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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2203019

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2203019

jeudi 16 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2203019
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantAOUIDET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 décembre 2023, M. A B, représenté par Me Aouidet, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté n° 2022080327 du 2 décembre 2022 par lequel le préfet des Ardennes a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il serait susceptible d'être éloigné en cas d'exécution contrainte ;

2°) d'enjoindre au préfet des Ardennes de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le refus de titre de séjour est entaché d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- il est insuffisamment motivé ;

- le préfet aurait dû saisir préalablement la commission du titre de séjour ;

- la décision lui refusant un titre de séjour est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- il répondait aux conditions pour se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et droit d'asile ;

- les documents d'état civil qu'il a produit ne sont pas frauduleux, il n'a fait l'objet d'aucune poursuite pénale et ils attestent sans contestation possible qu'il est arrivé en France comme mineur de quinze ans ;

- cette décisions méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle a des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur sa situation personnelle ;

- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être annulée en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- le préfet n'a pas procédé à l'examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît également les dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et droit d'asile ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle.

Le préfet des Ardennes, à qui la procédure a été communiquée, a produit des pièces le 25 janvier 2023, lesquelles ont été soumises au contradictoire.

La clôture de l'instruction a été fixée au 10 février 2023 par une ordonnance du 29 décembre 2022.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Maleyre, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant ivoirien qui serait né le 14 décembre 2004, déclare être entré irrégulièrement en France le 28 février 2020. L'intéressé a été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance. Il a, sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et droit d'asile, sollicité la délivrance d'un titre de séjour le 16 mars 2021. Par un arrêté du 2 décembre 2022, le préfet des Ardennes a refusé d'y faire droit, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il serait susceptible d'être éloigné en cas d'exécution contrainte. M. B en demande l'annulation au tribunal.

Sur la légalité du refus de titre de séjour :

2. Par un arrêté du 7 juillet 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture des Ardennes le même jour, diffusé sur le site internet de la préfecture, et donc accessible tant pour le juge que pour les parties, le préfet de ce département a donné délégation à M. Christian Védélago, secrétaire général de la préfecture, à l'effet notamment de signer " les mesures relevant de la réglementation des étrangers en matière de droit au séjour et d'éloignement du territoire y compris les refus de séjour ". Dès lors, le moyen de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

3. La décision refusant un titre de séjour à M. B vise notamment le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en particulier les dispositions de l'article L. 423-22 sur le fondement desquelles l'intéressé a présenté sa demande. En outre, cette décision relate son parcours administratif, mentionne les éléments constitutifs de sa vie privée et familiale et expose les motifs pour lesquels il ne peut être fait droit à sa demande. Dès lors, elle comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, elle est suffisamment motivée.

4. Il ressort des termes mêmes de la décision en litige que le préfet des Ardennes a procédé à l'examen de la situation personnelle de M. B.

5. Aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance () d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1° Les documents justifiant de son état civil / 2° Les documents justifiant de sa nationalité / 3° Les documents justifiant de l'état civil et de la nationalité () de ses parents lorsqu'il sollicite la délivrance () d'un titre de séjour pour motif familial / La délivrance du premier récépissé et l'intervention de la décision relative au titre de séjour sollicité sont subordonnées à la production de ces documents () ". Aux termes de l'article L. 811-2 du même code : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies à l'article 47 du code civil ". Selon l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ".

6. Les dispositions citées au point précédent posent une présomption de validité des actes d'état civil établis par une autorité étrangère. Cependant, la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties.

7. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis. Ce faisant, il lui appartient d'apprécier les conséquences à tirer de la production par l'étranger d'une carte consulaire ou d'un passeport dont l'authenticité est établie ou n'est pas contestée, sans qu'une force probante particulière puisse être attribuée ou refusée par principe à de tels documents. En outre, il n'appartient pas aux autorités administratives françaises de mettre en doute le bien-fondé d'une décision rendue par une autorité juridictionnelle étrangère, hormis le cas où le document produit aurait un caractère frauduleux.

