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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2300985

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2300985

mardi 3 février 2026

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2300985
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantC.M.S. BUREAU FRANCIS LEFEBVRE

Résumé IA

La décision concerne un recours en excès de pouvoir contre un arrêté préfectoral instituant des servitudes d'utilité publique sur un site industriel pollué. Le Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne a jugé la requête de la société Fuchs Lubrifiant France irrecevable, estimant qu'elle ne justifiait pas d'un intérêt à agir pour contester l'arrêté. La juridiction s'est fondée sur les dispositions du code de l'environnement relatives aux servitudes (articles L. 515-8 à L. 515-12) et sur les règles de recevabilité du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 28 avril 2023 et 2 mai 2025, la société Fuchs Lubrifiant France, représentée par Me Plisson et Corrasco, demande au tribunal,
dans le dernier état de ses écritures :

1°) d’annuler l’arrêté du 24 février 2023 par lequel le préfet de la Marne a institué des servitudes d’utilité publique sur l’ancien site Superfinest situé à A -Champagne ;

2°) d’enjoindre au préfet de la Marne de lui communiquer l’étude environnementale réalisée par la société Fl Auto dans le cadre de sa cession d’activité ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 5 000 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
- l’arrêté méconnait les dispositions de l’article L. 515-9 du code de l’environnement ;
- il méconnaît les dispositions de l’article R. 515-31-6 du code de l’environnement ;
- l’arrêté n’est pas dirigé à l’encontre de la société Fl Auto, qui a exercé une activité de déconstruction automobile sur le site et en constitue le dernier exploitant, et qui a été mise en demeure à plusieurs reprises de se conformer aux prescriptions de l’arrêté du 2 mars 1999 ;
- l’arrêté est entaché d’une erreur de droit dès lors qu’il l’identifie comme ayant droit de la société Superfinest ;
- l’obligation de remise en état du site par l’exploitant est prescrite, dès lors que la société Superfinest a cessé de fonctionner en 1977.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 avril 2025, le préfet de la Marne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.


Par un courrier du 6 janvier 2026, les parties ont été informées, en application des dispositions de l’article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le tribunal était susceptible de relever d’office le moyen tiré de l’irrecevabilité des conclusions à fin d’annulation de l’arrêté du 24 février 2023 dès lors que la société Fuchs Lubrifiant France ne justifie d’aucun intérêt donnant qualité pour agir.


La société Fuchs Lubrifiant France a présenté des observations, qui ont été enregistrées le 12 janvier 2026 et communiquées.


Par une ordonnance du 16 avril 2025, la clôture d'instruction a été fixée au 19 mai 2025.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l’environnement ;
- le code de justice administrative.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Paggi, rapporteur,
- les conclusions de M. Torrente, rapporteur public,
- et les observations de Me Corrasco, représentant la société Fuchs Lubrifiant France.



Considérant ce qui suit :


La société Superfinest a exercé, sous le régime de l’autorisation d’installation classée pour la protection de l'environnement, une activité de régénération d’huiles sur un site sur le territoire de la commune de Mareuil-sur-A , intégrée depuis dans la commune
d’A -Champagne. Cette activité, débutée en 1954, a cessé durant l’année 1977. Par un arrêté
du 17 avril 2009, le préfet de la Marne a prescrit à la société Fuchs Lubrifiant France, en qualité d’ayant-droit de la société Superfinest, de faire réaliser une étude complémentaire relative
à la pollution issue des activités exercées par la société Superfinest sur les parcelles précitées et de mettre en place une surveillance des eaux souterraines, selon des conditions précisées dans cet acte. Le 1er avril 2022, l’inspection des installations classées de la direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement a rédigé un rapport en vue de l’instauration de servitudes d’utilité publique. Par un arrêté du 24 février 2023, le préfet de la Marne a institué des servitudes d’utilité publique sur les parcelles cadastrées G 727, 740, 741, 726, 723, 724 et 722 sur la commune d’A -Champagne visant à la préservation du site. La société Fuchs Lubrifiant France demande au tribunal d’annuler cet arrêté.



