mardi 23 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2400112 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge unique - Eloignement |
| Avocat requérant | ANTON-ROMANKOW |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée 18 janvier 2024, M. A B, représenté
par Me Anton-Romankow, demande au tribunal d'annuler les arrêtés du 27 décembre 2023
par lesquels la préfète de la région Grand Est, préfète du Bas-Rhin a prononcé son transfert
aux autorités espagnoles et l'a assigné à résidence dans le département de la Marne pour une durée de 45 jours.
Par un mémoire en défense enregistré le 22 janvier 2024, la préfète de la région Grand Est, préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Torrente, premier conseiller, pour statuer
sur les litiges visés à l'article L. 572-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Torrente, magistrat désigné,
- les observations de Me Anton-Romankow, représentant M. B, qui reprend
les conclusions développés dans les écritures de ce dernier et ajoute que les décisions attaquées sont insuffisamment motivées ; que la sœur du requérant est présente en France où elle bénéficie du statut de réfugié et a déposé une demande de titre de séjour, que celui-ci ignorait être en possession
d'un visa délivré par les autorités espagnoles, qu'il est venu en France pour rejoindre sa sœur
et qu'il n'a aucun lien en Espagne ; que la décision de transfert méconnaît les stipulations
de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ; que la décision portant assignation à résidence n'est pas justifiée ;
- et les observations de M. B, assisté de Mme C, interprète en langue anglaise, qui indique ne pas vouloir retourner en Espagne, pays où il ne connaît personne,
dans lequel il ne dispose d'aucun papier et qui le renverra certainement vers son pays d'origine
où il craint pour sa vie alors que sa sœur vit à Reims où elle dispose d'un logement.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à laquelle la préfète
du Bas-Rhin n'était ni présente ni représentée.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant de nationalité nigérienne né le 5 mai 1988, est entré en France le 26 septembre 2023, selon ses déclarations, où il y a déposé une demande d'asile enregistrée le 16 octobre 2023. La consultation des données du fichier VIS lors de l'instruction
de cette demande a révélé que l'intéressé était en possession d'un visa délivré par les autorités espagnoles en cours de validité au moment du dépôt de sa demande. Ces autorités, saisies d'une demande de prise en charge, ont donné explicitement leur accord le 14 novembre 2023. Par
des arrêtés du 27 décembre 2023, dont M. B demande l'annulation, la préfète de la région Grand Est, préfète du Bas-Rhin a ordonné son transfert aux autorités espagnoles et l'a assigné à résidence dans le département de la Marne pour une durée de 45 jours.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes des dispositions de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".
3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur la décision de transfert :
4. En premier lieu, l'arrêté contesté comporte l'ensemble des considérations de droit
et de fait qui en constituent le fondement. Cet arrêté est, par suite, suffisamment motivé.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 7 du règlement (UE) n° 604-2013
du 26 juin 2013 : " () 2. La détermination de l'État membre responsable en application des critères énoncés dans le présent chapitre se fait sur la base de la situation qui existait au moment où le demandeur a introduit sa demande de protection internationale pour la première fois auprès d'un État membre. () ". En vertu de l'article 12 du même règlement : " () 2. Si le demandeur est titulaire d'un visa en cours de validité, l'État membre qui l'a délivré est responsable de l'examen de la demande de protection internationale, sauf si ce visa a été délivré au nom d'un autre État membre en vertu d'un accord de représentation prévu à l'article 8 du règlement (CE) n°810/2009 du Parlement européen et du Conseil du 13 juillet 2009 établissant un code communautaire des visas. Dans ce cas, l'État membre représenté est responsable de l'examen de la demande de protection internationale. ".
