Le Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne, statuant en juge unique sur un recours pour excès de pouvoir, a annulé la décision du 19 novembre 2025 par laquelle le directeur territorial de l’OFII de Reims avait mis fin aux conditions matérielles d’accueil de M. B..., un demandeur d’asile érythréen. Le tribunal a retenu le moyen tiré de la méconnaissance de l’article L. 551-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, constatant que l’OFII n’avait pas démontré avoir informé le requérant, dans une langue comprise, des conditions et modalités de cessation de ces conditions matérielles d’accueil. En conséquence, il a enjoint à l’OFII de rétablir les droits de M. B... dans un délai de quinze jours, sous astreinte de 100 euros par jour de retard.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 2 décembre 2025, M. A... B..., représenté par Me Camus, demande au tribunal :
1°) de l’admettre provisoirement au bénéfice de l’aide juridictionnelle ;
2°) d’annuler la décision du 19 novembre 2025 du directeur territorial de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) de Reims mettant fin au bénéfice de ses conditions matérielles d’accueil ;
3°) d’enjoindre à l’OFII de lui rétablir les droits aux conditions matérielles d’accueil, notamment le droit au versement de l’allocation pour demandeur d’asile, dans un délai de quinze jours, à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;
4°) à titre subsidiaire, d’enjoindre à l’OFII de réexaminer sa situation, dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;
5°) de mettre à la charge de l’OFII le versement de la somme de 800 euros à Me Camus en application de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique, sous réserve du renoncement de cette dernière à percevoir la part contributive de l’Etat allouée au titre de l’aide juridictionnelle et, dans l’hypothèse où il ne se verrait pas accorder l’aide juridictionnelle, l’OFII lui versera la somme de 800 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d’un vice de procédure tiré du non-respect de la procédure contradictoire, en méconnaissance des dispositions de l’article L. 551-16 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile dès lors qu’il n’a pas été en mesure de présenter ses observations avant l’édiction de la décision attaquée ;
- elle est entachée d’un autre vice de procédure tiré de l’absence d’entretien personnel permettant d’évaluer sa vulnérabilité en méconnaissance des dispositions de l’article L. 522-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile dès lors qu’en l’espèce, il n’est pas démontré qu’il a pu bénéficier de cet entretien d’évaluation de vulnérabilité ;
- elle a méconnu les dispositions de l’article L. 551-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile dès lors qu’il n’a pas été informé des conditions et des modalités de cessation des conditions matérielles d’accueil ;
- il n’a pas été informé du rendez-vous à la structure de premier accueil des demandeurs d’asile (SPADA) du fait qu’il s’est fait voler son portable ;
- la décision attaquée a méconnu les dispositions de l’article L. 551-15 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle et sa vulnérabilité dès lors qu’il ne bénéficie d’aucun logement et ne perçoit plus l’allocation de demandeur d’asile, seul moyen de subsistance.
La requête a été communiquée à l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) de Reims, qui n’a pas produit de mémoire en défense.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Babski, vice-président, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les dispositions du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Le rapport de M. Babski, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n’étant ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. A... B..., ressortissant érythréen né le 23 février 1999, a sollicité l’asile en France le 15 octobre 2025. Par une décision du 19 novembre 2025, dont il demande l’annulation, le directeur territorial de l’OFII a mis totalement fin à ses conditions matérielles d’accueil, sur le fondement des dispositions des articles L. 551-16 et D. 551-18 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, du fait qu’il s’était abstenu de se rendre à un rendez-vous SPADA afin de prendre connaissance de son orientation.
Sur la demande d’admission provisoire à l’aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide
juridique : « Dans les cas d’urgence (…) l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d’aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ».
3. En raison de l’urgence résultant de l’application des dispositions de l’article L. 922-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, il y a lieu d’admettre M. B... au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire, sur le fondement des dispositions précitées.
Sur les conclusions aux fins d’annulation de la décision du 19 novembre 2025 :
4. Aux termes de l’article L. 551-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Le demandeur est informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut lui être refusé ou qu'il peut y être mis fin dans les conditions et selon les modalités prévues aux articles L. 551-15 et L. 551-16 ».
5. En l’espèce, M. B... soutient, sans être contredit, à défaut de mémoire en défense produit par l’OFII, qu’il n’a pas été informé des conditions et des modalités de cessation des conditions matérielles d’accueil. Or, il ne ressort d’aucune pièce du dossier que l’intéressé ait effectivement reçu cette information, prévue par les dispositions précitées. Il s’ensuit que le requérant est fondé à soutenir que la décision en litige est entachée d’un vice de procédure. Cette irrégularité l’ayant privé d’une garantie, M. B... est fondé à demander l’annulation de la décision du 19 novembre 2025 en litige pour ce motif.
6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens de la requête, que M. B... est fondé à demander l’annulation de la décision du 19 novembre 2025 portant cessation totale de ses conditions matérielles d’accueil.
Sur les conclusions aux fins d’injonction sous astreinte :
7. L’exécution du présent jugement implique seulement que l’OFII procède à un nouvel examen de la situation de M. B... au regard de ses droits au bénéfice des conditions matérielles d’accueil. Il y a donc lieu, dans les circonstances de l’espèce, d’enjoindre à l’OFII de procéder à un réexamen de la situation de M. B... au regard de ses droits au bénéfice des conditions matérielles d’accueil, dans un délai d’un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n’y a pas lieu d’assortir cette injonction d’une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
8. M. B... étant admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, sous réserve de l’admission définitive de l’intéressé à l’aide juridictionnelle et sous réserve que son conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat, de mettre à la charge de l’OFII le versement à Me Camus de la somme de 800 euros. En cas de rejet de sa demande d’aide juridictionnelle, l’OFII versera cette somme à M. B....
D E C I D E :
Article 1er : M. B... est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l’aide juridictionnelle.
Article 2 : La décision du 19 novembre 2025 du directeur territorial de l’Office français de l’immigration et de l’intégration de Reims, portant cessation totale des conditions matérielles d’accueil de M. B..., est annulée.
Article 3 : Il est enjoint à l’Office français de l’immigration et de l’intégration de procéder à un nouvel examen de la situation de M. B..., au regard de ses droits au bénéfice des conditions matérielles d’accueil, dans un délai d’un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : L’Office français de l’immigration et de l’intégration versera à Me Camus, avocate de M. B..., une somme de 800 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que le requérant soit admis définitivement à l’aide juridictionnelle et que son conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat au titre de l’aide juridictionnelle. En cas de rejet de la demande d’aide juridictionnelle de M. B..., l’Office français de l’immigration et de l’intégration versera directement cette somme à M. B....
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B..., à l’Office français de l’immigration et de l’intégration et à Me Coralie Camus.
Copie en sera adressée, pour information, au ministre de l’intérieur et au directeur territorial de l’Office français de l’immigration et de l’intégration de Reims.
Rendu public par mise à disposition au greffe du tribunal le 19 décembre 2025.
Le magistrat désigné
Signé
D. BABSKI
La greffière,
Signé
S. VICENTE
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.