jeudi 19 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2000316 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 3 |
| Avocat requérant | SELARL LORRAINE DEFENSE & CONSEIL |
Vu la procédure suivante :
Par un jugement avant dire droit du 14 avril 2022, le tribunal administratif de Nancy, avant de statuer sur les conclusions de la requête n° 2000316 de Mme C tendant à la condamnation de la commune de Madonne et Lamerey à lui verser la somme totale de 133 562,34 euros au titre des préjudices qu'elle estime avoir subi du fait de l'inaction de la commune, a ordonné une expertise en vue d'apprécier l'évolution de l'état de la maison de Mme C entre la date du 22 juin 2014 et le jour auquel l'expert procèdera à ses propres constatations et de dégager une méthode propre à déterminer le coût de la seule aggravation de ces désordres.
Le rapport d'expertise a été communiqué aux parties par un courrier du 20 mars 2023.
Le 2 mai 2023, l'expert a comparu personnellement en présence des parties et de M. Di Candia, membre de la formation de jugement, en application de l'article R. 621-10 du code de justice administrative, en vue de fournir toutes explications complémentaires utiles.
Par des mémoires enregistrés les 12 mai et 16 juin 2023, Mme C, représentée par Me Kihl, après avoir présenté des observations sur le rapport d'expertise, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, la condamnation de la commune à lui verser la somme globale de 146 762,34 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis, et porte à la somme de 5 000 euros sa demande fondée sur l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- alors qu'elle était informée du problème rencontré par la propriétaire de sa maison des risques de péril menaçant sa propriété dès le mois de novembre 2009, la commune n'a pris un arrêté de péril qu'en juin 2016, de sorte que la faute de la commune est établie tant pour la période antérieure au dépôt du rapport d'expertise de M. A que pour la période postérieure à celui-ci ;
- les dommages présentés par l'immeuble frappé de péril se sont aggravés du fait de l'absence de mesures prises par la commune ;
- contrairement à ce que soutient la commune, l'immeuble mitoyen est à l'origine de la contamination de sa maison ;
- les frais de remise en état à l'identique de sa maison d'habitation s'élèvent à la somme globale de 112 329,40 euros, celle-ci comprenant les honoraires de la maîtrise d'œuvre ;
- son préjudice moral s'élève à la somme de 10 000 euros ;
- elle est également fondée à demander le versement de la somme de 13 200 euros correspondant au montant du loyer de Mme B, la précédente occupante de la maison, contrainte de louer un appartement du 1er septembre 2013 au 3 mai 2017, date de son décès.
Un mémoire, enregistré le 22 septembre 2023, présenté pour la commune de Madonne et Lamerey, n'a pas été communiqué.
Vu :
- les ordonnances de taxation des frais d'expertise du 5 juin 2023 du président du tribunal administratif de Nancy ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitat,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Di Candia,
- les conclusions de M. Bastian, rapporteur public,
- et les observations de Me Olivier, substituant Me Kihl pour Mme C, et celles de Me Haumesser, substituant Me Giuranna pour la Commune de Madonne et Lamerey.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C est nue-propriétaire d'une maison située sur le territoire de la commune de Madonne et Lamerey depuis 2006. Elle en a acquis la pleine propriété en 2017. Mme B, alors usufruitière de cette maison, a, les 30 novembre 2009 et 8 avril 2010, alerté le maire de la commune des graves problèmes que lui causait l'état d'abandon de l'immeuble voisin, appartenant aux consorts D. Par une ordonnance du 22 mai 2014, le juge des référés du tribunal administratif de Nancy, saisi par la commune, a désigné un expert afin qu'il donne son avis sur l'état de l'immeuble voisin et sur la gravité du péril qu'il représente. L'expert a remis son rapport le 22 juin 2014. Par un arrêté du 9 juin 2016, la commune de Madonne et Lamerey a déclaré que l'immeuble appartenant aux consorts D constituait un péril pour la sécurité du