Sur la recevabilité de la requête :


Aux termes de l’article L. 515-12 du code de l’environnement : « Afin de protéger les intérêts mentionnés à l'article L. 511-1, les servitudes prévues aux articles L. 515-8
à L. 515-11 peuvent être instituées sur des terrains pollués par l'exploitation d'une installation, sur l'emprise des sites de stockage de déchets ou dans une bande de 200 mètres autour de la zone d'exploitation, ou sur l'emprise des sites d'anciennes carrières ou autour de ces sites sur des surfaces dont l'intégrité conditionne le respect de la sécurité et de la salubrité publiques ou dans le voisinage d'un site de stockage géologique de dioxyde de carbone. Ces servitudes peuvent, en outre, comporter la limitation ou l'interdiction des modifications de l'état du sol ou du sous-sol,
la limitation des usages du sol, du sous-sol et des nappes phréatiques, ainsi que la subordination de ces usages à la mise en œuvre de prescriptions particulières, et permettre la mise en oeuvre des prescriptions relatives à la surveillance du site. (…) ».


Il résulte de ces dispositions que le préfet peut instituer des servitudes d’utilité publique sur des parcelles qui peuvent présenter des dangers ou des inconvénients soit
pour la commodité du voisinage, soit pour la santé, la sécurité, la salubrité publiques, soit pour l'agriculture, soit pour la protection de la nature, de l'environnement et des paysages, soit pour l'utilisation économe des sols naturels, agricoles ou forestiers, soit pour l'utilisation rationnelle de l'énergie, soit pour la conservation des sites et des monuments ainsi que des éléments du patrimoine archéologique.


Il ressort des pièces du dossier que le préfet de la Marne a institué des servitudes d’utilité publique sur les parcelles cadastrées G727, G740, G741, G726, G723, G724 et G722 situées sur la commune d’A -Champagne. Toutefois, cet arrêté ne crée aucune obligation
à la charge de la requérante et n’entraîne aucune lésion personnelle et pertinente des intérêts
de la société Fuchs Lubrifiant France, qui n’exploite plus ce site depuis 1977 et qui n’en est pas propriétaire. Si la société se prévaut de la possibilité du propriétaire, d’un titulaire de droits réels ou de leurs ayants droit de solliciter, sur le fondement de l’article L. 515-11 du code de l’environnement, une indemnité, cette possibilité n’est pas de nature à conférer à la société un intérêt donnant qualité pour agir en raison de son caractère hypothétique, alors qu’au demeurant aucune demande d’indemnité n’a été formulée en ce sens. De plus, si la société fait état de ce qu’elle a été associée à la procédure d’édiction de l’arrêté en litige, les dispositions de l’article
R. 515-31-6 du code de l’environnement subordonnent seulement l’établissement du rapport de l’inspection des installations classées au recueil de l’avis du conseil municipal de la commune concernée et du propriétaire des parcelles. Par ailleurs, la circonstance que la société ait été associée à l’édiction de l’arrêté et que le dispositif de l’arrêté indique les voies et délais de recours n’est pas de nature à lui conférer un intérêt donnant qualité pour agir. Ainsi, faute de démontrer l’existence d’une lésion ou d’un préjudice résultant de l’édiction de l’arrêté en litige, la société Fuchs Lubrifiant France ne démontre pas l’existence d’un intérêt lui donnant qualité pour agir.



Il résulte de ce qui précède que, sans qu’il soit besoin d’examiner les moyens
de la requête, la société Fuchs Lubrifiant France n’est pas fondée à demander l’annulation de l’arrêté du 24 février 2023 par lequel le préfet de la Marne a institué des servitudes d’utilité publique sur l’ancien site Superfinest situé à A -Champagne.


D E C I D E :


Article 1er : La requête de la société Fuchs Lubrifiant France est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Fuchs Lubrifiant France et à la ministre de la transition écologique, de la biodiversité et des négociations internationales sur le climat
et de la nature.

Copie en sera adressée au préfet de la Marne.

Délibéré après l'audience du 13 janvier 2026, à laquelle siégeaient :

M. Deschamps, président,
M. Amelot, premier conseiller,
M. Paggi, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 février 2026.

Le rapporteur,
signé
F. PAGGI

Le président,
signé
A. DESCHAMPS

Le greffier,

signé

A. PICOT

La République mande et ordonne à la ministre de la transition écologique, de la biodiversité et des négociations internationales sur le climat et de la nature en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.


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