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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2202408

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2202408

mardi 24 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2202408
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantFANDART

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 octobre 2022, Mme C B, représentée par Me Géraldine Fandart, demande au tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 20 septembre 2022 par lequel le préfet de l'Aube lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire et a fixé le pays de destination ;

2°) que le versement, à Me Fandart, d'une somme de 1 500 euros soit mis à la charge de l'Etat au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du

10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour est insuffisamment motivée ;

- sa situation n'a pas fait l'objet d'un examen sérieux et réel de sa situation personnelle ;

- la procédure est viciée faute de saisine de la commission de titre de séjour ;

- la décision méconnait l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet a méconnu l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le refus de titre de séjour est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- l'intérêt supérieur de l'enfant n'a pas été pris en compte ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- elle méconnait les articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- elle méconnait l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant ;

- elle méconnait les articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 novembre 2022, le préfet de l'Aube conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 14 octobre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au

27 novembre 2022.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Olivier Nizet, président,

- et les observations de Mme B.

Considérant ce qui suit :

Sur le refus de titre de séjour :

1. L'arrêté en litige comporte mention des éléments de fait et des dispositions légales qui ont été retenus par le préfet pour fonder sa décision. Il est, par suite, suffisamment motivé. Cette motivation permet d'établir que le préfet a mené un examen complet de la situation personnelle de l'intéressée.

2. Mme B, de nationalité albanaise est entrée en France le 21 octobre 2016 accompagnée de son enfant et enceinte d'un second. Elle a sollicité l'asile qui lui a été refusé en dernier lieu par la cour nationale du droit d'asile le 11 janvier 2019. Une demande de réexamen a été rejetée par l'office français de protection des réfugiés et apatride le 28 mai 2019. Elle s'est ensuite maintenue irrégulièrement sur le territoire français, avant de présenter, au préfet de l'Aube, une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par la décision attaquée le préfet de l'Aube a rejeté sa demande. L'intéressée fait valoir vivre en France depuis 2016, et y élever seule ses deux enfants, dès lors que son mari l'a abandonnée. Elle indique que ses enfants sont scolarisés, qu'elle participe activement à la vie de la communauté scolaire et est bénévole au sein de l'ordre de Malte. Elle se prévaut également d'une promesse d'embauche. Toutefois, la durée du séjour en France de l'intéressée a été, notamment, acquise en raison de l'examen de sa demande d'asile. Si sa mère réside en France, elle n'établit pas l'intensité des liens les unissant, alors qu'il est constant qu'elle réside avec ses enfants dans un foyer d'accueil. Elle n'établit pas plus ne pas avoir de famille en Albanie, pays dont ses enfants ont la nationalité. Le préfet de l'Aube a pu, à bon droit, considérer que ces circonstances étaient insuffisantes pour fonder une admission au séjour au titre de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni en tout état de cause au titre de l'article L. 435-1 du même code.

3. Pour les mêmes motifs, eu égard aux conditions du séjour en France de Mme B et en dépit de sa durée, le préfet de l'Aube n'a pas, en prenant la décision contestée, méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il n'a pas plus entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de la situation personnelle de l'intéressée.

4. La seule circonstance que les enfants de A B sont scolarisés alors qu'il n'est pas établi, ni même allégué qu'ils ne pourraient l'être dans leur pays d'origine, ne permet pas d'établir que le préfet de l'Aube aurait, en prenant l'arrêté attaqué, méconnu l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

5. Il résulte de ce qui précède que l'intéressée ne pouvant prétendre à la délivrance, de plein droit, d'un titre de séjour, le préfet n'était pas tenu, avant de prendre l'arrêté en cause, de saisir la commission du titre de séjour.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 20 septembre 2022, en tant qu'il refuse le séjour à Mme B, ne peuvent être que rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'annulation de l'obligation de quitter le territoire :

7. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour, ne peut être qu'écarté.

8. Pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 1 à 4 les moyens de la requête tirés de la méconnaissance des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant et de l'erreur manifeste d'appréciation qu'aurait commise le préfet, ne peuvent, en tout état de cause, qu'être écartés. Dès lors les conclusions précitées de la requête doivent être rejetées.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

9. Si l'intéressée fait valoir que l'arrêté méconnaitrait les stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, elle n'assortit pas ce moyen de précisions nécessaires pour permettre au juge d'en apprécier le bien-fondé. Les conclusions susvisées de requête doivent, dès lors, être rejetées.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B ne peut être que rejetée, y compris ses conclusions d'injonction et celles présentées au titre des article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

DÉ C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et au préfet de l'Aube.

Délibéré après l'audience du 10 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Olivier Nizet, président,

Mme Stéphanie Lambing, premier conseiller,

M. Clemmy Friedrich, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 janvier 2023.

L'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

S. LAMBING

Le président-rapporteur,

O. NIZETLa greffière,

I. DELABORDE

2

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