vendredi 17 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2302586 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge unique - Eloignement |
| Avocat requérant | GABON |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête et des pièces, enregistrées sous le n° 2302586, les 12 et
16 novembre 2023, M. A B, représenté par Me Gabon, demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 10 novembre 2023 par lequel le préfet de la Marne a pris à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai et une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trente-six mois ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Marne de lui délivrer un titre de séjour, à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté a été pris par une autorité incompétente ;
- il est insuffisamment motivé ;
- le préfet n'a pas procédé à l'examen particulier de sa situation personnelle ;
- aucun formulaire ne lui a été remis pour l'informer de ses droits et il n'a pas été accompagné d'un interprète qualifié ou d'une personne de son choix, en méconnaissance des articles R. 141-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'arrêté attaqué a été pris en méconnaissance de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et de l'article L. 613-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il n'a pas reçu l'information prévue par les articles L. 613-3 et L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il justifie qu'il répond aux conditions pour bénéficier d'un titre de séjour de plein droit en application de l'article 6 de l'accord franco-algérien, de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'interdiction de retour méconnait les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- en fixant le pays de destination comme étant son pays d'origine, l'arrêté méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; l'arrêté ne mentionne, en outre, pas explicitement le pays vers lequel il doit être renvoyé.
Des pièces ont été produites par le préfet de la Marne le 15 novembre 2023.
II. Par une requête, enregistrée sous le n° 2302587 le 12 novembre 2023, M. A B, représenté par Me Gabon, demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 10 novembre 2023 par lequel le préfet de la Marne a ordonné son assignation à résidence dans le département de la Marne pour une durée de 45 jours ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté est entaché d'un vice de compétence ;
- il est insuffisamment motivé et est entaché d'un défaut d'examen particulier ;
- il méconnaît son droit d'être entendu ;
- il méconnaît les dispositions de l'article R. 732-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en l'absence d'information sur ses droits et en l'absence d'interprète ;
- il méconnaît l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
Des pièces ont été produites par le préfet de la Marne le 15 novembre 2023.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Lambing pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 732-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Lambing, magistrate désignée,
- les observations de Me Gabon, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que les requêtes par les mêmes moyens ; elle soutient, en outre, qu'il est arrivé en France en 2016 alors mineur, qu'il vit depuis plusieurs années avec une compagne de nationalité française tel que cela ressort de deux procès-verbaux d'audition, que sa situation familiale n'a pas été examinée par le préfet, que le préfet n'a pas fait application de l'accord franco-algérien ; sur l'assignation à résidence, il est excipé de l'illégalité de la mesure d'éloignement, il ne réside pas à Châlons-en-Champagne mais a seulement bénéficié de l'assistance du foyer dans ses démarches administratives, que ce n'est pas contesté qu'il vit à Reims.
Considérant ce qui suit :
Sur le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard aux circonstances de l'espèce et à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la demande du requérant, il y a lieu de lui accorder à titre provisoire le bénéfice de l'aide juridictionnelle.
2. Les requêtes enregistrées sous les n°s 2302586 et 2302587 concernent le même requérant, présentent à juger des questions communes et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un même jugement.
3. M. B, ressortissant algérien né en 1999, est entré en France en juillet 2016. Il a fait l'objet de trois mesures d'éloignement les 8 décembre 2017, 21 juillet 2020 et
24 février 2022 auxquelles il n'a pas déféré. Il a été pris en charge par les services de police de Reims le 10 novembre 2023 dans le cadre de la vérification de son droit au séjour. Par arrêté du 10 novembre 2023, le préfet de la Marne a pris à nouveau à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai assortie d'une interdiction de retour d'une durée de trente-six mois. L'intéressé a été assigné à résidence dans le département de la Marne pour une durée de 45 jours par un second arrêté du 10 novembre 2023. M. B demande au tribunal l'annulation des deux arrêtés du 10 novembre 2023.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai et interdiction de retour :
4. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que la préfète a notamment considéré que M. B était célibataire et sans charge de famille en France. Toutefois, le requérant soutient, sans être contredit, ni par le préfet, ni par les pièces ayant servi de base à sa décision, avoir déclaré, lors de son interpellation du 24 février 2022, avoir une relation amoureuse depuis deux ans et ne pas souhaiter quitter la France en raison de cette relation. Lors de sa dernière audition du 10 novembre 2023, M. B s'est déclaré comme vivant en concubinage et a donné l'identité de sa compagne. L'intéressé a précisé être marié religieusement mais non civilement avec cette personne de nationalité française. En ne prenant pas en considération ces circonstances et en lui opposant sa situation de célibat pour justifier son absence d'intégration sociale et familiale en France, le préfet doit être regardé comme ayant entaché sa décision d'un défaut d'examen réel et sérieux de la situation du requérant.
5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens, que l'arrêté du 10 novembre 2023 par lequel le préfet de la Marne a obligé M. B à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 36 mois doit être annulé.
En ce qui concerne la décision d'assignation à résidence :
6. Eu égard à ce qui précède, le requérant est fondé à demander l'annulation de la mesure d'assignation à résidence prise à son encontre.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
7. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution, dès lors que le requérant n'a pas sollicité de titre de séjour. Par suite, ses conclusions aux fins d'injonction doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
8. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Gabon, avocate de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Gabon de la somme de
1 200 euros.
D E C I D E :
Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Les arrêtés du préfet de la Marne du 10 novembre 2023 sont annulés.
Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 200 euros à Me Gabon, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du
10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Gabon renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 4 : Le surplus des conclusions des requêtes de M. B est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Aurélie Gabon et au préfet de la Marne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 novembre 2023.
La magistrate désignéeLa greffière,
S. LAMBINGI. DELABORDE
N°s 2302586 et 2302587
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026