lundi 26 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2202988 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge unique - Eloignement |
| Avocat requérant | GUILLEMIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 23 décembre 2022 et un mémoire complémentaire enregistré le 26 décembre 2022, Mme B A, représentée par Me Guillemin, demande au tribunal :
1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 2 décembre 2022 par lequel le préfet
de la région Grand Est, préfet du Bas-Rhin a décidé sa remise aux autorités espagnoles pour l'examen de sa demande d'asile ;
3°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 2 décembre 2022 par lequel le préfet
de la région Grand Est, préfet du Bas-Rhin a ordonné son assignation à résidence pour une durée de 45 jours ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat les entiers dépens ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à son conseil
au titre des dispositions combinées des articles L.761-1 du code de justice administrative
et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la décision portant remise aux autorités espagnoles n'est pas suffisamment motivée ;
- elle a été prise en méconnaissance de l'article 4 du règlement (UE) n°604/2013 ;
- elle a été prise en méconnaissance de l'article 5 du même règlement ;
- elle est entachée d'un vice de procédure, dès lors que le préfet ne justifie pas
de l'accord de reprise donné par les autorités espagnoles ;
- elle est entachée d'un vice de procédure, dès lors qu'elle n'a pas été mise
en mesure de présenter des observations préalables, en méconnaissance de l'article 41
de la Charte des droits fondamentaux ;
- elle a été prise en méconnaissance de l'article 17 du même règlement, le préfet ayant commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de faire usage de sa clause discrétionnaire, alors qu'elle a une épouse en France, qu'elle ne parle pas espagnol et rencontre des problèmes de santé ;
- elle a été prise, pour les mêmes raisons, en méconnaissance de l'article 8
de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant assignation à résidence n'est pas suffisamment motivée, notamment en ce qui concerne l'existence d'un risque de fuite.
Par un mémoire en défense enregistré le 23 décembre 2022, le préfet de la région Grand Est, préfet du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil
du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme de Laporte, premier conseiller, pour statuer sur les litiges visés à l'article L.572-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme de Laporte,
- et les observations présentées pour Mme A par Me Guillemin, qui reprend
à l'oral les moyens et conclusions contenus dans ses écritures.
En l'absence du préfet de la région Grand Est ou de son représentant, l'instruction a été close après ces observations, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A, ressortissante camerounaise née le 13 mars 1989, a présenté, le 11 août 2022, une demande d'asile. La consultation du fichier Eurodac a permis d'établir
que dans les douze mois précédant son entrée sur le territoire français, l'intéressée avait préalablement franchi la frontière espagnole. Les autorités espagnoles ont été saisies,
le 19 août 2022, d'une demande de prise en charge sur le fondement de l'article 13-1
du règlement (UE) n°604/2013. Cette demande a été acceptée le 2 septembre 2022. Par deux arrêtés du 2 décembre 2022, le préfet de la région Grand Est, préfet du Bas-Rhin a décidé
de transférer l'examen de la demande d'asile de Mme A aux autorités espagnoles
et de l'assigner à résidence pour une durée de 45 jours. Mme A demande, par la présente requête, l'annulation de ces décisions.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit
par la juridiction compétente ou son président. ( ) ". Eu égard à l'urgence qui s'attache
à ce qu'il soit statué sur la requête de Mme A, il y a lieu de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur la décision de remise aux autorités espagnoles :
3. Aux termes des dispositions de l'article L. 572-1 du code de l'entrée
et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Toute décision de transfert fait l'objet d'une décision écrite motivée prise par l'autorité administrative. () ". L'arrêté attaqué, qui ordonne le transfert de Mme A aux autorités espagnoles, mentionne les textes dont il fait application et les éléments de fait en considération desquels il est intervenu. Le préfet
de la région Grand Est a ainsi suffisamment motivé l'arrêté contesté.
4. Il ressort des pièces du dossier que Mme A s'est vue remettre,
le 11 août 2022, en langue française, qu'elle a déclarée comprendre, le guide du demandeur d'asile et les brochures intitulées " J'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - quel pays sera responsable de l'analyse de ma demande ' " (A) et " Je suis sous procédure Dublin - qu'est-ce-que cela signifie ' " (B) et le livret intitulé " Les empreintes et Eurodac ", lesquelles sont établies conformément aux modèles figurant à 1'annexe X du règlement (CE) n° 1560/2003 de la Commission du 2 septembre 2003 susvisé, modifié par le règlement d'exécution (UE) n° 118/2014 de la Commission du 30 janvier 2014 et comportent toutes les informations prévues par l'article 4 du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013. Par suite, le moyen tiré
de la méconnaissance des dispositions de l'article 4 du règlement n°604/2013 du 26 juin 2013 doit être écarté.
