lundi 13 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2300240 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge unique - Eloignement |
| Avocat requérant | BRENER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 4 février 2023, M. C B, représenté par Me Brenner, demande au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté n° BE-2023-034-012 du 2 février 2023 par lequel la préfète de l'Aube l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an et a fixé le pays de destination ;
2°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté n° BE-2023-033-013 du 2 février 2023 par lequel la préfète de l'Aube l'a assigné à résidence dans le département de l'Aube pour une durée de 45 jours.
Il soutient que l'arrêté portant notamment obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 8 février 2023, la préfète de l'Aube conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Maleyre, premier conseiller, pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- et les observations de Me Malblanc, substituant Me Brener, qui a en outre soutenu à l'audience que l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ; que l'interdiction de retour sur le territoire français n'est pas motivée ; qu'elle est entachée d'erreur d'appréciation et de disproportion ; que l'assignation à résidence n'est pas motivée ; qu'elle doit être annulée en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement et que les modalités de son exécution sont disproportionnées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant centrafricain né le 24 avril 1994, est entré régulièrement en France le 16 août 2016 afin d'y poursuivre ses études. Le 23 août 2017, l'intéressé a présenté une demande visant à se voir reconnaître la qualité de réfugié, qui a été rejetée tant par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) que par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) les 11 avril 2018 et 15 novembre 2019. Le 11 novembre 2020, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour à raison de son état de santé. Par un arrêté
du 21 juillet 2021, le préfet de l'Aube a refusé d'y faire droit, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il serait susceptible d'être éloigné en cas d'exécution contrainte. La requête de M. B contre cet arrêté a été rejetée par un jugement du tribunal administratif de Châlons-en-Champagne du 17 novembre 2021. L'intéressé a été interpellé par les services de la gendarmerie nationale le 2 février 2023 et placé en retenue. A l'issue de celle-ci, la préfète de l'Aube, par deux arrêtés du même jour, a, d'une part, fait obligation à M. B de quitter le territoire français sans délai, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an et a fixé le pays de destination et, d'autre part, l'a assigné à résidence dans le département de l'Aube pour une durée de 45 jours. M. B demande au tribunal d'annuler ces deux arrêtés.
Sur le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide
juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
3. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, sur le fondement de ces dispositions.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
4. Il ressort des termes mêmes de la décision en litige que la préfète de l'Aube, qui n'est pas tenue de reprendre l'intégralité des éléments relatifs à la situation d'un ressortissant étranger en situation irrégulière, a procédé à l'examen approfondi de celle-ci. Si, en particulier, le conseil de M. B soutient à la barre qu'il existe une contradiction entre la mention " il n'a pas de domicile stable en France et déclare être hébergé dans le dispositif d'hébergement d'urgence, sans déclarer d'adresse " figurant dans la décision contestée et celle aux termes de laquelle " l'intéressé déclare une domiciliation postale " mentionnée dans la décision d'assignation à résidence, la préfète se borne à constater que le requérant n'a pas domicile propre mais que l'existence d'une adresse postale permet de l'assigner à résidence.
5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ".
6. Si M. B réside en France depuis le 16 août 2016, l'intéressé est célibataire, sans enfant, et n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où demeure encore sa sœur, en dépit du décès de ses parents ainsi que de son frère, et dans lequel il a vécu jusqu'à l'âge de 21 ans. Les éléments figurant au dossier ainsi que les observations faites au cours de l'audience, notamment s'agissant de l'emploi occupé dans la coiffure depuis le mois de mai 2022, ne caractérisent pas une insertion particulière dans la société française. Dès lors, la décision contestée n'a pas porté au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
7. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ". Il résulte de ces dispositions que lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, le préfet assortit, en principe et sauf circonstances humanitaires, l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour. La durée de cette interdiction doit être déterminée en tenant compte des critères tenant à la durée de présence en France, à la nature et l'ancienneté des liens de l'intéressé avec la France, à l'existence de précédentes mesures d'éloignement et à la menace pour l'ordre public représentée par la présence en France de l'intéressé.