8. A l'appui de sa demande de titre de séjour, M. B a produit une copie intégrale d'acte de naissance n° 1375 délivré par les services de la commune de Vavoua le 19 avril 2021, un extrait du registre des actes de naissance portant le même numéro au titre de l'année 2019 daté du 7 juillet 2021 ainsi qu'un duplicata d'un réquisitoire aux fins de retranscription émis le 7 avril 2021 par le procureur de la République près le tribunal de première instance de Daloa.

9. Pour remettre en cause la présomption de validité de ces actes, le préfet s'est notamment fondé sur un rapport d'expertise du 24 août 2022 réalisé par les services spécialisés de la police aux frontières, pour conclure que ces documents étaient frauduleux.

10. Ce rapport d'expertise indique, en ce qui concerne la copie intégrale d'acte de naissance, qu'il ne répond pas aux caractéristiques prévues par l'article 42 de la loi du 19 novembre 2018 relative à l'état civil, comporte des incohérences, en particulier à la rubrique 19 qui précise que c'est le père qui a effectué la déclaration de naissance alors qu'elle résulte d'un jugement supplétif, et entre les rubriques 21 et 24, l'identité de l'interprète n'est pas renseignée alors qu'il est fait mention que l'acte a été traduit par un interprète, qu'il existe une faute d'orthographe s'agissant du sexe de l'enfant et que le nom de la Région n'est pas précisé. Pour ce qui est de l'extrait du registre des actes de naissance, ce document ne répond également pas aux caractéristiques de l'article 42 de la loi du 19 novembre 2018 précitée et la mention de l'existence d'un jugement supplétif est apposée à deux reprises. S'agissant du réquisitoire aux fins de transcription, le mot retranscription est mal orthographié. Le service spécialisé conclut que ces documents sont des faux en écriture au sens de l'article 441-4 du code pénal.

11. M. B soutient que, compte tenu de son âge à son entrée en France, il ne pouvait procéder à des manœuvres frauduleuses qu'il n'a fait l'objet d'aucune poursuite pénale en raison de la production de faux documents ni d'aucune condamnation et fournit notamment un passeport valable jusqu'en 2026 et une carte consulaire. Toutefois, ces éléments ne permettent pas à remettre en cause l'appréciation portée par le préfet, notamment au regard du rapport du 24 août 2022. En outre, les documents fournis n'ont pas valeur d'actes d'état civil et ont nécessairement été établis au vu d'actes d'état civil préexistants à ceux versés en dernier lieu par le requérant. Dès lors, le préfet parvient à renverser la présomption de validité de ces actes.

12. Eu égard à ce qui vient d'être dit, le préfet n'a pas entaché sa décision d'un vice de procédure en ne saisissant pas préalablement à son adoption la commission du titre de séjour.

13. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ".

14. Il ressort des pièces du dossier que M. B est célibataire, sans enfant et ne réside en France que depuis un peu moins de trois années à la date de la décision en litige. Il n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où demeurent son père et sa grand-mère, avec laquelle il conserve des contacts. Dès lors, la décision contestée n'a pas porté au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, elle n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. B.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours :

15. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à invoquer, par la voie de l'exception, le moyen tiré de l'illégalité de la décision lui refusant un titre de séjour à l'encontre de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet.

16. Pour les mêmes motifs que ceux évoqués aux points 2, 4, et 13 les moyens tirés de l'incompétence de l'auteur de l'obligation de quitter le territoire français, du défaut d'examen, de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que des dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et droit d'asile doivent être écartés.

17. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 2 décembre 2022 du préfet des Ardennes. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Ardennes.

Délibéré après l'audience du 24 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Cristille, président,

Mme Castellani, première conseillère,

M. Maleyre, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mars 2023.

Le rapporteur,

signé

P.H. MALEYRELe président,

signé

P. CRISTILLE

Le greffier,

signé

A. PICOT

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