jeudi 11 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2300923 |
| Type | Décision |
| Recours | Autorisation |
| Publication | D |
| Avocat requérant | SELARL MAINNEVRET-MALBLANC |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 27 avril 2023, Mme C A représentée par Me Malblanc demande au tribunal administratif de Châlons-en-Champagne :
1°) de suspendre l'exécution de la décision du 1er mars 2023 du président du conseil départemental de l'Aube refusant sa prise en charge ;
2°) d'enjoindre au département de l'Aube de procéder à son hébergement dans une structure adaptée à son âge et à son état psychique et de prendre en charge ses besoins alimentaires et sanitaires quotidiens et de lui enjoindre de saisir le juge des enfants ;
3°) de mettre à la charge du département de l'Aube, le somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Elle soutient que :
- elle est mineure, isolée, dépourvue de tout soutien et de moyens de subsistance et présente une grande vulnérabilité ; au regard du danger imminent auquel sa situation de jeune fille sans domicile fixe l'expose, du vide juridique où la place la décision du département et de la menace que soit prise à son encontre une obligation de quitter le territoire français, la condition d'urgence qui s'apprécie concrètement est remplie ;
- il existe un doute sérieux sur la légalité de ce refus ; le président du conseil départemental a commis une erreur manifeste d'appréciation de sa situation et de son état de minorité ; c'est à tort qu'il considère à partir des seuls résultats de l'évaluation sociale réalisée par ses propres services et qui a duré 2 heures en tout, que son apparence physique ainsi que son récit de vie ne prouveraient pas sa minorité alors qu'elle a produit un acte de naissance qui prouvant qu'elle est née le 9 octobre 2006 ; les évaluations réalisées par le conseil départemental ne peuvent aller à l'encontre d'un acte d'état civil.
- la décision du refus n'est pas suffisamment motivée dès lors que sa motivation ne reflète pas le caractère ambigu ou au moins les hésitations des rapports d'évaluation qui lui servent de fondement
Par un mémoire en défense enregistré le 8 mai 2023, le département de l'Aube représenté par La Selarl Bazin et Associés conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- à titre principal, la requête est irrecevable dès lors que s'agissant d'un mineur non émancipé, il n'a pas la capacité pour agir et la seule procédure d'urgence qui lui est ouverte à l'encontre une décision portant refus d'admission à l'aide sociale à l'enfance est celle du référé liberté ; la saisine du juge des enfants est la seule procédure de droit commun qui lui est accessible ; or, la requérante ne l'a pas saisi ;
- à titre subsidiaire, les moyens soulevés ne sont pas fondés ;
- c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation que le président du conseil départemental de l'Aube a refusé la prise en charge de Mme A au titre de l'aide sociale à l'enfance, en considérant que cette dernière était majeure et non mineure ; l'intéressée n'avait fourni aucun document d'identité au moment de sa demande ; elle a été convoquée à deux entretiens, les 24 janvier 2023 à la préfecture et le 2 février 2023 auprès des services départementaux ; le rapport d'évaluation de la minorité et de l'isolement établi le 7 février 2023 à la suite de ces entretiens a révélé que l'intéressée était majeure et non mineure ; la seule production d'une copie d'acte de naissance difficilement lisible et d'un récit de vie ne suffit pas à démontrer qu'il aurait commis une erreur manifeste d'appréciation ; aucun examen radiologique osseux de la requérante n'a été ordonné ni n'a jamais sollicité un tel examen ;
- la requérante ne justifie d'aucun risque immédiat de mise en danger de sa santé ou de sa sécurité en ce qu'elle bénéficie toujours d'un logement fourni par le centre départemental de l'enfance.
Vu :
- la requête enregistrée le 27 avril 2023 sous le n°2300922 tendant à l'annulation de la décision du président du conseil départemental de l'Aube en date du 1er mars 2023 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de l'action sociale et des familles ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président du tribunal administratif a désigné M. E pour statuer sur les demandes de référé.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 9 mai 2023 à 14h30, en présence de M. Picot, greffier d'audience :
- le rapport de M. Cristille, juge des référés ;
- les observations de Me Mainnevret, représentant Mme A ;
- et les observations de Me de Soto représentant le département de l'Aube accompagné de Mmes B et Godon ainsi que de M. D, agents du département.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 15h30.
1. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".