voisinage et leur a ordonné de le démolir et de " traiter les murs mitoyens () dans leur ensemble ". Par une ordonnance du 8 mars 2017, le juge des référés du tribunal administratif de Nancy, saisi par l'usufruitière de la maison de Mme C, a enjoint à la commune de Madonne et Lamerey de saisir le juge judiciaire afin d'obtenir l'autorisation de procéder à la démolition d'office de la propriété des consorts D. Par une ordonnance du 21 juin 2017, le juge des référés du tribunal de grande instance d'Epinal a autorisé la commune à procéder à cette démolition. Par un courrier du 2 juillet 2018, le maire de la commune de Madonne et Lamerey a refusé de procéder au traitement " antimérule " du mur de la maison appartenant à Mme C. Mme C demande au tribunal de condamner la commune de Madonne et Lamerey à l'indemniser des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de l'inaction de la commune. Par un jugement avant dire droit du 14 avril 2022, le tribunal administratif de Nancy, retenant que la commune avait commis plusieurs fautes de nature à engager sa responsabilité, a ordonné une expertise afin de se prononcer avec une précision suffisante sur le montant des frais correspondant à l'aggravation des préjudices en lien avec la seule inertie de la commune depuis 2014 et de chiffrer ces seuls préjudices. Dans le dernier état de ses écritures, Mme C demande au tribunal de condamner la commune de Madonne et Lamerey à lui verser la somme globale de 146 762,34 euros en réparation des préjudices que lui a causé la prolifération de la mérule, qu'elle estime en lien avec l'ensemble des fautes d'inaction de la commune depuis 2009.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne l'inaction fautive de la commune :
2. D'une part, il résulte des termes du jugement avant dire droit du 14 avril 2022 que le tribunal a retenu que la commune de Madonne et Lamerey avait commis plusieurs fautes depuis 2014, la première tenant au retard avec lequel la commune a pris un arrêté de péril, la seconde tenant au retard avec lequel elle a saisi le juge judiciaire afin qu'il soit procédé à la démolition d'office du bâtiment voisin, la dernière tenant à sa carence à traiter le mur mitoyen de sa maison contre la mérule.
3. D'autre part, si dans ses écritures antérieures au jugement avant dire droit, Mme C reprochait presque exclusivement à la commune son inaction fautive à prendre puis à exécuter un arrêté de péril, il ressort des termes de sa requête, qui indiquait que " la commune était informée du problème rencontré par Mme B dès novembre 2009 ", qu'elle entendait également se réserver le droit de se prévaloir de l'inaction fautive de la commune antérieure à la remise du premier rapport d'expertise du 22 juin 2014, ce qui lui est loisible de faire, dès lors que, dans sa demande indemnitaire du 30 septembre 2019, elle a lié le contentieux pour l'ensemble des dommages causés par l'inertie de la commune entre 2009 et 2016. Or en l'espèce, il résulte de l'instruction, notamment des courriers de l'ancienne propriétaire de la maison des 30 novembre 2009 et 8 avril 2010, produits par la requérante, que la commune était alertée avec un degré de précision suffisant des éléments justifiant que le maire fasse usage des pouvoirs de police de la sécurité et de la salubrité des immeubles qu'il tient du code de la construction et de l'habitation. Dans ces conditions, Mme C est également fondée à soutenir que la commune de Madonne et Lamerey a commis une faute engageant sa responsabilité en ne mettant pas en œuvre ses pouvoirs de police entre 2009 et 2014.
En ce qui concerne l'absence de lien de causalité avec les fautes commises par la commune depuis 2014 :
4. Dès lors que l'expert désigné à la suite du jugement avant dire droit du 14 avril 2022 a, dans son rapport déposé le 28 février 2023 et complété le 24 mars 2023, indiqué sans ambiguïté que la maison de Mme C se trouvait dans le même état que lors du passage du premier expert en juin 2014, la mérule ayant cessé d'être active et n'ayant causé aucune aggravation de la maison entre 2014 et 2023, l'ensemble des fautes commises par la commune depuis 2014 sont sans lien avec les préjudices allégués par Mme C.
