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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2301979

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2301979

vendredi 17 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2301979
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantSELARL MAINNEVRET-MALBLANC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 31 août 2023, Mme B C A, représentée par Me Mainnevret, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté n° BE 2023-213-003 du 1er août 2023 par lequel la préfète de l'Aube a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle serait susceptible d'être éloignée en cas d'exécution contrainte ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Aube de lui délivrer une carte de séjour temporaire ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à verser à Me Mainnevret en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

- l'arrêté contesté est entaché d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- le refus de titre de séjour méconnaît les dispositions des articles L. 422-1 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être annulée en raison l'illégalité du refus de titre de séjour sur laquelle elle se fonde ;

- elle méconnaît également les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 octobre 2023, la préfète de l'Aube conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens de celle-ci ne sont pas fondés.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 septembre 2023.

La clôture de l'instruction a été fixée au 13 octobre 2023 par une ordonnance du 4 septembre précédent.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Maleyre,

- et les observations de Me Mainnevret pour le compte de Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante sénégalaise née le 24 décembre 2002, est entrée en France le 20 septembre 2018 munie d'un titre de séjour italien. Elle a bénéficié, à compter du 19 novembre 2021, d'une autorisation provisoire de séjour valable jusqu'au 18 mai 2022 afin de lui permettre de passer son baccalauréat, dont elle n'a pas sollicité le renouvellement. Le 24 février 2023, l'intéressée a présenté une demande d'admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 1er août 2023, la préfète de l'Aube a refusé d'y faire droit, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle serait susceptible d'être éloignée en cas d'exécution contrainte. Mme A en demande l'annulation au tribunal.

2. Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "étudiant" d'une durée inférieure ou égale à un an. / En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que Mme A a, depuis le 12 juin 2023, intégré le dispositif de l'école de la deuxième chance Champagne-Ardenne lui permettant de suivre une formation alternant des périodes en centre de formation et des stages en entreprise jusqu'au 11 mars 2024 en vue de devenir assistante conductrice de travaux, après avoir obtenu en 2022 un baccalauréat professionnel spécialité technicien d'études du bâtiment option A, études et économie en 2022 puis, la même année, démarré une formation en alternance de brevet de technicien supérieur (BTS) finition, aménagement des bâtiments, conception et réalisation qu'elle n'a pu mener à son terme, faute de trouver une entreprise. Dès lors, Mme A doit être regardée comme suivant un enseignement au sens et pour l'application des dispositions précitées, l'exigence qu'il s'agisse d'études supérieures en vertu de la seconde phrase de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile valant uniquement pour déroger à l'obligation de visa de long séjour au profit des étudiants scolarisés en France depuis l'âge de seize ans. Il ressort également de ces mêmes pièces que Mme A est hébergée par une structure d'accueil à titre gracieux et perçoit, au titre de sa formation, la somme mensuelle de 528 euros. Elle doit donc être regardée comme disposant de moyens d'existence suffisants. Il en résulte que la préfète de l'Aube a entaché sa décision d'erreur d'appréciation en refusant de délivrer à l'intéressée une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant ". Par suite, cette décision doit être annulée ainsi que celles l'obligeant à quitter le territoire français et fixant le pays de destination.

4. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme A est fondée à demander l'annulation de l'arrêté de la préfète de l'Aube du 1er août 2023.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. En raison du motif qui la fonde, l'annulation de l'arrêté de la préfète de l'Aube du 1er août 2023 implique nécessairement, sauf changement des circonstances y faisant obstacle, qu'une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " soit délivrée à Mme A et, dans l'attente, que cette autorité la munisse d'une autorisation provisoire de séjour, conformément à ce que prévoient les dispositions de l'article L. 614-16 du même code. Il y a lieu d'enjoindre à la préfète d'y procéder dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

6. Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Mainnevret, avocat de Mme A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Mainnevret de la somme de 1 200 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté de la préfète de l'Aube du 1er août 2023 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète de l'Aube, sauf changement de circonstances y faisant obstacle, de délivrer à Mme A une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente, de la munir d'une autorisation provisoire de séjour valable jusqu'à ce qu'elle soit titulaire de cette carte.

Article 3 : L'Etat versera à Me Mainnevret une somme de 1 200 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Mainnevret renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C A, à la préfète de l'Aube et à Me Romain Mainnevret.

Délibéré après l'audience du 27 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Deschamps, président,

M. Maleyre, premier conseiller,

M. Henriot, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 novembre 2023.

Le rapporteur,

Signé

P-H. MALEYRELe président,

Signé

A. DESCHAMPSLa greffière,

Signé

I. ROLLAND

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