6. Il ressort des pièces du dossier, notamment de l'extrait du fichier VIS produit par l'administration, que M. B était titulaire d'un visa délivré par les autorités espagnoles
le 21 août 2023 valable du 22 août au 19 novembre 2023, lequel était, dès lors, encore en cours
de validité à la date à laquelle l'intéressé a introduit sa demande d'asile en France. Si l'intéressé soutient qu'il n'avait pas connaissance de l'existence de ce visa lorsqu'il est entré sur le territoire français et qu'il n'est pas passé par l'Espagne, ces circonstances sont sans incidence sur la légalité
de la décision contestée. Ce moyen doit, par suite, être écarté.
7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits
de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Selon l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. () ". Il résulte de ces dispositions que si le préfet peut refuser l'admission au séjour d'un demandeur d'asile au motif que la responsabilité de l'examen
de cette demande relève de la compétence d'un autre Etat membre, il n'est pas tenu de le faire et peut autoriser une telle admission au séjour en vue de permettre l'examen d'une demande d'asile présentée en France.
8. D'une part, il ressort des pièces du dossier que la présence de l'intéressé en France est récente. Il est célibataire et sans charge de famille. S'il soutient qu'il ne connaît personne en Espagne et se prévaut de la présence sur le territoire français de sa sœur qui s'est vue reconnaître le statut
de réfugié, il ne produit aucun élément de nature à démontrer l'intensité de la relation
qu'il entretiendrait avec cette dernière, laquelle indique résider en France depuis 2019 dans l'attestation établie par cette dernière le 18 janvier 2024, alors, au demeurant, qu'il résulte
des propres déclarations de l'intéressé à l'occasion de l'entretien individuel qui s'est tenu
le 16 octobre 2023 à la préfecture de la Marne qu'il ne savait pas où celle-ci vivait, ni sa date
de naissance. Ainsi, le requérant ne justifie pas que l'arrêté attaqué porte une atteinte
disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale en France.
9. D'autre part, si l'intéressé soutient qu'il craint d'être renvoyé dans son pays d'origine par les autorités espagnoles, il ne fait état d'aucune circonstance précise de nature à établir
que son transfert aux autorités de ce pays ne permettrait pas un examen effectif de sa demande d'asile, alors que l'Espagne est partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut de réfugié qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi qu'à la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.
10. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la préfète de la région Grand Est, préfète du Bas-Rhin a commis une erreur manifeste d'appréciation en ne faisant pas usage de la faculté prévue par les dispositions de l'article 17 du règlement n° 604/2013 précitées ni qu'elle a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Ces moyens doivent, par suite, être écartés.
Sur l'assignation à résidence :
11. En premier lieu, l'arrêté attaqué mentionne l'article L. 751-2 du code de l'entrée
et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indique que l'intéressé ne dispose pas des moyens
lui permettant de se rendre en Espagne, qu'il n'a pas la possibilité d'acquérir légalement ces moyens et que son transfert aux autorités de ce pays demeure une perspective raisonnable. Ainsi, cet arrêté énonce l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde et est, par suite, suffisamment motivé.
12. En second lieu, aux termes de l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour
des étrangers : " () L'étranger faisant l'objet d'une décision de transfert peut également être assigné à résidence en application du présent article, même s'il n'était pas assigné à résidence lorsque la décision de transfert lui a été notifiée. () ".
13. En se bornant à soutenir que la décision par laquelle la préfète de la région Grand Est, préfète du Bas-Rhin l'a assigné à résidence dans le département de la Marne pour une durée
de 45 jours n'est pas justifiée, M. B n'assortit pas ce moyen des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.
14. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés du 27 décembre 2023 par lesquels la préfète de la région Grand Est, préfète du Bas-Rhin a prononcé son transfert aux autorités espagnoles et l'a assigné à résidence
dans le département de la Marne pour une durée de 45 jours. Sa requête doit ainsi être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : M. B est admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. B est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B et à la préfète de la région Grand Est, préfète du Bas-Rhin.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 janvier 2023.
Le magistrat désigné,
V. TORRENTE
Le greffier,
A. PICOT
No 2400112
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026