Le Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de la sanction d’exclusion temporaire de fonctions pour deux ans infligée à M. A..., ingénieur principal de la ville de Reims. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, la perte de revenus étant inhérente à ce type de sanction et le requérant n’établissant pas de circonstances particulières la caractérisant. En conséquence, la requête a été rejetée, y compris les conclusions aux fins d’injonction et celles présentées au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 13 mai 2026, M. B... A..., représenté par Me Braconnier, demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre les effets de la décision du 21 avril 2026 par laquelle le maire de Reims a prononcé à son encontre la sanction disciplinaire d’exclusion temporaire de fonctions pour une durée de deux ans ;
2°) d’enjoindre au maire de Reims de le réintégrer dans ses fonctions dans un délai de quinze jours suivant l’ordonnance à intervenir, de reconstituer sa carrière et de reprendre le versement de son traitement, y compris les primes et accessoires que lui ouvrent son grade et ses fonctions ;
3°) et de mettre à la charge de la ville de Reims la somme de 5 000 euros sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d’urgence est satisfaite dès lors que la sanction prononcée conduira à la perte de l’ensemble de ses revenus alors qu’il a deux enfants à charge ;
- il existe plusieurs moyens propres à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
la décision attaquée méconnait l’ordonnance de référé du 16 avril 2026 ;
le conseil de discipline était irrégulièrement composé ;
l’enquête administrative n’a pas respecté le principe d’impartialité ;
les droits de la défense ont été méconnus ;
le recours au télétravail à temps complet avant la mesure de suspension constitue une sanction disciplinaire déguisée ;
la prolongation de la mesure de suspension au-delà du délai de quatre mois constitue également une sanction disciplinaire déguisée ;
les faits reprochés ne sont pas établis ;
les faits ne sont pas constitutifs de fautes disciplinaires ;
la sanction est disproportionnée.
Par un mémoire en défense enregistré le 28 mai 2026, la ville de Reims, représentée par Me Creveaux, conclut au rejet de la requête et à ce qu’il soit mis à la charge de M. A... la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que l’urgence n’est pas caractérisée et que les moyens de la requête ne sont pas de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.
Vu la requête enregistrée le 13 mai 2026 sous le n°2601713 par laquelle M. B... A..., représenté par Me Braconnier, demande au tribunal d’annuler la décision du 21 avril 2026 par laquelle le maire de Reims a prononcé à son encontre la sanction disciplinaire d’exclusion temporaire de fonctions pour une durée de deux ans.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Deschamps pour statuer sur les demandes de référé.
Ont été entendus au cours de l’audience publique en présence de Mme Delaborde, greffière d’audience :
- le rapport de M. Deschamps, juge des référés,
- les observations de Me Braconnier, représentant M. A..., qui reprend ses observations écrites, et souligne que la nouvelle sanction prononcée le prive de revenu de remplacement pendant deux ans, qu’elle conduit à mettre à néant l’ordonnance de référé du 16 avril 2026 qui n’a pas été exécutée et qu’elle révèle la volonté de la faire taire et de l’exclure alors qu’il pouvait être réintégré,
- et les observations de Me Cwiklinski, représentant la ville de Reims, qui reprend ses observations écrites.
L’instruction a été close à l’issue de l’audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A..., ingénieur principal exerçant des fonctions de directeur adjoint du service des sports de la ville de Reims, a été informé le 17 septembre 2025 de l’organisation d’une enquête administrative le concernant. Après l’avoir dans un premier temps placé en télétravail à temps complet, le maire de Reims, par un arrêté du 13 octobre 2025 l’a suspendu temporairement de ses fonctions à compter de cette date en raison de son comportement vis-à-vis des agents féminins de son service. Après la tenue du conseil de discipline le 10 février 2026, lequel a émis un avis favorable à une sanction d’exclusion temporaire de fonctions d’une durée de deux ans dont un an avec sursis, cette suspension temporaire de fonctions a été prolongée par arrêté du 12 février 2026. Par arrêté du 19 février 2026, le maire de Reims a prononcé sa révocation. Par ordonnance n° 2601137 du 16 avril 2026, le juge des référés a prononcé la suspension des effets de cette décision et a enjoint à la ville de Reims de réintégrer, à titre provisoire, M. A... dans les effectifs de la collectivité et de procéder à la reconstitution de sa carrière, et ce dans un délai de quinze jours suivant la notification de la présente ordonnance, sous réserve d’une nouvelle décision prise par la collectivité. Par la présente requête, M. A... demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension des effets de l’arrêté du 21 avril 2026 par laquelle le maire de Reims a prononcé à son encontre la sanction disciplinaire d’exclusion temporaire de fonctions pour une durée de deux ans.
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision (...) ». En vertu de l’article L. 522-1 du même code, le juge des référés statue au terme d’une procédure contradictoire écrite ou orale.
3. En l’état de l’instruction aucun des moyens visés ci-dessus n’est de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.
4. Il résulte de ce qui précède que, sans qu’il soit besoin d’examiner si la condition d’urgence est satisfaite, la requête de M. A... doit être rejetée en toutes ses conclusions.
5. Dans les circonstances de l’espèce, il n’y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par la ville de Reims sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E
Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la ville de Reims sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B... A... et à la ville de Reims.
Fait à Châlons-en-Champagne, le 1er juin 2026.
Le juge des référés,
signé
DESCHAMPS
La République mande et ordonne au préfet de la Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente ordonnance.