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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2402488

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2402488

lundi 28 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2402488
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSELARL D4 AVOCATS ASSOCIES

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Châlons-en-Champagne, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l'arrêté du maire de Charleville-Mézières du 22 mai 2024 s'opposant à la déclaration préalable de la SAS Free Mobile pour l'installation d'une antenne-relais. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, la société ne démontrant pas un préjudice suffisamment grave et immédiat, notamment au regard de l'absence de preuve d'une couverture insuffisante du territoire communal par ses réseaux. La solution retenue est le rejet de la requête, sans qu'il soit nécessaire d'examiner l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision. Les textes appliqués sont l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 3 et 16 octobre 2024, la société par actions simplifiée (SAS) Free Mobile, représentée par Me Martin, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 22 mai 2024, par lequel le maire de Charleville-Mézières s'est opposé, au nom de la commune, à la déclaration préalable déposée le 25 avril 2024 en vue de la réalisation d'une antenne-relais de radiotéléphonie mobile sur un terrain situé 19 avenue de Montcy-Notre-Dame ;

2°) d'enjoindre au maire de Charleville-Mézières, pour le cas où l'existence d'une décision tacite de non opposition ne serait pas admise, à titre principal de lui délivrer une décision de non-opposition dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance et sous une astreinte de 500 euros par jour de retard, et, à titre subsidiaire, de prendre après réexamen une nouvelle décision dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Charleville-Mézières une somme de 5000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie, eu égard à l'intérêt public qui s'attache à la couverture du territoire national par les réseaux de téléphonie mobile, à ses intérêts propres qui découlent des engagements qu'elle a pris vis-à-vis de l'Etat quant à la couverture du territoire par ses réseaux, et à la circonstance que le territoire de la commune de Charleville-Mézières n'est que partiellement couvert par ses réseaux de téléphonie mobile ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté contesté ;

- l'arrêté a été pris par une autorité incompétente ;

- l'arrêté attaqué, notifié le 27 mai 2024, à une date postérieure à la date de naissance de la décision tacite de non-opposition ici intervenue le 25 mai 2024, constitue une décision de retrait de cette décision tacite de non-opposition, qui aurait dû être précédée de la mise en œuvre de la procédure contradictoire régie par les dispositions des articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration, et qui ne l'a pas été ;

- l'arrêté attaqué a retenu à tort une méconnaissance de l'article UC 11 du plan local d'urbanisme, l'antenne-relais en litige n'étant pas de nature à porter atteinte au caractère du site ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 octobre 2024, la commune de Charleville-Mézières, représentée par la SELARL D4 Avocats associés, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la SAS Free Mobile au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient qu'il n'y a ni urgence à suspendre, ni doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête, enregistrée sous le n° 2401837, tendant à l'annulation de l'arrêté attaqué.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif a désigné M. A pour exercer les fonctions de juge des référés prévues au livre V du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 17 octobre 2024 à 14 heures, tenue en présence de Mme Deforge, greffière d'audience, M. A a lu son rapport et entendu les observations de Me Brunstein-Compard, substituant Me Martin, représentant la SAS Free Mobile, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens, et les observations de Me Grail, représentant la commune de Charleville-Mézières, qui confirme ses écritures.

L'instruction a été close à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. / () ".

2. La SAS Free Mobile a déposé le 25 avril 2024 une déclaration préalable en vue de la réalisation d'une antenne-relais de radiotéléphonie mobile sur un terrain situé 19 avenue de Montcy-Notre-Dame. Par un arrêté du 22 mai 2024, notifié le 27 mai 2024, le maire de Charleville-Mézières s'est opposé, au nom de la commune, à cette déclaration préalable. La SAS Free Mobile demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cet arrêté.

3. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision administrative contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il en va ainsi, alors même que cette décision n'aurait un objet ou des répercussions que purement financiers et que, en cas d'annulation, ses effets pourraient être effacés par une réparation pécuniaire. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

4. Pour justifier de l'urgence, la SAS Free Mobile fait valoir que la zone concernée par l'implantation de l'antenne-relais de radiotéléphonie mobile en litige n'est que partiellement couverte par ses réseaux de téléphonie mobile actuellement en place. Elle produit à cet effet des cartes de couverture, tant au niveau du réseau 3G que du réseau 4G, montrant dans les deux cas l'existence de parties non couvertes ainsi qu'une amélioration de la couverture dans l'hypothèse de l'installation de l'antenne. De telles cartes, dont rien ne permet de considérer qu'il s'agirait de faux, sont plus précises que la carte établie par l'Autorité de régulation des communications électroniques, ainsi que la carte figurant sur le site internet de la SAS Free Mobile, qui sont mises en avant en défense et laissent quant à elles apparaître une couverture totale de la zone en cause. Leur pertinence ne saurait par ailleurs pas être regardée comme remise en cause par la seule présence de quatre antennes déjà existantes à moins d'1,2 km du terrain d'assiette du projet, la délimitation et l'intensité d'une couverture réseau ne dépendant pas uniquement de la distance mais étant également affectée par la configuration des lieux et le nombre d'utilisateurs. Dans ces conditions, la couverture partielle de la zone en litige doit être regardée comme établie.

5. Eu égard à l'intérêt public qui s'attache à la couverture du territoire national par les réseaux de téléphonie mobile, aux intérêts propres de la SAS Free Mobile qui a pris des engagements vis-à-vis de l'Etat quant à la couverture du territoire par ses réseaux et à cette couverture partielle de la zone en litige, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie. Compte-tenu d'une telle coexistence entre intérêt public et intérêts propres, la circonstance, invoquée par la commune de Charleville-Mézières, que la société requérante n'a saisi le juge des référés que le 3 octobre 2024 alors que la requête au fond avait été enregistrée le 22 juillet 2024, n'est pas dans les circonstances de l'espèce de nature à priver d'urgence la suspension demandée.

6. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte, en l'absence de production en défense de toute délégation régulièrement publiée, ainsi que ceux tirés du défaut de mise en œuvre de la procédure contradictoire régie par les dispositions des articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration, et de l'inexacte application de l'article UC 11 du plan local d'urbanisme, sont de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué.

7. Il résulte de tout ce qui précède que l'ensemble des conditions posées à l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant rempli, la SAS Free Mobile est fondée à demander la suspension de l'exécution de l'arrêté du 22 mai 2024, par lequel le maire de Charleville-Mézières s'est opposé, au nom de la commune, à la déclaration préalable déposée le 25 avril 2024 en vue de la réalisation d'une antenne-relais de radiotéléphonie mobile sur un terrain situé 19 avenue de Montcy-Notre-Dame.

8. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. () ". En vertu de ces dispositions, il appartient au juge des référés, qu'il soit saisi ou non de conclusions à cette fin, d'assortir la suspension des obligations provisoires qui en découleront pour l'administration.

9. En l'espèce, il y a lieu d'enjoindre au maire de Charleville-Mézières de délivrer à titre provisoire à la SAS Free Mobile, dans l'attente de l'intervention du jugement au fond, une décision de non-opposition à la déclaration préalable déposée le 25 avril 2024, dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir l'injonction susmentionnée d'une astreinte.

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Charleville-Mézières une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Les mêmes dispositions font obstacle à ce qu'une somme soit mise à ce titre à la charge de la requérante qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de l'arrêté du 22 mai 2024, par lequel le maire de Charleville-Mézières s'est opposé, au nom de la commune, à la déclaration préalable déposée par la SAS Free Mobile le 25 avril 2024 en vue de la réalisation d'une antenne-relais de radiotéléphonie mobile sur un terrain situé 19 avenue de Montcy-Notre-Dame, est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au maire de Charleville-Mézières de délivrer à titre provisoire à la SAS Free Mobile, dans l'attente de l'intervention du jugement au fond, une décision de non-opposition à la déclaration préalable déposée le 25 avril 2024, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : La commune de Charleville-Mézières versera à la SAS Free Mobile une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à la SAS Free Mobile et à la commune de Charleville-Mézières.

Fait à Châlons-en-Champagne, le 28 octobre 2024.

Le juge des référés

Signé

B. A

La République mande et ordonne au préfet des Ardennes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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