2. Mme A, ressortissante congolaise, indiquant être née le 9 octobre 2006, serait entrée en France le 5 janvier 2023. Elle a sollicité le 19 janvier 2023 du département de l'Aube une prise en charge au titre de l'aide sociale à l'enfance en se déclarant mineure et isolée. Elle a été mise provisoirement à l'abri. A l'issue de l'évaluation sociale réalisée par ses services, le président du conseil départemental de l'Aube lui a opposé un refus au motif qu'elle était majeure et qu'elle ne relevait pas de l'aide sociale à l'enfance en qualité de mineur non accompagné, par une décision du 1er mars 2023. Mme A demande au juge des référés du tribunal administratif de Châlons-en-Champagne, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cette décision et d'enjoindre au département de l'Aube d'une part de lui accorder le bénéfice d'une prise en charge en application de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles et d'autre part de saisir le juge des enfants.
3. Selon l'article L. 223-2 du code de l'action sociale et des familles : " Sauf si un enfant est confié au service par décision judiciaire ou s'il s'agit de prestations en espèces, aucune décision sur le principe ou les modalités de l'admission dans le service de l'aide sociale à l'enfance ne peut être prise sans l'accord écrit des représentants légaux ou du représentant légal du mineur ou du bénéficiaire lui-même s'il est mineur émancipé. / En cas d'urgence et lorsque le représentant légal du mineur est dans l'impossibilité de donner son accord, l'enfant est recueilli provisoirement par le service qui en avise immédiatement le procureur de la République. / () / Si, dans le cas prévu au deuxième alinéa du présent article, l'enfant n'a pas pu être remis à sa famille ou le représentant légal n'a pas pu ou a refusé de donner son accord dans un délai de cinq jours, le service saisit également l'autorité judiciaire en vue de l'application de l'article 375-5 du code civil () ". Aux termes de l'article 375 du code civil : " Si la santé, la sécurité ou la moralité d'un mineur non émancipé sont en danger, ou si les conditions de son éducation ou de son développement physique, affectif, intellectuel et social sont gravement compromises, des mesures d'assistance éducative peuvent être ordonnées par justice à la requête des père et mère conjointement, ou de l'un d'eux, de la personne ou du service à qui l'enfant a été confié ou du tuteur, du mineur lui-même ou du ministère public. () ". Aux termes de l'article 375-1 du même code : " Le juge des enfants est compétent, à charge d'appel, pour tout ce qui concerne l'assistance éducative () ". Aux termes de l'article 375-3 de ce code : " Si la protection de l'enfant l'exige, le juge des enfants peut décider de le confier : () 3° A un service départemental de l'aide sociale à l'enfance () " et l'article 375 - 5 dispose que : " A titre provisoire mais à charge d'appel, le juge peut, pendant l'instance, soit ordonner la remise provisoire du mineur à un centre d'accueil ou d'observation, soit prendre l'une des mesures prévues aux articles 375-3 et 375-4. / En cas d'urgence, le procureur de la République du lieu où le mineur a été trouvé a le même pouvoir, à charge de saisir dans les huit jours le juge compétent, qui maintiendra, modifiera ou rapportera la mesure () ".
4. Il résulte de ces dispositions que lorsqu'il est saisi par un mineur d'une demande d'admission à l'aide sociale à l'enfance et que le ou les représentants légaux de celui-ci ne sont pas en mesure, notamment en raison de leur éloignement géographique, de donner leur accord à cette admission, le président du conseil départemental peut seulement, au-delà de la période d'accueil provisoire de cinq jours prévue par l'article L. 223-2 du code de l'action sociale et des familles, décider de saisir l'autorité judiciaire, mais ne peut en aucun cas décider d'admettre le mineur à l'aide sociale à l'enfance sans que l'autorité judiciaire ne l'ait ordonné. Si le président du Conseil départemental refuse de saisir l'autorité judiciaire, notamment lorsqu'il estime que le jeune a atteint la majorité, celui-ci peut saisir le juge des enfants en application de l'article 375 du code civil. L'existence de cette voie de recours, par laquelle un mineur peut obtenir du juge qu'il ordonne son admission à l'aide sociale à l'enfance, y compris à titre provisoire pendant l'instance, sans que son incapacité à agir en justice ne puisse lui être opposée, rend irrecevable le recours pour excès de pouvoir devant le juge administratif contre la décision du président du Conseil général de refuser de saisir l'autorité judiciaire et la demande de suspension dont ce recours peut être assorti.
