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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2002558

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2002558

jeudi 13 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2002558
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 3
Avocat requérantRICHARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 octobre 2020, Mme A B, représentée par Me Richard, demande au tribunal :

1°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 1 068,10 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 13 août 2020, correspondant au montant de l'indemnité compensatrice qui aurait dû lui être versée ;

2°) d'enjoindre au ministre des armées de verser aux organismes sociaux et de retraite la part leur revenant au titre des charges patronales afférentes au paiement de ces congés payés ;

3°) d'enjoindre au ministre des armées de lui adresser des bulletins de paie rectifiés pour la période de juin 2018 à septembre 2019 dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) d'enjoindre au ministre des armées de lui adresser les bulletins de paie des mois d'avril et juin 2018, et octobre et novembre 2019 dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

5°) d'enjoindre au ministre des armées de lui adresser une attestation pôle emploi rectifiée dans un délai de deux mois à compter du jugement à intervenir ;

6°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Richard, avocat de Mme B, de la somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- elle a été privée de la possibilité de poser dix-huit des vingt-cinq jours de congés payés qui lui restaient à l'issue de son contrat à durée déterminée et n'a pas touché d'indemnité compensatrice ;

- ce défaut de paiement est constitutif d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat ;

- elle a subi un préjudice évalué au montant de l'indemnité, à hauteur de 1 068, 10 euros ;

- le versement de cette somme implique le versement aux organismes sociaux et de retraite de la part leur revenant au titre des charges patronales ;

- les bulletins de paie établis entre juin 2018 et septembre 2019 présentent des erreurs quant aux sommes versées, au nombre d'heures de travail, aux congés payés et aux arrêts maladies, en méconnaissance de l'article 1er du décret n° 2016-1073 du 3 août 2016 et de l'article R. 3243-1 du code du travail ;

- certains bulletins de paie ne lui ont jamais été adressés ;

- l'attestation de demandeur d'emploi qui lui a été délivrée mentionne une durée d'emploi et un nombre de congés payés restant dus erronés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 janvier 2023, le ministre des armées conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les conclusions à fin d'injonction sont irrecevables ;

- les conclusions indemnitaires sont partiellement irrecevables car dépourvues d'objet ;

- les moyens invoqués par Mme B sont infondés.

Par des courriers des 14 décembre 2022 et 17 mars 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur des moyens relevés d'office tirés :

- de l'irrecevabilité des conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint au ministre des armées d'adresser à Mme B divers documents rectifiés relatifs à sa rémunération, dès lors que ces conclusions ne sont pas accessoires à une demande d'annulation d'une décision administrative ;

- de l'irrecevabilité des conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint au ministre des armées d'adresser à Mme B des bulletins de paie, en l'absence de saisine préalable de la commission d'accès aux documents administratifs ;

- de ce qu'il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête de Mme B tendant à ce qu'il soit enjoint au ministre des armées de lui délivrer une attestation Pôle Emploi rectifiée.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 mars 2020.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 84-972 du 26 octobre 1984 ;

- le décret n° 86-83 du 17 janvier 1986 ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bastian, conseiller,

- les conclusions de Mme Sousa Pereira, rapporteure publique,

- et les observations de Me Richard, avocat de Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B a été engagée en qualité d'agent contractuel par le ministère des armées à compter du 4 juin 2018. Par une décision du 2 août 2019, l'administration a décidé de ne pas renouveler son contrat de travail arrivant à échéance le 30 novembre 2019. Par une lettre du 19 décembre 2019, le centre ministériel de gestion de Metz lui a transmis une attestation employeur destinée à Pôle Emploi et un état de services. Par une lettre du 3 août 2020, réceptionnée le 13 août 2020, Mme B a, par l'intermédiaire de son conseil, demandé à la ministre des armées de lui verser la somme de 1 068, 10 euros ainsi que le versement des charges patronales aux organismes sociaux et de retraite, de lui transmettre des bulletins de paie rectifiés et les bulletins de paie d'avril et juin 2018 et d'octobre et novembre 2019 et de lui transmettre une attestation pôle emploi rectifiée. Par sa requête, Mme B demande au tribunal, d'une part, de condamner l'Etat à lui verser une indemnité de 1 068,10 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 13 août 2020, d'autre part d'enjoindre au ministre des armées de lui adresser divers documents rectifiés.

Sur les conclusions indemnitaires :

