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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2501988

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2501988

vendredi 31 octobre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2501988
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantSELARL MAINNEVRET-MALBLANC

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne a examiné le recours pour excès de pouvoir de M. B..., ressortissant iranien, contre un arrêté préfectoral du 2 juin 2025 l'obligeant à quitter le territoire français. Le requérant invoquait notamment une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers, en raison de sa vie familiale avec sa concubine et ses enfants. Le tribunal a rejeté la requête, jugeant que les liens personnels et familiaux de M. B... n'étaient pas suffisamment anciens et stables pour justifier un droit au séjour, et que l'arrêté préfectoral n'était entaché d'aucune erreur manifeste d'appréciation. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que sur la Convention européenne des droits de l'homme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 juin 2025, M. C... B..., représenté par Me Mainnevret, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 2 juin 2025 par lequel le préfet de la Marne l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé le pays de destination de son éloignement et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de 12 mois ;

2°) d’enjoindre au préfet de la Marne de lui délivrer un titre de séjour et, dans l’attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 200 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative, à verser à Me Mainnevret en application des dispositions de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique.

Il soutient que :
la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d’un défaut d’examen de sa situation personnelle au titre de l’article L. 613-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
elle est entachée d’une erreur de fait en se bornant à relever que ses liens personnels et familiaux sont insuffisamment anciens et stables ;
elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation ;
elle méconnait les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
elle méconnaît les stipulations des articles 3-1 et 9 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
la décision fixant le pays de renvoi méconnait les stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d’une erreur d’appréciation et est disproportionnée.

La requête a été communiquée au préfet de la Marne qui n’a pas produit d’observations.


Par une ordonnance du 4 septembre 2025, la clôture de l’instruction a été fixée au 25 septembre 2025.


M. B... a été admis au bénéficie de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 5 septembre 2025.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
le code des relations entre le public et l’administration ;
la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de M. Amelot, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n’étant ni présentes ni représentées.



Considérant ce qui suit :


1. M. B..., ressortissant iranien né le 13 janvier 1982, est entré sur le territoire français le 26 janvier 2011. Sa demande d’asile présentée le 19 janvier 2012 a été rejetée tant par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), par une décision du 17 octobre 2012, que par la Cour nationale du droit d’asile (CNDA), par une décision du 2 octobre 2013. Sa demande de réexamen de sa demande d’asile présentée par l’intéressé le 5 mars 2015 a été rejetée par l’OFPRA, par une décision du 21 mai 2015, et par la CNDA par une décision, du 10 décembre 2015. La deuxième demande de réexamen de sa demande d’asile présentée par M. B... le 25 octobre 2022 a été rejetée par l’OFPRA, par une décision du 30 novembre 2023. Par un arrêté du 2 juin 2025, le préfet de la Marne l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé le pays de destination de son éloignement et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de 12 mois. Par sa requête, M. B... demande l’annulation de l’arrêté du 2 juin 2025.

Sur les conclusions à fin d’annulation :


2. Aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d’autrui ». Aux termes de l’article L. 423-7 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile dispose que : « L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ». Aux termes de l’article 371-2 du code civil : « Chacun des parents contribue à l’entretien et à l’éducation des enfants à proportion de ses ressources, de celles de l’autre parent, ainsi que des besoins de l’enfant. (…) ».


3. Il ressort des pièces du dossier que M. B... est entré en France le 26 janvier 2011, qu’il est hébergé à Reims depuis le 10 octobre 2016 au domicile de sa concubine, Mme A... D..., ressortissante française, et que de cette relation est née, le 14 octobre 2019, Anahita D... B..., de nationalité française. Dans ces circonstances, le préfet de la Marne a méconnu les stipulations précitées de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Par suite, M. B... est fondé à soutenir que cette décision doit être annulée ainsi que, par voie de conséquence, la décision fixant le pays de destination et celle portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de douze mois.


4. Il résulte de tout ce qui précède que l’arrêté du préfet de la Marne du 2 juin 2025 doit être annulé, sans qu’il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête.



Sur les conclusions à fin d’injonction :


5. Aux termes de l’article L. 614-16 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. »


6. Au regard du motif d’annulation retenu, il y a lieu d’enjoindre au préfet de la Marne de réexaminer la situation de M. B... dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. En outre, il y a lieu de lui enjoindre de délivrer sans délai à l’intéressé une autorisation provisoire de séjour, dans l’attente de ce réexamen, en application des dispositions précitées de l’article L. 614-16 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.



Sur les frais liés au litige :


M. B... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale en application des dispositions de l’article L. 761 1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique. Dans les circonstances de l’espèce, et sous réserve que son conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État, il y a lieu de faire application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l’État le versement à Me Mainnevret d’une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.







D E C I D E :







Article 1er : L’arrêté du préfet de la Marne du 2 juin 2025 est annulé.


Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Marne de réexaminer la situation de M. B... dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, sans délai, une autorisation provisoire de séjour valable le temps de cet examen.


Article 3 : L’État versera à Me Mainnevret la somme de 1 200 euros, au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve que Me Mainnevret renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C... B..., à Me Romain Mainnevret et au préfet de la Marne.


Copie en sera adressée au ministre de l’intérieur.


Délibéré après l’audience du 10 octobre 2025, à laquelle siégeaient :

M. Deschamps, président,
M. Amelot, premier conseiller,
M. Paggi, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2025.

Le rapporteur,


signé


F. AMELOTLe président,


signé


A. DESCHAMPS

Le greffier,


signé


A. PICOT


La République mande et ordonne au préfet de la Marne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.


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