vendredi 8 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2002630 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 3 |
| Avocat requérant | GEHIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 21 octobre 2020, M. A B, représenté par Me Géhin, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 10 août 2020 par laquelle le préfet des Vosges a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet des Vosges de réexaminer sa demande de titre de séjour et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article 37 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision portant refus d'enregistrement de la demande de titre de séjour a été signée par une autorité incompétente ;
- le préfet s'est estimé à tort en situation de compétence liée ;
- le préfet a commis une erreur de droit et une erreur manifeste d'appréciation en considérant que l'existence d'une interdiction de retour sur le territoire français fait obstacle à la présentation d'une demande de régularisation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 février 2022, le préfet des Vosges conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés ;
- la décision de refus de titre de séjour se fonde sur un autre motif, dont la substitution est demandée à titre subsidiaire, tiré du défaut de présentation personnelle au guichet du requérant ;
- il est fondé à refuser d'enregistrer une demande de délivrance de titre de séjour lorsque cette demande présente un caractère abusif ou dilatoire.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du
18 septembre 2020 du bureau d'aide juridictionnelle de Nancy.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant albanais né le 1er mai 1985, a déclaré être entré en France le
3 mai 2017 afin d'y solliciter la reconnaissance du statut de réfugié. Par une décision du
31 août 2017, l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) a rejeté la demande d'asile formée par l'intéressé. En raison de sa condamnation et son placement en maison d'arrêt de Mulhouse, le préfet du Haut-Rhin a pris à l'encontre de M. B un arrêté du
5 juin 2018 portant obligation de quitter le territoire français et a prononcé une interdiction de retour d'une durée de trois ans. La requête tendant à l'annulation de cet arrêté a été rejetée par un jugement du tribunal administratif de Strasbourg le 31 juillet 2018. Le 29 juin 2020, l'intéressé a sollicité l'obtention d'un titre de séjour en se prévalant de sa vie privée et familiale. Par une décision du 10 août 2020, le préfet des Vosges a refusé de faire droit à cette demande. Selon les termes employés par le préfet des Vosges, cette décision, qui répond à une demande de titre de séjour, doit être regardée non comme un refus d'enregistrement d'une demande de titre de séjour mais comme une décision refusant de délivrer un titre de séjour à l'intéressé. Par sa requête, M. B demande l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " III. - L'autorité administrative, par une décision motivée, assortit l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une durée maximale de trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, lorsque aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger (). L'autorité administrative peut à tout moment abroger l'interdiction de retour. Lorsque l'étranger sollicite l'abrogation de l'interdiction de retour, sa demande n'est recevable que s'il justifie résider hors de France. Cette condition ne s'applique pas :/1° Pendant le temps où l'étranger purge en France une peine d'emprisonnement ferme ;/ 2° Lorsque l'étranger fait l'objet d'une mesure d'assignation à résidence prise en application des articles L. 561-1 ou L. 561-2 () ". S'il appartient au législateur, sous réserve des conventions internationales, de déterminer les conditions dans lesquelles les étrangers sont autorisés à séjourner sur le territoire national, les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile régissant la délivrance des titres de séjour n'imposent pas au préfet, sauf disposition spéciale contraire, de refuser la délivrance d'un titre de séjour à un étranger qui ne remplit pas les conditions auxquelles est subordonné le droit d'obtenir ce titre. Notamment, lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions de ce code, le préfet peut exercer le pouvoir discrétionnaire qui lui appartient, dès lors qu'aucune disposition expresse ne le lui interdit, de régulariser la situation d'un étranger en lui délivrant le titre qu'il demande ou un autre titre, compte tenu de l'ensemble des éléments de sa situation personnelle, dont il justifierait.
3. En l'espèce, la décision refusant de délivrer un titre de séjour à M. B est fondée sur la seule circonstance que l'intéressé a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français assortie d'une interdiction de retour encore exécutoire. Toutefois, le préfet des Vosges, saisi de la demande de titre de séjour de l'intéressé, ne pouvait, sans commettre d'erreur de droit, refuser de lui délivrer un titre de séjour au seul motif qu'il était sous le coup d'une interdiction de retour sur le territoire français. A ce titre, le préfet des Vosges avait la faculté, au vu des circonstances de droit et de fait invoquées par l'intéressé, d'abroger de sa propre initiative l'interdiction de retour sur le territoire français qu'il avait lui-même prononcée et, le cas échéant, dans l'exercice de son pouvoir discrétionnaire de régularisation, de lui délivrer au vu de l'ensemble de la situation personnelle de M. B, le titre qu'il sollicitait. Par suite, M. B est fondé à soutenir que la décision contestée est entachée d'une erreur de droit.
4. En second lieu, l'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée, est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existante à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.
5. Dans son mémoire en défense, le préfet des Vosges fait valoir, d'une part, que la demande de titre de séjour de M. B présentait un caractère dilatoire du fait de doutes sérieux existants quant à la communauté de vie des conjoints, et d'autre part, qu'il ne pouvait procéder à l'enregistrement de la demande de titre de séjour présentée par M. B dès lors que ce dernier ne s'était pas présenté au guichet de la préfecture afin de procéder à un examen personnalisé de sa demande de titre.
6. D'une part, il ne ressort pas des pièces du dossier que la communauté de vie entre les conjoints ait été rompue. Par conséquent, et à supposer même qu'un tel motif puisse fonder une décision refusant de délivrer un titre de séjour, le préfet des Vosges ne démontre pas le caractère dilatoire de la demande de titre de séjour formée par M. B. D'autre part, il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que M. B aurait été invité à prendre un
rendez-vous et à se présenter personnellement en préfecture. Au demeurant, l'absence de présentation personnelle de l'intéressé aux services de la préfecture n'avait pas pour conséquence d'obliger le préfet à refuser le titre de séjour sollicité. Un tel motif ne peut donc se substituer au motif erroné retenu à l'appui de la décision du 10 août 2020. Dans ces conditions, il n'y a pas lieu de faire droit à la substitution de motifs demandée par le préfet des Vosges.
7. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision contestée.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
8. Compte tenu du motif d'annulation retenu dans le présent jugement, il y a lieu d'enjoindre au préfet des Vosges de réexaminer la situation administrative de l'intéressé dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement. En revanche, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais de l'instance :
9. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, Me Géhin, son avocat, peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Géhin, avocat de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Géhin de la somme de 1 200 euros.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 10 août 2020 par laquelle le préfet des Vosges a refusé de délivrer un titre de séjour à M. B est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet des Vosges de réexaminer la situation administrative de M. B dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Me Géhin une somme de 1 200 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Géhin renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Vosges.
Copie en sera adressée, pour information, au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 23 juin 2022, à laquelle siégeaient :
- M. Di Candia, président,
- M. Denizot, premier conseiller,
- Mme Cabecas, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 8 juillet 2022.
Le rapporteur,
A. CLe président,
O. Di Candia
La greffière,
L. Bourger
La République mande et ordonne au préfet des Vosges en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2002630
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026