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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2301238

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2301238

jeudi 28 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2301238
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantOURIRI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 juin 2023, M. A B, représenté par Me Ouriri, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 février 2023 par lequel la préfète de l'Aube a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Aube de lui délivrer un titre de séjour ou, le cas échéant, de réexaminer sa situation, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou, à défaut, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle procède d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle est entachée d'erreur de droit au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que la préfète s'est bornée à fonder cette décision sur la seule circonstance qu'une autorisation de travail ne suffit pas pour bénéficier d'une admission exceptionnelle au séjour ;

- elle porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par voie d'exception de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;

- elle porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juillet 2023, la préfète de l'Aube, représentée par Me Ancelet, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 000 euros soit mise à la charge de M. B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 14 avril 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Rifflard, conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant arménien né en 2001, déclare être entré en France le 1er juillet 2015. Le 18 juillet 2022, il a sollicité un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 17 février 2023, la préfète de l'Aube a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné à l'issue de ce délai. Par sa requête, M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision attaquée comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Cette motivation ne présente, en l'espèce, aucun caractère stéréotypé. Ainsi, le moyen tiré d'une insuffisance de motivation doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète de l'Aube se soit abstenue de procéder à un examen particulier de la situation de M. B avant de prendre la décision contestée.

4. En troisième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de ces dispositions par un étranger, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Un demandeur qui justifie d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là-même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si cette promesse d'embauche ou ce contrat de travail, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

5. Pour refuser à M. B la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions précitées, la préfète de l'Aube a retenu, d'une part, que s'il se prévalait d'une présence en France depuis plus de sept ans, cette durée de séjour ne s'expliquait que par l'examen successif des demandes d'asile et de titres de séjour de ses parents et leur non-respect des mesures d'éloignement prises à leur encontre quand il était enfant. Elle a également relevé que l'intéressé était célibataire et sans enfant, et que sa famille, en situation irrégulière, avait vocation à repartir en Arménie. D'autre part, elle a estimé que si M. B était titulaire d'un diplôme de CAP de monteur en installations thermiques depuis le 5 juillet 2021 et produisait une demande d'autorisation de travail émanant d'une entreprise de plomberie, cette seule demande d'autorisation de travail ne suffisait pas à caractériser un motif exceptionnel d'admission au séjour alors au demeurant que l'intéressé ne démontrait pas l'impossibilité d'une réinsertion sociale en Arménie. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la préfète de l'Aube se serait bornée à rejeter sa demande d'admission exceptionnelle au séjour en se fondant sur le seul motif qu'une autorisation de travail ne permettrait pas une telle admission et se serait ainsi abstenue d'apprécier sa situation particulière. Le moyen tiré de ce que la préfète de l'Aube aurait ainsi commis une erreur de droit doit par suite être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Si M. B allègue résider en France depuis juillet 2015, soit depuis plus de sept ans à la date de la décision attaquée, il ressort des pièces du dossier qu'il est célibataire et sans enfant et est hébergé chez un tiers depuis avril 2022. S'il se prévaut de la présence en France de l'ensemble de sa famille, il ressort des mentions non contestées de l'arrêté en litige que ses parents et sa sœur majeure ont fait l'objet de décisions portant refus de séjour et obligations de quitter le territoire français, ces décisions ayant été confirmées concernant ses parents par un arrêt de la cour administrative d'appel de Nancy du 15 avril 2021, de sorte que rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue en Arménie. S'il fait également état de liens intenses d'amitiés en France, il n'en justifie pas par les éléments qu'il produit. Au surplus, l'intéressé ne justifie pas d'une intégration professionnelle par la seule production d'une demande d'autorisation de travail, ne précisant au demeurant pas la nature et les conditions de l'emploi proposé. Dans ces conditions, et en dépit de la durée de son séjour en France, il n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige porterait une atteinte disproportionnée au droit au respect à sa vie privée et familiale aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, la décision portant refus d'admission exceptionnelle du séjour n'étant, compte tenu de ce qui précède, pas entachée d'illégalité, l'exception d'illégalité de cette décision invoquée à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écartée.

9. En second lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 7 du présent jugement.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

11. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la préfète de l'Aube présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la préfète de l'Aube présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Nassira Ouriri et à la préfète de l'Aube.

Délibéré après l'audience du 14 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Mach, présidente,

M. Torrente, premier conseiller,

M. Rifflard, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 septembre 2023.

Le rapporteur,

Signé

R. RIFFLARDLa présidente,

Signé

A-S. MACH

La greffière,

Signé

A. DEFORGE

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