En ce qui concerne les préjudices en lien avec l'inaction fautive de la commune de 2009 à 2014 :
5. Mme C, qui fait valoir qu'elle est fondée à demander la condamnation de la commune à prendre en charge les frais de remise en état de son immeuble, demande la réparation de l'ensemble des chefs de préjudice qu'elle estime liés à la propagation de la mérule de l'immeuble des consorts D vers sa maison.
6. En premier lieu, Mme C produit un devis estimatif du coût des travaux nécessaires à la remise en état de sa maison, comprenant des travaux de démolition et de gros œuvre, des travaux afférents à la charpente, à la couverture, aux tuiles, zinguerie, aux menuiseries intérieures bois, à la plâtrerie isolation, à l'électricité, à la plomberie sanitaire, au revêtement des sols et des faïences et aux peintures intérieures, ainsi qu'aux travaux de maîtrise d'œuvre s'y rapportant. Or il ne résulte d'aucune pièce du dossier que ces travaux seraient en lien avec la propagation de la mérule. D'autre part, il résulte de l'instruction, notamment du rapport de l'expertise diligenté à la suite du jugement avant-dire droit, qu'il est impossible de connaître la date exacte de l'apparition de la mérule. En particulier, il ne peut être exclu que la mérule ait été déjà présente dans la maison de Mme C dès 2009, date à laquelle l'ancienne propriétaire de la maison a alerté le maire de la commune. Ainsi, si le maire de la commune, pourtant informé dès 2009 des risques de péril liés à la présence du bâtiment voisin de la maison en litige, s'est abstenu de mettre en œuvre plus rapidement les pouvoirs de police de la sécurité et de la salubrité des immeubles qu'il tient du code de la construction et de l'habitation, il n'est pas établi que son inertie serait la cause directe et certaine de la propagation de la mérule. Dans ces conditions, les prétentions de Mme C en ce qui concerne sa demande de condamnation de la commune aux frais de traitement de la mérule ne peuvent qu'être rejetées.
7. En deuxième lieu, Mme C demande la condamnation de la commune à rembourser le montant global des loyers versés par Mme B, ancienne occupante de la maison contrainte d'aller vivre ailleurs compte tenu de la présence de la mérule entre le 1er septembre 2013 et le 3 mai 2017. Si Mme C se prévaut de sa qualité d'ayant-droit de Mme B, il ressort de ses propres écritures que Mme B avait conservé l'usufruit de la maison. Dans ces conditions, Mme C n'établit pas que la perte de ces loyers ait pu affecter son propre patrimoine.
8. En dernier lieu, Mme C, qui ne précise pas la nature du préjudice moral dont elle se prévaut, n'est pas fondée à en demander réparation.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions indemnitaires de Mme C doivent être rejetées.
Sur les frais de l'instance :
10. D'une part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de la commune de Madonne et Lamerey, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans cette instance, une somme quelconque au titre des frais exposés par Mme C et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de Mme C la somme que demande la commune de Madonne et Lamerey au même titre.
11. D'autre part, en vertu de l'article R. 761-1 du même code : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. () ". En l'espèce, il y a lieu de partager les frais de l'expertise ordonnée par le tribunal administratif, liquidés par les ordonnances susvisées du 5 juin 2023 aux sommes respectives de 1 848,24 et 1 800 euros TTC, entre les parties, soit de mettre la somme de 1 848,24 euros à la charge de la commune de Madonne et Lamerey et la somme de 1 800 à la charge de Mme C.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Madonne et Lamerey, tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sont rejetées.
Article 3 : La commune de Madonne-et-Lamerey supportera les frais d'expertise exposés devant le tribunal, liquidés à hauteur de la somme de 1 848,24 euros TTC, Mme C supportant quant à elle les frais d'expertise à hauteur de 1 800 euros TTC.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme F C, à la commune de Madonne et Lamerey et à M. G E, expert.
Délibéré après l'audience du 28 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
- M. Di Candia, président,
- Mme Bourjol, première conseillère,
- Mme Philis, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 19 octobre 2023.
Le président rapporteur,
O. Di CandiaL'assesseure la plus ancienne,
A.Bourjol
Le greffier,
P. LepageLa République mande et ordonne à la préfète des Vosges en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2000316
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026