8. La décision en litige vise les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur le fondement desquelles elle a été prise. Il ressort de ses termes mêmes que la préfète de l'Aube a pris cette décision au regard des critères énoncés à l'article L. 612-10 précité. Dès lors, elle comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, elle est suffisamment motivée.
9. Malgré la durée de séjour en France de M. B, compte tenu notamment des éléments relatifs à sa vie privée et familiale en France évoqués au point 6 et de ce qu'il a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement à l'exécution de laquelle il ne s'est pas soumis, la préfète de l'Aube n'a pas commis d'erreur d'appréciation ni méconnu les dispositions précitées en fixant à un an la durée de l'interdiction de retour en France faite à l'intéressé, durée qui n'est pas davantage disproportionnée.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
10. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
11. M. B soutient qu'il ne peut retourner en Centrafrique en raison du risque de mort auquel il serait exposé dans la mesure où son père et son frère auraient été tués à l'occasion d'affrontements entre les miliciens anti-bakala et séléka en septembre 2016. Toutefois, la seule production d'un article, au demeurant peu circonstancié, qui serait paru le 2 mars 2022 dans un quotidien d'informations générales et d'analyses dénommé " Libération plus ", dont la préfète conteste d'ailleurs l'authenticité en défense, ne permet pas d'établir, alors qu'il a quitté la Centrafrique dès 2013, qu'il serait personnellement et directement exposé à un risque réel, direct et sérieux pour sa vie ou sa liberté en cas de retour dans son pays d'origine. En outre, il n'est pas établi ni même allégué que les autorités de ce pays ne seraient pas en mesure de lui apporter à titre individuel une protection appropriée. Enfin, sa demande de reconnaissance de la qualité de réfugié a été rejetée tant par l'OFPRA que par la CNDA les 11 avril 2018 et 15 novembre 2019. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
En ce qui concerne la décision d'assignation à résidence :
12. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à invoquer, par la voie de l'exception, le moyen tiré de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français à l'encontre de la mesure d'assignation à résidence dont il fait l'objet.
13. La décision assignant à résidence M. B vise notamment le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en particulier les dispositions du 1° de l'article L. 731-1 sur le fondement desquelles la mesure contestée a été prise. En outre, cette décision mentionne qu'il fait l'objet d'une mesure d'éloignement et expose les motifs pour lesquels il est assigné à résidence ainsi que les modalités de l'exécution de celle-ci. Dès lors, cette décision, qui n'avait pas à reprendre l'ensemble des éléments propres à la situation du requérant, comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, elle est suffisamment motivée.
14. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ". Aux termes de l'article R. 733-1 du même code : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1 () définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside. ". Si une décision d'assignation à résidence prise en application de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit comporter les modalités de contrôle permettant de s'assurer du respect de cette obligation et notamment préciser le service auquel l'étranger doit se présenter et la fréquence de ces présentations, ces modalités de contrôle sont divisibles de la mesure d'assignation elle-même.
15. M. B soutient que la mesure d'assignation à résidence, qui lui fait obligation de se présenter les lundis, mercredis et jeudis à 10h, à l'exception des dimanches et jours fériés, au commissariat de Troyes est disproportionnée dans la mesure où il travaille comme coiffeur dans un salon de coiffure à Romilly-sur-Seine. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, en particulier des bulletins de salaire produits par M. B, qui ne devrait d'ailleurs pas pouvoir travailler au regard de l'irrégularité de son séjour en France, que l'intéressé n'effectue que quelques heures de travail par mois dans ce salon, élément qui ne permet pas de considérer, alors que le requérant n'a l'obligation de pointer que trois jours par semaine, que les modalités d'exécution de son assignation à résidence seraient disproportionnées.
16. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés du 2 février 2023 de la préfète de l'Aube.
D E C I D E :
Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête présentée par M. B est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et à la préfète de l'Aube.
Rendu public par mise à disposition au greffe du tribunal le 13 février 2023.
Le magistrat désigné,
Signé
P-H ALe greffier,
Signé
A. PICOT
N°2300240
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026