5. Par la décision en litige du 1er mars 2023, le président du conseil départemental de l'Aube a refusé la prise en charge de Mme A au titre de l'aide sociale à l'enfance au motif que l'intéressée qui ne produisait aucun document d'identité était majeure compte tenu de son apparence physique qui ne correspondaient manifestement pas à celle d'une personne âgée de 16 ans mais bien à celle d'une jeune adulte, et compte tenu également du récit de vie et du parcours migratoire tels qu'exposés par l'intéressée qui autorisaient le doute sur la crédibilité des informations ainsi données. Il résulte toutefois de ce qui a été dit au point 4 ci-dessus que l'existence de la voie de recours dont la requérante dispose devant le juge des enfants s'oppose à ce qu'elle forme devant le tribunal administratif un recours tendant à l'annulation de la décision de refus de prise en charge du président du conseil départemental. Par suite, et alors même que la minorité de l'intéressée est remise en cause par la décision attaquée et que cette décision indique qu'elle peut être contestée devant le tribunal administratif, les conclusions de la requête n° 2300922 tendant à l'annulation de cette décision ainsi que les conclusions de la requête tendant à la suspension de son exécution sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative sont irrecevables. Il s'ensuit que la présente requête, tendant à la suspension de l'exécution de cette décision sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut qu'être rejetée, en toutes ses conclusions y compris les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
O R D O N NE :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C A, au département de l'Aube, au ministre de la santé et de la prévention et à Me Mainnevret.
Fait à Châlons-en-Champagne le 11 mai 2023.
Le juge des référés,
signé
P. ELe greffier,
signé
A. PICOT
LA REPUBLIQUE MANDE ET ORDONNE
au ministre de la santé et de la prévention
EN CE QUI CONCERNE ET A TOUS COMMISSAIRES DE JUSTICE
A CE REQUIS EN CE QUI CONCERNE LES VOIES DE DROIT
COMMUN CONTRE LES PARTIES PRIVEES DE POURVOIR A
L'EXECUTION DE LA PRESENTE DECISION
pour expédition,
le greffier
A. PICOT
5
N°2300923
Tribunal Administratif de Montpellier — N° TA34-2400503
Sujet principal : Recours d'un agent public stagiaire contre le refus de sa titularisation et la prorogation de son stage. Juridiction : Tribunal Administratif de Montpellier (2ème chambre). Solution retenue : Le jugement, non intégralement reproduit, statue sur la légalité de l'arrêté de prorogation de stage et de l'arrêté refusant la titularisation. L'agent invoque notamment des vices de procédure, une erreur manifeste d'appréciation, un détournement de procédure et une violation de l'article L. 327-1 du code général de la fonction publique concernant les conditions du stage. Textes appliqués : Le code général de la fonction publique (notamment article L. 327-1) et le code de justice administrative (article L. 761-1 sur les frais irrépétibles).
08/04/2026
Tribunal Administratif de Nîmes — N° TA30-2600904
Le Tribunal Administratif de Nîmes rejette la demande de suspension d'une décision préfectorale refusant l'enregistrement d'une demande de titre de séjour. Le juge des référés estime que le courriel attaqué du 14 janvier 2026 ne constitue pas une décision faisant grief, une décision implicite de refus étant déjà née le 11 janvier 2026 suite à l'expiration du délai d'instruction. La demande est donc irrecevable au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2324985
Le Tribunal administratif de Paris a été saisi par la société Camille Fournet, qui contestait une sanction administrative pour non-respect des délais de paiement inter-entreprises. Le tribunal a rejeté la demande d'annulation, estimant que l'amende de 13 000 euros et sa publication étaient légales et proportionnées au regard des manquements constatés. La décision s'appuie sur les articles L. 441-10 et L. 441-11 du code de commerce relatifs aux délais de paiement.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Rouen — N° TA76-2505063
Le Tribunal administratif de Rouen a annulé l'arrêté préfectoral refusant un titre de séjour à une ressortissante tunisienne et prononçant une obligation de quitter le territoire. La juridiction a jugé que le préfet de la Seine-Maritime avait méconnu les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme en ne procédant pas à un examen réel et sérieux de sa situation personnelle et familiale, notamment au regard de son intégration en France. Le tribunal a enjoint au préfet de réexaminer sa demande de titre de séjour.
03/04/2026