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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2300508

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2300508

vendredi 26 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2300508
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantGAFFURI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 7 et 20 mars 2023, M. C D A, représenté par Me Gaffuri, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté n° BE 2023-047-003 du 16 février 2023 par lequel la préfète de l'Aube a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il serait susceptible d'être éloigné en cas d'exécution contrainte ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Aube de lui délivrer une carte de séjour temporaire ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à verser à Me Gaffuri en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- le refus de titre de séjour est insuffisamment motivé ;

- la préfète n'a pas procédé à l'examen particulier de sa situation personnelle ;

- il répondait aux conditions pour se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 422-1 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et droit d'asile ;

- contrairement à ce qu'a retenu la préfète de l'Aube, il justifie de son état civil ;

- il n'est pas défavorablement connu des services de police, n'ayant fait l'objet d'aucune poursuite ni condamnation ;

- la décision en litige méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle a des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur sa situation personnelle ;

- l'obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;

- elle doit être annulée en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour sur laquelle elle est fondée ;

- cette décision ainsi que celle fixant le pays de destination doivent être annulées sur le fondement des autres mêmes moyens soulevés à l'encontre du refus de titre de séjour.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 avril 2023, la préfète de l'Aube conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- et les observations de Me Dargent, substituant Me Gaffuri, pour le compte de M. A ainsi que celles propres de l'intéressé.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen qui serait né le 10 octobre 2003, déclare être entré irrégulièrement en France le 2 septembre 2018. L'intéressé a été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance à compter du 22 décembre 2018. Le 22 novembre 2022, il a présenté une demande de carte de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et droit d'asile. Par un arrêté du 16 février 2023, la préfète de l'Aube a refusé d'y faire droit, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il serait susceptible d'être éloigné en cas d'exécution contrainte. M. A en demande l'annulation au tribunal.

Sur le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, sur le fondement de ces dispositions.

Sur la légalité de la décision refusant une carte de séjour temporaire :

3. La décision refusant un titre de séjour à M. A vise notamment le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en particulier les dispositions de l'article L. 435-1 sur le fondement desquelles l'intéressé a présenté sa demande. En outre, cette décision relate son parcours administratif, mentionne les éléments constitutifs de sa vie privée et familiale et expose les motifs pour lesquels il ne peut être fait droit à sa demande. Dès lors, elle comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, elle est suffisamment motivée.

4. Il ressort des termes mêmes de la décision en litige que la préfète, qui n'est pas tenue de reprendre l'ensemble des éléments de sa situation, a procédé à l'examen particulier de celle-ci, contrairement à ce que soutient M. A.

5. Pour refuser d'admettre M. A à titre exceptionnel au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la préfète de l'Aube a estimé que l'intéressé ne justifiait pas de son état civil et de sa nationalité dans les conditions prévues par l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et, qu'en tout état de cause, il ne faisait état d'aucun motif exceptionnel ou de considérations humanitaires de nature à justifier la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du même code.

6. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

7. En présence d'une demande de régularisation présentée, sur le fondement des dispositions précitées, par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail, ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là-même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient, en effet, à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