2. Aux termes de l'article 10 du décret du 17 janvier 1986 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de l'Etat, dans sa version applicable au litige : " I.- L'agent non titulaire en activité a droit, compte tenu de la durée de service effectué, à un congé annuel dont la durée et les conditions d'attribution sont identiques à celles du congé annuel des fonctionnaires titulaires prévu par le décret n° 84-972 du 26 octobre 1984 susvisé. / II.- () à la fin d'un contrat à durée déterminée, l'agent qui, du fait de l'administration en raison notamment de la définition par le chef de service du calendrier des congés annuels, n'a pu bénéficier de tout ou partie de ses congés annuels a droit à une indemnité compensatrice de congés annuels. / L'indemnité compensatrice de congés annuels est égale au 1/10 de la rémunération totale brute perçue par l'agent au cours de sa période d'emploi, entre le 1er janvier et le 31 décembre de l'année en cours. L'indemnité est proportionnelle au nombre de jours de congés annuels dus non pris. / L'indemnité est soumise aux mêmes retenues que la rémunération de l'agent. / L'indemnité ne peut être inférieure au montant de la rémunération que l'agent aurait perçue pendant la période de congés annuels dus et non pris. " Aux termes de l'article 1er du décret du 26 octobre 1984 relatif aux congés annuels des fonctionnaires, auquel renvoie le décret du 17 janvier 1986 : " Tout fonctionnaire de l'Etat en activité a droit, dans les conditions et sous les réserves précisées aux articles ci-après, pour une année de service accompli du 1er janvier au 31 décembre, à un congé annuel d'une durée égale à cinq fois ses obligations hebdomadaires de service. Cette durée est appréciée en nombre de jours effectivement ouvrés. () " Aux termes de l'article 2 de ce décret : " Les fonctionnaires qui n'exercent pas leurs fonctions pendant la totalité de la période de référence ont droit à un congé annuel dont la durée est calculée au prorata de la durée des services accomplis. " Aux termes de l'article 5 de ce décret : " () Un congé non pris ne donne lieu à aucune indemnité compensatrice. " Il résulte de ces dispositions que l'indemnité compensatrice de congés annuels n'est due à la fin d'un contrat à durée déterminée qu'à la condition que l'agent contractuel n'ait pu, du fait de l'administration, bénéficier de tout ou partie de ses congés annuels.

3. Il résulte de l'instruction qu'en juillet 2020, l'administration a versé à Mme B une indemnité de congé payé, au titre des congés annuels non pris en 2019 pour cause de maladie, d'un montant de 922,90 euros brut, soit 741,74 euros nets. Par suite, ainsi que le soutient le ministre des armées en défense, les conclusions indemnitaires de Mme B sont irrecevables à concurrence de cette somme.

4. En outre, il est constant que Mme B avait droit à une indemnité de congé payé au titre des congés annuels non pris en 2019 correspondant au trentième de sa rémunération mensuelle nette, multiplié par le nombre de jours de congés annuels non pris, soit 741,74 euros nets. Or, ainsi qu'il a été dit au point précédent, l'administration a versé une telle somme à Mme B. L'intéressée n'apporte aucun élément de nature à établir qu'elle avait droit à une indemnité pour un montant supérieur à cette somme. Dans ces conditions, sa demande tendant à la condamnation de l'Etat à lui verser une somme supérieure à celle qui lui a été servie ne peut qu'être rejetée. Par voie de conséquence, ses conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint au ministre des armées de verser aux organismes sociaux et de retraite la part leur revenant au titre des charges patronales afférentes au paiement de ces congés payés ne peuvent, en tout état de cause, qu'être rejetées.

Sur les injonctions de délivrer divers documents administratifs :

5. En premier lieu, il résulte de l'instruction que par un courrier du 1er décembre 2020, le ministre des armées a transmis à Mme B une attestation d'employeur destinée à Pôle emploi indiquant, d'une part, une durée d'emploi entre un an et moins de deux ans et précisant, d'autre part, le montant de l'indemnité de congés payés mentionnée aux points précédents. Par suite, les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint au ministre des armées de délivrer à Mme B une attestation de Pôle emploi rectifiée sont sans objet. Par suite, il n'y a pas lieu d'y statuer.

6. En deuxième lieu, en dehors des cas expressément prévus par des dispositions législatives particulières, il n'appartient pas au juge administratif d'adresser des injonctions à l'administration. Les conclusions de Mme B tendant à ce qu'il soit enjoint au ministre des armées de lui adresser des bulletins de paie rectifiés pour la période allant de juin 2018 à septembre 2019, qui ne sont pas accessoires à une demande d'annulation d'une décision administrative, ne peuvent, par suite, être accueillies.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 342-1 du code des relations entre le public et l'administration : " La Commission d'accès aux documents administratifs émet des avis lorsqu'elle est saisie par une personne à qui est opposé un refus de communication ou un refus de publication d'un document administratif en application du titre Ier, un refus de consultation ou de communication des documents d'archives publiques, à l'exception des documents mentionnés au c de l'article L. 211-4 du code du patrimoine et des actes et documents produits ou reçus par les assemblées parlementaires, ou une décision défavorable en matière de réutilisation d'informations publiques. / () La saisine pour avis de la commission est un préalable obligatoire à l'exercice d'un recours contentieux ".

8. Mme B, en dépit de l'information selon laquelle le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint au ministre des armées d'adresser à Mme B des bulletins de paie en l'absence de saisine préalable de la commission d'accès aux documents administratifs, n'a pas produit l'avis de la commission d'accès aux documents administratifs. La requérante n'établit ni même n'allègue avoir saisi cette instance avant d'introduire sa requête tendant à ce que lui soient adressés les bulletins de paie dont elle soutient ne jamais avoir eu communication. Par suite, ses conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint au ministre de lui adresser les bulletins de paie pour les mois d'avril et juin 2018, ainsi qu'octobre et novembre 2019 sont entachées d'irrecevabilité et doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à Me Richard, avocat de Mme B, la somme que celle-ci réclame au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête de Mme B tendant à la délivrance d'une attestation employeur destinée à Pôle emploi rectifiée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, au ministre des armées et à Me Richard.

Délibéré après l'audience du 23 mars 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Di Candia, président,

- Mme Cabecas, première conseillère,

- M. Bastian, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 avril 2023.

Le rapporteur,

P. Bastian

Le président,

O. Di Candia

La greffière

L. Bourger

La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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