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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2300045

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2300045

vendredi 27 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2300045
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique - Eloignement
Avocat requérantOPYRCHAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 janvier 2023 M. A B représenté par Me Opyrchal, demande au tribunal

1°) d'annuler l'arrêté du 26 décembre 2022 par lequel la préfète de la Marne a prononcé son assignation à résidence dans le département des Ardennes pour une durée de 45 jours et l'a obligé à se présenter tous les jours entre 8h00 et 9h00 à la brigade de gendarmerie de Montmirail.

2°) d'enjoindre à l'autorité préfectorale de lui remettre les documents d'identité ou de voyage en sa possession ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- le préfet n'a pas respecté l'article L. 141-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en l'absence d'un interprète

- le signataire de l'arrêté est incompétent ;

- l'arrêté est entaché d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen sérieux ;

- les droits de la défense ont été méconnus ;

- il y a eu méconnaissance de l'article L. 732-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté est entaché d'erreur de droit dès lors que rien ne peut donner à penser qu'il aurait l'intention de se soustraire à ses obligations ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il porte atteinte à son droit à sa vie privée et familiale garantie par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête de M. B a été communiquée au préfet de la Marne qui, le 11 janvier 2023, a produit des pièces.

.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Cristille, président, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 776-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue en présence de M. Moreul, greffier d'audience :

- le rapport de M. Cristille, magistrat désigné,

- les observations de Me Opyrchal, représentant M. B, présent et assisté d'un interprète, qui reprend les moyens de la requête et ajoute que la mesure d'assignation est illégale du fait de l'illégalité de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français qui lui sert de fondement, que le requérant est en France depuis huit ans, qu'il a travaillé au cours de cette période, comme bucheron et sur les chantiers pour subvenir à ses besoins, qu'il réside chez son frère et souhaite s'insérer en France.

Le préfet de la Marne n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B de nationalité kosovare né le 12 octobre 1986, entré en France à une date indéterminée, qu'il déclare être le 31 janvier 2015. Il a été interpellé le 26 décembre 2022 par les services de police d'Epernay dans le cadre de la vérification de son droit au séjour sur le territoire français. Par un arrêté du 26 décembre 2022, le préfet de la Marne a pris à son encontre un arrêté lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai à destination de son pays d'origine et prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 18 mois. Par un autre arrêté du même jour, le préfet de la Marne a assigné à résidence M. B dans le département de la Marne pour une durée de 45 jours. M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

2. Par un jugement du même jour que le présent jugement, le tribunal a rejeté la requête de M. B dirigée contre l'arrêté du 26 décembre 2022 lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai à destination de son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

3. Aux termes de l'article L. 141-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque les dispositions du présent code prévoient qu'une information ou qu'une décision doit être communiquée à un étranger dans une langue qu'il comprend, cette information peut se faire soit au moyen de formulaires écrits dans cette langue, soit par l'intermédiaire d'un interprète. L'assistance de l'interprète est obligatoire si l'étranger ne parle pas le français et qu'il ne sait pas lire. En cas de nécessité, l'assistance de l'interprète peut se faire par l'intermédiaire de moyens de télécommunication. Dans une telle hypothèse, il ne peut être fait appel qu'à un interprète inscrit sur une liste établie par le procureur de la République ou à un organisme d'interprétariat et de traduction agréé par l'administration. Le nom et les coordonnées de l'interprète ainsi que le jour et la langue utilisée sont indiqués par écrit à l'étranger. ".

4. Si M. B se prévaut pour contester la légalité de l'arrêté en litige de ce qu'il ne lit pas le français et que la notification de la décision attaquée n'a pas été faite par le truchement d'un interprète. Toutefois, la méconnaissance des dispositions précitées, qui peut avoir une incidence sur l'opposabilité des voies et délais de recours contentieux à l'encontre d'une décision d'assignation, est, en elle-même, sans incidence sur la légalité de cette décision.

5. Il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.

6. Ce droit d'être entendu suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. Enfin, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

7. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du procès-verbal d'audition signé par M. B que ce dernier a été entendu par les services de police le 26 décembre 2022. A cette occasion, M. B a été informé de ce qu'il pouvait faire l'objet d'une mesure d'éloignement éventuellement assortie d'une assignation à résidence. Dès lors, l'arrêté en cause n'a pas été pris en méconnaissance du principe général du droit d'être entendu issu du droit de l'Union européenne et du caractère contradictoire de la procédure. Ce moyen doit être écarté.

8. L'arrêté attaqué mentionne avec suffisamment de précisions les circonstances de fait et de droit sur lesquelles il se fonde, le préfet n'étant pas tenu de motiver spécifiquement son choix d'une durée d'assignation de quarante-cinq jours. Ces considérations sont suffisamment développées pour mettre utilement M. B en mesure de discuter les motifs de cette décision et le juge d'exercer son contrôle en pleine connaissance de cause. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté en litige doit être écarté.

9. Ni la motivation de l'arrêté en litige ni aucune autre pièce du dossier ne permettent de considérer que le préfet de la Marne n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. B.

10. Aux termes de l'article L. 732-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il est remis aux étrangers assignés à résidence en application de l'article L. 731-1 une information sur les modalités d'exercice de leurs droits, les obligations qui leur incombent et, le cas échéant, la possibilité de bénéficier d'une aide au retour (). ". Il résulte des dispositions précitées que la délivrance de l'information qu'elles prévoient doit s'effectuer au moment de la notification de la décision d'assignation à résidence ou, au plus tard, lors de la première présentation de l'étranger aux services de police ou de gendarmerie. Elle constitue ainsi une formalité postérieure à l'édiction de la décision d'assignation à résidence dont le défaut ou les éventuelles irrégularités sont, en tout état de cause, sans incidence sur la légalité de cette décision. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 732-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté comme inopérant.

11. L'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ".

12. En se bornant à se prévaloir de la présence de son frère sur le territoire français, de sa volonté de travailler et de s'insérer, M. B ne démontre pas en quoi son éloignement ne constituerait pas une perspective raisonnable. En tout état de cause, la circonstance selon laquelle le requérant a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 26 décembre 2022 suffit à faire regarder son éloignement comme une telle perspective au sens de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, ce moyen doit être écarté.

13. Il ressort des termes de l'arrêté litigieux que M. B est assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours, qu'il ne peut quitter, sans autorisation, les limites du département de la Marne, et qu'il devra se présenter tous les jours entre 8h et 9h hormis les jours fériés, à la brigade de gendarmerie de Montmirail. M. B ne fait état d'aucune contrainte ou impératif de sa vie privée de nature à faire obstacle à ce qu'elle puisse satisfaire à ses obligations en qualité d'assigné à résidence. Dans ces conditions, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce et eu égard aux effets d'une mesure d'assignation à résidence, l'arrêté susvisé n'a pas porté au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale, ni à sa liberté d'aller et venir, une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Les mêmes circonstances ne sont pas davantage de nature à faire regarder l'arrêté en litige comme entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. B aux fins d'annulation de l'arrêté attaqué doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et aux fins d'application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L.761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe du tribunal le 27 janvier 2023.

Le magistrat désigné,

Signé

P. CRISTILLE

Le greffier,

Signé

E. MOREUL

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