8. D'une part, M. A soutient qu'il réside en France, où il est entré mineur, depuis le 2 septembre 2018, qu'il a été pris en charge par l'ASE à compter du 22 décembre suivant, qu'il y a fixé le centre de ses intérêts privés et familiaux, qu'il a toujours suivi des études et qu'il n'est pas défavorablement connu des services de police. Toutefois, l'intéressé est majeur, célibataire et sans enfant. Il n'est pas contesté que sa mère ainsi que ses quatre frères et sœurs demeurent toujours en Guinée où il a vécu jusqu'à l'âge de 14 ans. Si l'intéressé produit une attestation d'une personne de nationalité française avec laquelle il entretiendrait une relation amoureuse, ce seul document, au demeurant non daté, ne suffit pas à établir la réalité, l'intensité et l'ancienneté de cette relation, alors qu'il s'est déclaré célibataire au moment de compléter le formulaire de demande de titre de séjour le 21 novembre 2022. De même, l'extrait d'un article d'un journal daté du 16 juillet 2020, de portée générale, ne permet pas d'établir qu'il ne pourrait pas poursuivre ses études dans son pays d'origine. Dès lors, et en dépit des études suivies, la situation de M. A ne répond pas à des considérations humanitaires ni, au regard de motifs exceptionnels, ne justifie la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". D'autre part, le requérant ne se prévaut d'aucun " motifs exceptionnels " en vue de la délivrance d'un titre de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans ces conditions, les éléments dont fait état M. A ne caractérisent pas des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels au sens et pour l'application des dispositions précitées. Par suite, la préfète de l'Aube n'a pas entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation. Il résulte de l'instruction que la préfète aurait pris la même décision en se fondant sur ce seul motif et en ne retenant pas que le requérant ne produirait aucun document établissant tant son état civil que sa nationalité et serait défavorablement connu des services de police.

9. Eu égard à ce qui vient d'être dit s'agissant de la vie privée et familiale de M. A, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle doivent être écartés.

10. La préfète de l'Aube, de sa propre initiative, a également examiné la situation de M. A au regard des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle a considéré que l'intéressé ne répondait pas aux conditions posées à cette article, aux motifs qu'il est entré irrégulièrement en France et qu'il ne justifie d'aucune source de revenus.

11. Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "étudiant" d'une durée inférieure ou égale à un an. / () lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

12. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A serait entré régulièrement en France. Dès lors, la préfète de l'Aube a pu légalement lui refuser le bénéfice d'un titre de séjour portant la mention " étudiant ", en admettant que sa situation correspondait au cas de figure décrit au deuxième alinéa précité de l'article L. 422-1, comme le requérant l'affirme. Dès lors, et sans qu'il soit besoin d'examiner la réalité des moyens d'existence suffisants, les conditions à remplir étant cumulatives, la préfète de l'Aube a pu légalement refuser à M. A l'octroi d'un titre de séjour en qualité d'étudiant.

Sur la légalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination :

13. Pour les motifs précédemment exposés, le moyen tiré par voie d'exception de l'illégalité de la décision lui refusant un titre de séjour à l'encontre de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet doit être écarté.

14. En vertu des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'obligation de quitter le territoire français, prise sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1, n'avait pas à faire l'objet d'une motivation spécifique dès lors, ainsi qu'il a été dit, que la décision de refus de titre de séjour est elle-même motivée. Le moyen tiré du défaut de motivation de la mesure d'éloignement ne peut donc qu'être écarté.

15. La décision fixant le pays de destination vise notamment les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, indique que M. A n'établit pas que sa vie ou sa liberté serait menacée ou qu'il serait exposé à des traitements contraires à ces stipulations et qu'il sera potentiellement reconduit dans le pays dont il a la nationalité. Elle est donc suffisamment motivée.

16. La méconnaissance des dispositions de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui ne prévoient pas la délivrance de plein droit d'un titre de séjour aux étrangers qui en remplissent les conditions, ne peut être utilement invoquée à l'encontre d'une obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen soulevé par M. A tiré de ce que la préfète aurait méconnu ces dispositions ne peut qu'être écarté comme inopérant.

17. Eu égard à ce qui a été aux points 8, 9 et 12, M. A pouvait faire l'objet d'une mesure d'éloignement et les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle doivent être écartés.

18. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 16 février 2023 de la préfète de l'Aube. En conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis à l'aide juridictionnelle provisoire

Article 2 : La requête présentée par M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C D A, à la préfète de l'Aube et à Me Gaffuri.

Délibéré après l'audience du 5 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Cristille, président,

M. Maleyre, premier conseiller,

M. Torrente, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 mai 2023.

Le rapporteur,

signé

P.H. MALEYRELe président,

signé

P. CRISTILLE

Le greffier,

signé

A. PICOT

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