspendue jusqu'à ce que le tribunal ait statué au fond sur la légalité de cette décision.

Article 3 : Il est enjoint au Conseil national des activités privées de sécurité d'autoriser provisoirement M. B, dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance, à exercer sa profession d'agent privé de sécurité.

Article 4 : Le Conseil national des activités privées de sécurité versera à M. B la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Les conclusions du conseil national des activités privées de sécurité présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, au directeur du Conseil national des activités privées de sécurité et à Me Jessica Rondot.

Fait à Châlons-en-Champagne, le 24 octobre 202Le juge des référés,

Signé

P. CLe greffier,

Signé

A. PICOT

Décisions similaires

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

← Retour aux décisions