5. Aux termes de l'article 5 du règlement du 26 juin 2013 : " 1. Afin de faciliter
le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. / () / 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. / 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. / 6. L'État membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. Ce résumé peut prendre la forme d'un rapport ou d'un formulaire type. L'État membre veille à ce que le demandeur et/ou le conseil juridique ou un autre conseiller qui représente le demandeur ait accès en temps utile au résumé. ". Il ressort des pièces du dossier et notamment du résumé de l'entretien individuel produit par le préfet en défense, que la requérante a été reçue à la préfecture
de la Marne le 11 août 2022, par un agent agissant au nom du préfet, pour un entretien préalable à l'arrêté attaqué. Il ressort des pièces du dossier que l'entretien a été mené en langue française et qu'elle a pu présenter des observations orales sur la procédure de transfert et faire valoir tous éléments quant à sa situation. Il ne ressort pas des pièces du dossier que cet entretien n'aurait pas été confidentiel et qu'il n'aurait pas été conduit par une personne qualifiée pour ce faire. Par ailleurs, il ne résulte d'aucun texte que le préfet aurait l'obligation de communiquer à l'étranger faisant l'objet d'une procédure de reprise en charge par un autre Etat membre de l'Union européenne le résumé de l'entretien au cours duquel il a été entendu en application
des stipulations précitées de l'article 5du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 5 du règlement UE n° 604/2003 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 doit être écarté.
6. Aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ", il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que cet article s'adresse non pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Ainsi, le moyen tiré de leur violation par une autorité d'un Etat membre est inopérant. ".
Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit
de l'Union. Il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point
de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue
sur la décision en cause. En l'espèce, Mme A a pu présenter les observations
sur sa situation qu'elle estimait utiles dans le cadre de son entretien individuel. Elle n'allègue pas avoir sollicité en vain un entretien auprès des services préfectoraux. Par suite, et en tout état
de cause, la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté querellé a été pris en méconnaissance du principe du contradictoire.
7. Le préfet de la région Grand Est indique que la responsabilité des autorités espagnoles pour l'examen de la demande d'asile de la requérante résulte de l'application de 13-1 du règlement UE n° 604/2013. Il produit à cet effet le document de saisine des autorités espagnoles en date du 19 août 2022 et l'accord exprès de ces autorités du 2 septembre 2022.
8. La faculté laissée à chaque Etat membre, par l'article 17 du règlement
du 26 juin 2013, de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.
9. En l'espèce, Mme A, qui a déclaré lors de son entretien être célibataire
et n'avoir aucun membre de sa famille en France, n'apporte aucun élément de nature à établir qu'elle aurait, en France, une épouse, dont elle ne mentionne pas la nationalité. Elle n'apporte également aucun élément de nature à établir que son état de santé aurait justifié que la France fasse usage de la clause discrétionnaire pour examiner sa demande d'asile, ni qu'elle n'aurait pas accès aux soins nécessaires en Espagne. Dès lors, le préfet n'a pas entaché son arrêté
d'une erreur manifeste d'appréciation en ne faisant pas usage de la clause discrétionnaire prévue par les dispositions de l'article 17 du règlement du 26 juin 2013. Pour les mêmes motifs,
son arrêté ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne
de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés.
Sur la décision d'assignation à résidence :
10. Aux termes de l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers
et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge peut être assigné à résidence par l'autorité administrative pour le temps strictement nécessaire à la détermination de l'Etat responsable de l'examen de sa demande d'asile / () En cas de notification d'une décision de transfert, l'assignation à résidence peut se poursuivre si l'étranger ne peut quitter immédiatement le territoire français mais que l'exécution de la décision de transfert demeure une perspective raisonnable / L'étranger faisant l'objet d'une décision de transfert peut également être assigné à résidence en application du présent article, même s'il n'était pas assigné à résidence lorsque la décision de transfert lui a été notifiée () ".
11. La décision d'assignation à résidence vise le code de l'entrée et du séjour
des étrangers et du droit d'asile, en particulier les dispositions de l'article L. 751-2,
sur le fondement desquelles cette mesure a été prise. Elle mentionne que l'intéressée présente
des garanties de représentation de nature à exclure son placement en rétention, ne peut immédiatement quitter le territoire français, faute de disposer de moyens lui permettant
de se rendre en Espagne, et que son transfert demeure une perspective raisonnable. Ainsi,
cet arrêté, qui étudie les critères propres à la mesure retenue, comporte l'énoncé
des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, il est suffisamment motivé.
12. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation des arrêtés du préfet de la région Grand Est portant remise aux autorités espagnoles et assignation à résidence. Par suite, les conclusions tendant à la mise à la charge de l'Etat
des entiers dépens doivent être rejetées, ainsi que les conclusions tendant à l'application
des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : Mme A est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié Mme B A, au préfet de la région Grand Est, préfet du Bas-Rhin et à Me Guillemin.
Fait à Châlons-en-Champagne, le 26 décembre 2022.
La magistrate désignée,
V. de LAPORTE
Le greffier,
A. PICOT
2
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026